Café Stratégique le 16 mai

 

Notre 25e Café stratégique AGS recevra Claire ARENES, doctorante à l’université Paris III – Sorbonne Nouvelle,

sur le thème de « community policing (ou « police orientée vers la communauté ») et lutte contre le jihadisme »


le jeudi 16 mai 2013, de 19 à 21h.

Venez écouter, débattre, questionner…

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Café Le Concorde,
239 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris

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••••••••••••  Cafés stratégiques AGS • Souvent copiés, jamais collés  ••••••••••••

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Java Heat : accueil chaud pour un navet en puissance

Java Heat

Java Heat

Ce blog ne parle quasiment jamais de cinéma et pourtant, la sortie en salle de Java Heat mérite que l’on s’y attarde. Pas forcement réputé pour sa qualité, le cinéma contemporain indonésien vient de marquer le coup avec une super production qui – malheureusement – ne changera pas la donne. Le scénario du film s’avère par contre, au premier abord, intéressant. Un attentat est perpétré à Yogyakarta contre le Sultan (par ailleurs gouverneur). Un jeune américain (Kellan Lutz, qui jouait le rôle du Caporal Jason Lilley dans l’excellente mini série de HBO Generation Kill) est interrogé par un enquêteur rattaché au Densus 88. Le jeune américain, soit disant étudiant mais est en fait un agent du FBI doublé d’un Marine (oui, à partir de là, c’est à dire les premières minutes du film, c’est le drame..)  va donc enquêter aux cotés de son comparse indonésien, afin de découvrir qui est à l’ origine de cet acte. Le rôle du méchant est tenu par Mickey Rourke (quelle déchéance…) et la scène finale dans le temple de Borobudur résume à elle seule le film : un vrai navet.

Generation Kill

Generation Kill

The Raid: un autre navet en puissance.

The Raid: un autre navet en puissance.

Il faut toutefois reconnaître que si Java Heat n’est pas avare de stéréotypes, certaines scènes analysent relativement bien la culture javanaise, et plus particulièrement Yogyakarta. Mais le scénario est tellement bancal, le jeu des acteurs tellement vide, et certaines scènes totalement absurdes. Et l’on s’ennuie vite. Ce qui est d’autant plus dommage que les productions indonésiennes actuelles sont réellement mauvaises. Outre le succès des films mêlant fantômes et sexe (le dernier en date met en scene Dewi Persik, comme étant le fantome d’une strip teaseuse de la catastrophe de Lapindo…), le dernier Blockbuster en date a pourtant connu son petit succès à l’international. The Raid mettait en scène un policier d’élite utilisant le Pencak Silat (art martial indonésien) afin de lutter contre des trafiquants de drogue en banlieue de Jakarta (on se demande encore, après avoir visionné le film, pourquoi un policier d’élite préfère mettre des chassés a ses ennemis plutôt que de récupérer leurs armes a feu….).

Au final, on peut se demander quels sont les films sur l’Indonésie méritant le détour. Il faut alors se tourner vers The Year of Living Dangerously, (1982, de Peter Weir, avec Mel Gibson et Sigourney Weaver) adapté du roman de Christopher Koch. Si la version des événements du 30 septembre 1965 montre un parti communiste indonésien comme seule et unique responsable de la tentative de Coup d’État – vision des faits aujourd’hui largement remise en cause par tous les observateurs – ce film permet toutefois de se rendre compte de l’importance stratégique de l’Indonésie à cette époque particulière.

Mais c’est vers une autre production australienne qu’il faut se tourner pour trouver, à mon humble avis, le meilleur film mettant en scène l’Indonésie ou sa politique. Balibo (2009, de Robert Connolly, avec Anthony LaPaglia) retrace l’histoire des « cinq de Balibo », cinq journalistes australiens qui furent capturés puis assassinés par les troupes indonésiennes lors de l’invasion du Timor Leste.

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Sur le Timor, l’Indonésie a produit un film remarquable, Tanah Air Beta (2010, Ari Sihasale). Il est alors question de s’intéresser aux sorts des timorais pro-Indonésie et des timorais de l’Ouest lors du conflit.

Reste un documentaire polémique, The Act of Killing (2012, Joshua Oppenheimer), qui met en scène les “héros” de 1965. Si le documentaire apporte un éclairage sur les exactions de 1965, et notamment sur le rôle joué par le Pemuda Pancasila, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pas exempt de tout reproche. Robert Cribb, indonesianiste de renom, n’hésite pas à parler d’une forme de manipulation (et il se trouve que cette critique, au regard des données existantes sur cette période, est belle et bien fondée).

TABAOK

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Palu, nouvelle base pour les sous-marins indonésiens

PALU BAYL’Amiral Marsetio, chef d’Etat-Major de la marine indonésienne  a inauguré la base navale de Palu, située a Sulawesi (Celebes). Cette base doit accueillir a terme les sous-marins de la marine indonésienne  Disposant de deux U-209 refondus, les forces navales de l’Archipel voient dans la construction de la base navale de Palu l’une des premières étapes du redéploiement vers l’Est de la marine.

L’importance croissante des détroits de Makassar-Lombok dans les échanges maritimes internationaux donne lieu a une nécessaire sécurisation de cette Archipelagic Sea Lane (ASL). En effet, les navires actuels, dont le tonnage ne leur permet pas de transiter par Malacca, tendent a utiliser cette ASL afin de relier le Moyen-Orient a l’Asie du Nord. Il s’agit aussi de la voie de communication maritime la plus importante pour l’Australie.Enfin, cette ASL débouche sur la mer de Chine méridionale et sur Ambalat, point de crispation s’il en est, des relations entre Malaisie et Indonésie.

Dans cette perspective, Palu va voir son importance croître au fil des ans et devrait aussi accueillir, suivant la déclaration de l’Amiral Marsetio, les bâtiments de guerre étrangers en escale en Indonésie. Reste pour l’Indonésie a se doter de ses nouveaux U-209 afin de patrouiller dans les eaux stratégiques de Makassar.

Et sinon, Palu, c’est ou?

PALU (source:  Google Maps)

PALU (source: Google Maps)

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L’assaut de la prison de Cebongan

TEMPO COV

Ce que tout le monde présageait est finalement avéré. Ce sont bien les forces spéciales de l’armée de terre indonésienne (Kopassus) qui ont mené un raid contre la prison de Cebongan, visant a neutraliser quatre prisonniers. L’hebdomadaire Tempo – sans nul doute l’une des meilleures sources en Indonésie – titrait son dernier numéro (avant le passage a l’aveu des TNI) « The Firing Squad« . Retour sur une affaire dont les conséquences s’avèrent déjà importantes.

Une rixe dans une boite de nuit

Tout a commencé a l’occasion d’une rixe dans un établissement nocturne de la ville de Yogyakarta. Capitale culturelle de Java – avec notamment les temples de Borobudur et Prambanan à quelques kilomètres -, Yogyakarta est aussi connue pour être un centre étudiant. Dans la nuit du 18 au 19 mars, au Hugo’s, la boite de nuit de l’hôtel Sheraton, il y a foule. C’est soirée RnB comme dit la jeunesse locale. Au milieu des jeunes étudiants  un groupe de trois hommes, dont le physique impose plutôt le respect, profite de la soirée  Une rixe éclate avec autre groupe, les bouteilles volent et une personne est poignardée.  Santoso, membre des forces spéciales de l’armée de terre indonésienne (Kopassus), âgé de 31 ans, décède lors de son transfert vers l’hôpital Bethesda de Yogyakarta. Rapidement, la police indonésienne arrête un groupe de quatre personnes (dont un policier…). Le leader de ce groupe, Hendrik Angel Sahetapy, connu sous le nom de Deki est familier de la vie nocturne indonésienne.  Il apparaît qu’il propose régulièrement ses services comme garde de sécurité aux Etablissements nocturnes de la ville. Originaire de l’Est de l’Archipel, Deki est aussi considéré comme un Preman, c’est à dire un voyou. Souvent, les sociétés de recouvrement de crédit font appel à lui, lorsqu’il est nécessaire de faire parler les muscles.

Les quatre suspects sont rapidement mis en détention. A la vue de l’identité de la victime, le chef de la police de Yogyakarta, le général Sabar Rahardjo, est inquiet. Il craint des représailles.  Il contacte alors le général Hardiono Saroso, en charge du Commandement Militaire Régional.  Ce dernier, d’après Tempo, le Jakarta Post et Kompas, assure son homologue de la police que rien n’arrivera aux suspects.

L’assaut de la prison

Bizarrement, plutôt que de maintenir en détention les quatre suspects dans les locaux de la police, ils sont transférés au pénitencier de Cebongan, au Nord de Yogyakarta, dans la ville de Sleman. Des leur arrivée, plusieurs policiers sont inquiets. Certains vont demander à ce que la sécurité soit renforcée au pénitencier. Quant aux détenus  ils accueillent pour la plupart à bras ouverts les quatre suspects, bien connus des services de police. Deki a déjà été condamné pour des agressions et pour viol, et il s’avère être une sorte de légende chez les Preman de la province. Pourtant, d’après Tempo, Deki est soucieux. Il demande aux gardiens si ces derniers disposent d’un armement suffisant pour assurer la sécurité de la prison.

©TEMPO

©TEMPO

Le 23 mars à minuit trente, deux individus réveillent les gardiens du pénitencier de Cebongan. Ils se présentent comme des policiers en charge d’interroger les quatre suspects. Les gardiens, suspicieux, refusent de leur ouvrir. Les deux individus parviennent cependant à pénétrer dans les locaux, accompagnés de 15 autres hommes. Tous sont cagoulés et gantés  armés d’AK-47 et de pistolets automatiques, et disposent d’appareils de communication. Alors qu’une partie d’entre eux neutralise les cameras de surveillance et bloque l’accès à la prison, deux hommes tiennent les gardiens en joue et deux autres se dirigent vers la cellule où 35 personnes sont détenues  En arrivant sur zone, les deux individus demandent aux prisonniers de leur designer les quatre suspects. Deux groupes se forment alors, et trois des suspects se retrouvent isolés  Ils sont alors exécutés par les deux hommes. Le dernier membre du groupe des quatre est lui aussi exécuté par le commando armé.  Les deux hommes cagoulés annoncent alors aux 31 détenus restant qu’ils peuvent être heureux, car ils resteront en vie. Les deux membres du commando poussent alors le vice en demandant aux détenus d’applaudir l’exécution. Huit gardiens seront par la suite blessés à coup de crosse par le commando armé  qui quittera le pénitencier au petit matin.

Des aveux rapides

Rapidement, les médias font état de l’assaut du pénitencier de Cebongan.  La majorité des observateurs tend alors à penser qu’il s’agit d’un raid mené par les Kopassus. Ce qui est bien entendu démenti par les TNI. La police, quant à elle, n’ose trop se prononcer. Les associations de défense des droits de l’homme demande qu’une enquête indépendante soit menée au plus vite, en parallèle aux investigations menées par la police et l’armée. Très rapidement, les doutes sur l’identité des assaillants sont levés  bien que les forces armées ne reconnaîtront l’implication des Kopassus que le 4 avril. Pourtant, d’après l’un des responsable de la police militaire, les coupables sont passés aux aveux des le « début de l’enquête« . De manière fort indonésienne,  les membres du commando armé seront jugés par un tribunal militaire (comme tous les militaires indonésiens impliqués dans des affaires criminelles).

Le général Unggul K. Yudhoyono, numero 2 de la police militaire indonésienne, annonce que les Kopassus ont participe au Raid © JakPost

Le général Unggul K. Yudhoyono, numero 2 de la police militaire indonésienne, annonce que les Kopassus ont participe au Raid © JakPost

Les conséquences de cette affaire, qui n’a l’air de rien vu de l’extérieur de l’Archipel, risquent de faire long feu. Il y a tout d’abord la question de la relation entre armée et police, qui depuis plusieurs mois est marquée par ces règlements de comptes sanglants. Vient ensuite la reforme du secteur de la sécurité  vieux serpent de mer indonésien  qui semblait pourtant sur de bons rails. Enfin, au regard des réactions de la société civile, l’impact politique pourrait s’avérer plus important que prévu.

Un conflit entre TNI et POLRI qui ne peut que perdurer

Depuis l’émancipation de la police en tant que force indépendante de l’armée indonésienne, les relations entre les deux entités sont délicates. La compétition que se livre la police et l’armée indonésienne ne se limite pas à la définition de leurs responsabilités respectives, et dépasse souvent le strict cadre légal. En témoigne les récents heurts dans le Sud de Sumatra. Au mois de janvier dernier, un soldat est tué par un policier. En réponse, plus de cent soldats vont attaquer des policiers et des commissariats dans la région d’Ogan Komering Ulu (Nord de Lampung).  KONTRAS (Commission d’enquête sur les disparus et la violence, ONG indonésienne sans doute la plus virulente a l’égard des TNI – mais souvent à juste titre) annonçait encore récemment qu’il était question de pas moins de 30 conflits avérés entre police et armée indonésienne sur les huit dernières années, ayant coûté la vie a dix  policiers et quatre soldats.

A ces tensions persistantes s’ajoutent la question des responsabilités de chaque agence. La scission entre police et TNI en 1998 semblait pourtant claire. Elle devait s’accompagner de la fameuse reforme du secteur de la sécurité. Cependant, depuis 2004, le rôle des TNI dans les affaires de sécurité intérieure tend à se renforcer. Tout d’abord, parce qu’historiquement, la mission des forces armées a toujours mêlée la protection des frontières à la lutte contre les ennemis de l’intérieur – et par extension, au contrôle supposé des populations, comme le voulait la dwi fungsi  (fonction duale). De plus, la stratégie actuelle mise en place par le ministère de la défense indonésien tend à considérer les opérations intérieures – et plus particulièrement les opérations militaires autres que la guerre – comme étant sa chasse gardée. Depuis maintenant de nombreuses années, les TNI insistent sur leur volonté de participer aux missions de contre-terrorisme, dévolue depuis 2004 au BNPT et au Densus 88

La loi 34/2004

Il en est de même pour les opérations de lutte contre les trafics ou les secours aux populations dans le cas de catastrophes naturelles, missions pour lesquelles les TNI souhaitent s’affirmer comme étant les principaux acteurs. D’un point de vue capacitaire, cela se défend. Et d’un point de vue légal, au grand désarroi des activistes des droits de l’homme et de la police, cette (sur)implication est effective. En effet, la loi 34/2004 stipule que les forces armées indonésiennes peuvent être mobilisées dans 14 cas de figure différents.

La reforme du secteur de la sécurité mise à mal

Plus qu’un retour des TNI dans les questions relatives a la sécurité intérieure, il s’agit ici d’une continuité, qui met à mal la reforme du secteur de la sécurité. Débutée en 1998, celle-ci avait pour objectif une plus grande professionnalisation pour les forces armées, la distribution des missions relatives à la sécurité intérieure pour la police et la fin du Military Business. Si certains efforts sont notables, cette reforme a pris un retard important. C’est notamment ce que remarquait le Congrès des États-Unis en 2012, alors que Washington tentait de renforcer le partenariat stratégique signé avec Jakarta. La professionnalisation suit son cours, bien que le respect des droits de l’homme par les forces armées pose encore question, comme l’avait montré les violences à l’encontre de journalistes lors du crash d’un Hawk 200.

Comme vu précédemment, la répartition des missions et responsabilité pour ce qui est de la sécurité intérieure reste – et restera – paralysée par la loi 34/2004. D’autant plus que les TNI ne cessent de rappeler leur volonté de participer à ces missions, et notamment à tout ce qui touche au contre-terrorisme.

MILBUS

Reste enfin la question du Military Business. Si dans le cas de l’assaut du pénitencier de Cebongan, cette question ne semble pas forcement liée, elle demeure un motif d’opposition frontale entre POLRI et TNI. Le Military Business  à l’indonésienne peut prendre plusieurs formes. Cette « économie parallèle, de l’ombre, cette corruption institutionnalisée » comme le définit Cornelis Lay, peut-être formelle, informelle ou criminelle :

Ainsi, police et armée sont en compétition afin de sécuriser ces ressources sans communes mesures. En témoigne ce qui se passe à Freeport, bien sur, mais partout ailleurs dans l’Archipel. Dans cette perspective, difficile d’établir une relation de confiance entre les deux institutions.

Un impact politique considérable

Vient enfin l’impact politique et sur la société civile. Si les habituels idiots du village tel ce cher Ibas Yudhyono ont salué le sens des responsabilités des TNI, lorsque les forces armées ont reconnu l’implication des Kopassus  dans le raid du pénitencier de Cebongan, il n’en demeure pas moins que les déclarations suivantes relatives au « sens de la reforme » des TNI ont un gout amer. Il semble acquis que les TNI n’avaient pas d’autres choix que de laisser les Kopassus impliqués reconnaitre leur culpabilité. Sinon, comment expliquer l’existence de groupes « criminels » capables de mener une telle opération ? Acculée, l’armée ne pouvait rien faire d’autre. Ce qui est par contre inquiétant, c’est de voir que si la police connaissait depuis le premier jour l’implication des Kopassus, personne en son sein n’a cru bon de prendre ses responsabilités. Il est certain que les forces de police craignent l’armée indonésienne, et plus particulièrement les Kopassus  (mais qui ne les craint pas en Indonésie ?). Le pedigree de l’unité parle pour lui-même. De plus, la police étant indonésien ce jour dans une situation délicate (multiplication des affaires de corruption), il était sans doute préférable de laisser les TNI se débrouiller.

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Ce qui est particulièrement amer, c’est la réaction de la société civile. A Yogyakarta, mais aussi ailleurs, les banderoles fleurissent à tous les coins de rue. Ici « Sejuta Preman Mati, Rakyat Yogya Tidak Rugi » (un million de voyous mort, aucune perte pour la société yogyanaise) ; là «Kami Bangga dan Salut Pada Jiwa  KSatria Prajurit Kopassus » (nous saluons avec fierté le comportement « chevaleresque » des soldats des Kopassus » (sic !) ou encore « Dukung TNI dan POLRI Brantas Premanism » (ensemble avec la police et l’armée contre le premanisme).

JogjaCe que les éditeurs de Tempo et du Jakarta Post redoutaient semble se produire. La population, dans sa grande majorité, semble accorder un soutien sans faille à cette exécution de sang froid. L’opposition au premanism, c’est-à-dire a la criminalité, ne doit pas faire oublier l’implication des forces armées indonésiennes dans ce même premanism.

Hercules l'un des plus fameux Preman. Notons que souvent les Preman sont originaires de l'Est de l'Archipel, et plus particulièrement de Flores

Hercules l’un des plus fameux Preman. Notons que souvent les Preman sont originaires de l’Est de l’Archipel, et plus particulièrement de Flores

Qu’il s’agisse du gang d’Hercules à Jakarta ou des gangs de motards alliés à certaines branches des forces armées indonésiennes. Certains semblent aussi oublier l’implication de plusieurs généraux indonésiens dans la formation, l’entrainement et l’armement de milices dont le pouvoir de nuisance dépassa en son temps ce que peuvent encore faire les plus durs des preman (il suffit de penser aux deux Laskhar, Jihad et Jundulah).

Et si je voulais me rassurer sur mes pronostics pour l’élection de 2014, j’ajouterai bien que cet élan de soutien au Kopassus – pas forcement visible depuis Jakarta, mais bien plus dans les provinces – montre que mon favori risque d’avoir un boulevard devant lui…

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Le Densus 88, trop violent ?

Le Densus 88 en action ©Jakarta Globe

Le Densus 88 en action ©Jakarta Globe

 C’est ce que le conseil des oulémas indonésien (MUI), le président de Muhammadiyah  et des représentants de Nadhlatul Ulama(NU) – les deux plus grandes associations musulmanes indonésiennes) ont déclaré jeudi. Pour eux, l’unité de la police en charge du contre-terrorisme en Indonésie est responsable de nombreuses bavures et de violations des droits de l’homme. Nos chers religieux reprennent les mêmes arguments que les milices islamistes et souhaitent donc une dissolution de l’unité, celle-ci étant particulièrement active depuis quelques mois.

 Il est vrai que le Densus a tendance depuis plusieurs années à ne pas faire dans la dentelle, notamment sur les conseils pas forcement éclairés de Rohan Gunaratna. Cependant, au regard des arrestations et neutralisations de terroristes, qui songerait à se plaindre ? Cette déclaration apporte néanmoins un éclairage important sur la radicalisation progressive de Muhammadiyah. Le mouvement, fondé en 1912 à Yogyakarta, s’est toujours montré réticent au syncrétisme indonésien (kejawen), qui est lui représenté par NU. Muhammadiyah apparaissait comme un mouvement moderniste, du fait de son implantation dans les centres urbains indonésiens. L’une des figures de Muhammadiyah fut sans nul doute Amien Rais. Cependant, depuis plusieurs années, des luttes de pouvoir à l’intérieur même du mouvement ont donné lieu à l’émergence de courants plutôt radicaux, notamment portés par des membres du parti islamiste PKS. Ces derniers ont réussis à s’emparer des postes à responsabilités du mouvement.

La réaction de Muhammadiyah apparaît donc comme une énième confirmation d’une tendance à la radicalisation au sein même du mouvement, ce qui, pour les penseurs musulmans modernistes indonésiens, n’est pas forcement une excellente nouvelle.

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8 soldats indonésiens tués en Papouasie indonésienne

Beaucoup d’hésitations avant d’aborder ce sujet. Outre l’aspect sensible – comme tout ce qui touche à la Papouasie en Indonésie – les circonstances de la mort de ces huit soldats sont sans doute plus à chercher dans un manque flagrant de formation et de discipline. Cependant, les conséquences de ces morts devraient se faire sentir, et pas seulement en Papouasie.

Irian Jaya, Papua: bref historique de la Papouasie indonésienne

Nouvelle Guinée néerlandaise (1916)

Nouvelle Guinée néerlandaise (1916)

La Papouasie indonésienne s’étend à l’extrême orient de l’Archipel. Il s’agit d’une province indonésienne, considérée comme telle a partir de 1969, mais pour laquelle les appétits indonésiens sont plus anciens. Des 1962, Suharto, père de l’indépendance indonésienne, menaçait ce qui était la dernière réminiscence de l’empire colonial néerlandais (et qui s’appelait alors Nouvelle-Guinée hollandaise) en Asie d’une invasion.  A l’Est de celle-ci, la Papouasie Nouvelle-Guinée, qui restera sous un statut de protectorat australien jusqu’à son indépendance, en 1975. La partie occidentale de l’île est quant à elle sous domination néerlandaise, bien que La Haye prépare la province à l’indépendance. Mais c’était sans compter sans cette volonté de Jakarta d’assimiler la province dans l’État indonésien. Pourquoi un tel intérêt ? D’un point de vue stratégique, la Papouasie s’ouvre sur l’océan Pacifique, la mer d’Arafura et celle de Banda. Plus important encore, outre sa diversité culturelle et naturelle (entre 200 et 700 langues différentes pour 3 millions d’habitants),  l’île regorge de ressources : l’exploitation forestière, bien sûr, mais aussi de l’or, du cuivre, du gaz naturel et du pétrole. En 1960, des géologues de la société américaine Freeport McMoran confirment la découverte réalisée par leurs homologues néerlandais en 1936 : il y a bien de l’or et du cuivre dans le massif des Jayawijaya, et dans des quantités phénoménales.

Au début des années 1960, Jakarta envisage donc de prendre le contrôle de la Papouasie occidentale. Pour ce faire, différentes opérations seront menées, mettant notamment à contribution les forces spéciales indonésiennes, les Kopassus. L’État-major indonésien envisage différentes possibilités, allant d’un assaut aéroporté à un débarquement, en passant par des opérations de déstabilisation. Le fait est que la majorité de ces opérations échoueront : du fait d’une armée néerlandaise bien équipée et implantée sur le territoire, mais surtout d’un environnement et d’une population locale relativement hostiles à la présence indonésienne. L’ouvrage de Ken Conboy sur l’histoire des Kopassus retrace ces opérations, et notamment la bataille de la mer d’Arafura, au cours de laquelle l’amiral indonésien Yos Sudarso fut tué en janvier 1962.

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Un Neptune neerlandais

Un Neptune neerlandais

S’appuyant donc sur une population locale peut encline à considérer les indonésiens comme des alliés, mais aussi à des aéronefs de patrouille maritime – des P-2 Neptune notamment – qui permettaient au détachement néerlandais de disposer d’un système d’alerte avancée pour contrer les tentatives indonésiennes, l’invasion militaire de la Papouasie ne fut constituée que par une série d’échecs.

Dans cette confrontation entre  Pays-Bas et Indonésie, Washington et Canberra (mais aussi tant d’autres) se gardent bien, dans un premier temps, de se positionner de manière trop visible. Cependant, les pressions se font, et en septembre 1962, l’autorité sur la Papouasie occidentale est confiée à une mission des Nations-Unies. Des le premier mai 1963, c’est l’Indonésie qui exercera cette autorité sur la province renommée Irian Jaya, avant l’organisation d’un référendum en 1969. Entre temps, en 1967, de nouvelles lois sur les investissements étrangers sont votées par Jakarta. L’une des premières sociétés à en bénéficier n’est autre que Freeport-McMoran, qui obtient alors plusieurs concessions en Irian Jaya.

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Le référendum de 1969 sera qualifié a l’époque par un diplomate américain de la façon suivante : « Le référendum sur l’indépendance en Irian occidental (Papouasie) se déroule comme une tragédie grecque, la conclusion est prédestinée. Le principal protagoniste, le gouvernement indonésien, ne peut et ne permettra aucun autre choix que l’inclusion de l’Irian occidental au sein de l’Indonésie. Les activités dissidentes sont susceptibles d’augmenter, mais les forces armées indonésiennes seront capable de contenir [les dissidents] voire si nécessaire de les supprimer».

Séparatisme Papou et privatisation de la sécurité

L’Irian Jaya – c’est le nom que portera la province jusqu’en 2000 – est donc partie intégrante du territoire souverain indonésien. Depuis les années 1960, à l’instar des mouvances existant dans l’archipel des Moluques, des organisations séparatistes agissent sur ce territoire. La plus connue est sans nul doute l’OPM (Organisasi Papua Merdeka, organisation pour une Papouasie libre), créée en 1965. Elle n’est pas considérée par le Département d’État américain comme une organisation terroriste mais disposerait de liens idéologiques et logistiques avec la New People Army philippine. Son but est l’indépendance pure et simple de la Papouasie occidentale. Depuis ses débuts, l’OPM, et son bras armé (la TPN), a été impliquée dans plusieurs attaques à l’encontre des symboles du gouvernement indonésien et des militaires, mais pas seulement. Et c’est là que les intérêts économiques relatifs à la Papouasie resurgissent.

OPM

OPM

  GrasbergMine_ISS011-E-9620La société américaine Freeport-McMoran exploite la  mine de Grasberg – plus grande mine d’or, troisième plus grande mine de cuivre dans le monde  – depuis 1972. En 1977, l’OPM lance une attaque contre la mine. Les forces armées indonésiennes répriment l’affront en massacrant plus de 800 papous (selon les données officielles de l’armée indonésienne, sans doute beaucoup plus). La menace que représente l’OPM est sans nul doute réelle, mais elle est pourtant quelque peu fantasmée. Au mois de novembre 2011, le Sydney Morning Herald reproduit dans ses pages un rapport de renseignement des Kopassus selon lequel l’OPM ne disposerait que d’une centaine d’armes à feu.

Bien sûr, l’insécurité existe en Papouasie, l’OPM a montré a plusieurs reprises ses capacités à frapper les forces indonésiennes. Cependant, certains observateurs notent que la responsabilité de l’OPM peut être remise en cause dans le cas de certaines attaques. Ainsi, lorsqu’au mois d’août  2002, deux enseignants américains et un indonésien trouvent la mort dans une attaque à proximité de Timika, le gouvernement indonésien accuse l’OPM. Il s’avère pourtant que – comme de nombreux éléments laissent à  penser – les TNI sont impliqués dans ces attaques.

Les TNI en Papouasie

Les TNI en Papouasie

Il faut aussi convenir que la sécurité en Papouasie occidentale dépasse le simple cadre de la volonté d’annihilation de l’irrédentisme Papou par Jakarta. L’une des explications réside dans la politique que  Freeport, à l’instar d’Exxon dans la province d’Aceh, va s’appliquer à mettre en œuvre : à savoir, le recours aux forces armées indonésiennes dans la sécurisation de ses installations, contre rémunération. En agissant ainsi, les sociétés étrangères en Indonésie, sans pour autant disposer de solutions alternatives, vont encourager une compétition entre forces armées (TNI) et Police indonésienne (POLRI), une fois que la police retrouve son indépendance en 1998.

Et cette compétition acharnée laisse donc planer des doutes sur la responsabilité de l’OPM dans certaines attaques. Surtout lorsque Freeport affirme avoir distribué pas moins de 80 millions de dollars à la police et à l’armée indonésienne sur les dix dernières années, non pas pour assurer la sécurité de cette dernière, mais pour « payer les lunch boxes » des soldats et policiers assurant la sécurité de la mine. Une sorte de défraiement  officieux qui a suscité beaucoup de questions à Jakarta et ailleurs, surtout après les pathétiques tentatives de dénégations du chef de la police indonésienne.

Un déficit constant dans la formation des forces armées indonésiennes… et dans les esprits indonésiens !

L’indonésien moyen – et encore plus le javanais – a une fâcheuse tendance à considérer que plus son compatriote vient de l’Est de l’Archipel, plus il se rapproche du singe. Le processus de Transmigrasi (transmigration : migrations « volontaires » de javanais et d’autres ethnies dans l’ensemble de l’Archipel) a sans nul doute renforcé ce sentiment, en favorisant une confrontation culturelle pas forcement souhaitable. A cela s’ajoute une politique de développement de la Papouasie qui ne peut être efficace, tant les objectifs de Jakarta et des populations locales semblent éloigné, et tant la corruption, omniprésente dans l’Archipel, fait des ravages. Les violences communautaires entre tribus, violences qui se déplacent sur l’échiquier politique local, renforce le sentiment de la majorité des indonésiens, pour qui la Papouasie doit être « civilisée », y compris par la force.

Les Brimob (Police), unite qui apparait aux yeux de nombreux observateurs comme la plus a meme d'assurer la securite et de maintenir l'ordre en Papouasie

Les Brimob (Police), unité qui apparaît aux yeux de nombreux observateurs comme la plus a même d’assurer la sécurité et de maintenir l’ordre en Papouasie

Dans cette perspective, les soldats et policiers déployés en Papouasie occidentale se retrouvent dans un contexte politique et culturel qui les place en situation de dominants, face à une population locale qui est considérée comme composée d’êtres inferieurs. Par ailleurs, la formation des soldats indonésiens et leur entrainement pose question. Il suffit de se balader devant une garnison pour prendre conscience que la mise en condition opérationnelle reste loin de ce qu’elle devrait être. Le fait que les dits soldats considèrent les papous – et par définition l’OPM – comme des sauvages, tend à leur faire oublier que si cette dernière ne dispose pas d’équipements militaires modernes, la guérilla papoue connaît son terrain. Les huit soldats indonésiens tués il y a quelques jours ne portaient pas leurs armes avec eux. La question des SOP mises en œuvre en Papouasie par les TNI. Les commentaires se sont succédé dans les medias, pour certains remettant en cause la forme de la mission des TNI en Papouasie. L’un des responsables de la commission nationale pour les droits de l’homme a ainsi parlé de soldats passant leur temps « à dormir plutôt qu’à patrouiller », ce qui a déclenché, on sans doute, de nombreuses condamnations. Les grands gagnants pourraient être les Brimob, unité de maintien de l’ordre de la police. Formée aux missions paramilitaires, cette unité semble aujourd’hui la plus a même d’assurer la sécurité dans cette province.

Cependant, aussi brutales soient elles, ces déclarations sont loin d’être non fondées. Et le voile opaque qui recouvre les activités policières et militaires indonésiennes en Papouasie et les récents débats relatifs a la loi sur la sécurité intérieure (qui doit étendre le champs d’action des TNI dans le cadre des MOOTW) ne fait que renforcer ce sentiment. D’autant plus que la province, qui bénéficie d’un statut spécial depuis 2001, prend une importance stratégique d’ampleur, avec une multiplication des investissements étrangers, et notamment chinois.

N.B. : Pour mieux comprendre les interactions régissant le conflit en Papouasie, il faut se tourner vers un roman de Stéphane Dovert, Le cannibale et les termites. Il s’agit sans doute de l’ouvrage le mieux documenté sur ce sujet.

canibale

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Les personnalités politiques à suivre en 2013

Petit tour d’horizon en ce début d’année 2013.

Prabowo Subianto

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Le favori des élections présidentielles de 2014 – tous les instituts de sondage le donnent gagnant – a frappé un grand coup lors des élections locales à Jakarta. L’ancien général dont beaucoup disent qu’il a les mains sales – enlèvements d’activisites, implication dans des exactions au Timor et répression à l’encontre des membres de la minorité chinoise en 1998 – a soutenu le candidat du PDI-P Joko Widodo (Jokowi) et son colistier, l’indonésien d’origine chinoise Basuki Tjahaja Purnama (Ahok). En réaction, une partie de la communauté chinoise de Jakarta a changé d’avis sur l’ancien chef des Kopasus, en faisant alors un candidat pour lequel elle serait  prête à voter. Dans les Kampung  (villages), le nom de Prabowo arrive en tête de liste pour tous les déçus de la Reformasi. Pour eux, qu’importe si Prabowo a commis des crimes dans le passé, il représente une Indonésie forte, qui ne renonce pas, et qui s’affirme comme une puissance régionale que l’on doit respecter. Il représente aussi le pouvoir ancien, celui du temps de Suharto (Prabowo fut son gendre avant son divorce avec Titiek), une époque que beaucoup – y compris parmi les plus jeunes – viennent à regretter.

Homme fort de Gerindra (parti pour une grande Indonésie), Prabowo séduit aussi les politiciens. L’ancien colistier de Megawati (PDI-P, présidente entre 2002 et 2004) lors des élections présidentielles de 2004 voit son nom associer à différents partis politiques. Pourtant, il ne s’exprime que très peu dans les médias. L’on sait uniquement que l’ancien chef des Kopassus (forces spéciales indonésiennes) bénéficie de fonds importants qui devraient lui permettre de financer sa campagne. Toujours interdit de séjour aux Etats-Unis (ils sont plusieurs en Indonésie dans ce cas de figure…), l’ami personnel du Roi de Jordanie devra cependant s’allier avec une figure de proue du monde politique indonésien et surtout ne pas s’aliener, si ce n’est déjà fait, les Tycoons sino-indonésiens. Mais il dispose de deux atouts majeurs pour la population : ancien militaire et javanais.

 

Jusuf Kalla

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Le meilleur vice-président que l’Indonésie a pu connaître. Mais peut-être aussi le pire des présidents que l’Indonésie pourrait avoir, selon les dires de certains observateurs. L’ancien vice-président lors du  premier mandat de SBY apparaît aux yeux de la population comme un espoir. Lui qui fut trahi par son propre parti – le Golkar – en 2009, a une revanche à prendre. Elle a déjà pris forme si l’on en croit la popularité de l’acteul président du PMI, la croix rouge indonésienne. Il convient de se rappeler que lors du Tsunami des îles Mentawai, la plupart des hélicoptères présents n’étaient pas ceux de l’armée, mais ceux du PMI. Même chose lors de l’éruption du volcan Merapi, ou les Kopassus utilisèrent des bulldozer du PMI, financé et acheminé sur ordre de Jusuf Kalla.

Fin politique, Jusuf Kalla a tout pour réussir en 2014. Il pourrait même recevoir le soutien des Tycoons chinois. Il lui manque cependant un détail essentiel : un parti susceptible d’endosser la candidature de l’une des personnalités préférées des Indonésiens. Car c’est là que se pose le problème. Le Golkar roule pour Bakrie et le PDI-P tergiverse encore sur l’identité de son prochain leader. Reste alors des partis de moindre ampleur ou divisés. Certains espèrent voir un ticket engageant Jusuf Kalla avec une autre personnalité indonésienne. Reste à savoir qui acceptera de jouer le jeu avec l’ancien vice-président.

 

Joko Widodo (Jokowi)

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Assurément l’homme indonésien de 2012, le fraîchement élu gouverneur de Jakarta est devenu en peu de temps celui que tout le monde s’arrache. L’ancien maire de Solo (Surakarta, Java Centre) a réussit à être élu sur un parachutage électoral qui ne lui laissait pourtant que peu de chance. L’homme qui alors maire de Solo avait refuser de toucher son salaire – sa famille étant aisée, il avait déclaré pouvoir se contenter de ses biens  et revenus – a réussi a écraser des concurrents qui ne furent pas des modèles de vertu durant cette campagne. Ses propositions sociales ont reçu un bon accueil à Jakarta et si Jokowi a dû céder sur certains dossiers, il reste l’un des homme politique les plus populaires du pays. Et le javanais ne prend pas de gants quand il s’agit de réorganiser les équipes en charge de la gestion de la capitale. Il a su aussi se montrer impliqué lorsqu’il a déclaré l’Etat d’urgence suite aux inondations de Jakarta le 17 janvier dernier.

Tout semble trop beau  pour lui, et c’est là que risque de se poser un problème de taille. Son parti politique d’appartenance – le PDI-P – semble voir en Jokowi la personne idéale pour les élections présidentielles de 2014, et certains au sein du parti pousse en ce sens. Grave erreur, car la population de Jakarta ne lui pardonnerait sans doute pas de délaisser la capitale moins d’un an après avoir été élu. Il reste à espérer pour l’Indonésie que cet homme politique progressiste puisse résister aux pressions au sein même du parti, pour s’affirmer en 2019 comme le candidat idéal pour le pays.

 

Le Nasdem : Surya Paloh et Hary Tanoe(subjido): je t’aime, moi non plus

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Surya (gauche) et Hary (droite)

Les deux hommes ont pour point commun de dominer les grands groupes de médias en Indonésie (MNC pour Hary, Metro Group pour Surya). Lorsque Surya Paloh décide de quitter le Golkar, c’est pour lancer son propre mouvement, le Nasdem (Nasional – Demokrat), à la fin de l’année 2010..Sans pour autant faire frémir les sondages, le duo Surya – Hary semblait pouvoir tenir la corde, et surtout, recevoir le soutien financier des indonésiens d’origine chinoises. Mais voila, Hary a décidé de plaquer Surya et le Nasdem. Il faudra donc suivre ce que deviendra le parti cette année, alors qu’il a été autorisé à présenter ses candidats aux élections législatives et présidentielles de 2014.

En bonus, la première campagne du Nasdem en vidéo ici

 

D’autres n’ont que peu d’espoir, mais on ne sait jamais trop ce qu’il en est dans l’Archipel.

Aburizal Bakrie (Ical)

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Le magnat indonésien et chef du Golkar semble voir ses appuis se réduire ces dernières semaines. Il n’y a plus grand monde en Indonésie pour croire en Ical, son surnom,  comme président. Concernant son empire économique, la fin de l’année 2012 et le début de 2013, les nouvelles ne sont pas spécialement bonne pour la famille Bakrie, avec des investissements hasardeux dans le monde du football (n’est pas le Qatar qui veut…) et des tensions au sein de différents conseils d’administration où Ical et ses intérêts sont présents.

Mais Ical sait rebondir. Le désastre de Lapindo, pour lequel la responsabilité du conglomérat Bakrie est engagé, ne devrait pas avoir de conséquences néfastes pour Ical.

Megawati

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Présidente entre 2002 et 2004, candidate en 2004 et 2009, fille du père de l’indépendance, Sukarno. Un dinosaure politique qui est tenté de concourir une nouvelle fois en 2014. Sans doute la fois de trop.

Lutfhi Hassan, Anis Mata et le PKS

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Les défenseurs de la vertu islamique du parti pour la justice et la prospérité ont du plomb dans l’aile. Le dernier scandale en date implique Lutfhi Hassan, président du parti, qui a débuté sa journée la semaine dernière auprès des membres de la KPK, la commission pour l’éradication de la corruption. L’enquête porte sur des pots de vins versés dans le cadre d’un marché d’importation de viande de bœuf. S’ajoute à cela une histoire avec une escort girl de 19 ans, payée 10 millions de roupies pour deux heures de « conversation » avec l’un des hommes de main de Lutfhi.  Lutfhi fut selon la police une personne difficile à arrêté.  L’animal ayant trois femmes, les policiers ont du se rendre chez chacune d’entre elles. Après la vidéo porno d’Anis Mata (le numéro deux du parti)  et celle visionnée en pleine session parlementaire par un membre du PKS, encore un scandale ou le sexe ne semble décidémenent pas si loin de  l’idéologie des dirigeants du parti. Une chose est sûr, le PKS – qui a tout de même réussi à confisquer une grande partie des postes à responsabilités de Muhammadyiah, l’une des deux grandes organisations du pays –  est en train de perdre le soutien qu’il avait si difficilement acquis. Une nouvelle preuve, s’il en fallait, que religion et politique ne font pas bon ménage en Indonésie – et ailleurs.

 

Hatta Rajasa

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Le ministre coordinateur pour les affaires économiques y a peut-être trop cru. En mariant sa fille avec le dernier rejeton de la famille SBY (Ibas), il pensait avoir sceller une alliance politique avec le parti démocrate (PD, parti au pouvoir). Sauf que Hatta est contesté au sein même de sa formation, le PAN. Par ailleurs, les médias se sont emparés de l’accident mortel dont son fils de 21 ans est responsable. Au volant de son BMW X-5 – pas franchement la voiture de M. tout le monde – le plus jeune du clan Hatta est responsable de la mort de deux personnes, alors qu’il revenait d’une soirée du Nouvel An. Les précisions suivantes peuvent sembler verser dans le gossip mais elles sont importantes pour comprendre la mentalité des élites – et de leurs familles – en Indonésie. Une fois hors de son véhicule, le rejeton n’a rien trouvé de mieux que d’essayer de changer les plaques d’immatriculations de son SUV…

 

Outre ces 4, qui sont pour qui les perspectives de succès en 2014 s’assombrissent, la classe politique indonésienne a aussi ses idiots du villages.

Suryadharma Ali (PPP,  ministre des affaires religieuses)

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Selon la constitution indonésienne, toute minorité religieuse dispose de la liberté d’exprimer sa foi. Seul problème, l’actuel ministre des affaires religieuses, Suryadharma Ali. Pour lui, les ahmadis comme les chiites doivent se convertir au sunisme. Quant aux minorités chrétiennes de Bogor qui ne peuvent exercer leur culte, ce n’est pas son problème. Le dirigeant du PPP, un parti religieux, s’est fait remarqué récemment lorsqu’il a proposé aux leader du FPI et du NNI de rejoindre son parti et de se présenter aux élections législatives sous la bannière du parti. Une belle preuve de tolérance, n’en doutons pas…

Marzuki Alie (Partai Demokrat)

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Le président du parlement indonésien est un homme de conviction, mais ses capacités intellectuelles semblent lui faire défaut. Quand les Etats-Unis annonce le déploiement de Marines à Darwin, il s’inquiète dans la presse : pour lui, tout est fait par Canberra et Washington pour prendre le contrôle du pétrole en mer du Timor. Spécialiste des déclarations à l’emporte-pièce, Marzuki s’est distingué au mois de janvier 2013 en annonçant à la presse sa décision de soutenir un projet de loi quelque peu particulier. Ce dernier, soutenu par le Conseil des Oulémas indonésiens (MUI) vise à déclarer les importations de importations sont une menaces pour les producteurs locaux, elles doivent donc être considérée comme  haram

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Cafés Stratégiques N°22

L’Alliance Géo Stratégique organise son prochain café stratégique le 14 février à Paris.

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Plus d’infos ici

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La marine indonésienne reçoit son troisième KCR-40

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La marine indonésienne vient de recevoir son troisième bâtiment de classe KCR-40. Ces bateaux tendent à confirmer une double tendance:
✓ le renforcement de la stratégie de sea denial
✓ le recours à des chantiers navals privés

Le Sea Denial Indonésien et ses supporters

le KRI Beladau (KRI-643) est donc le dernier né de laclasse KCR-40. Il rejoint au service actif les KRI-641(Clurit) et 642(Kujang) au sein des TNI-AL. Ces bâtiments de 40 mètres pour 250 tonnes (selon les données officielles) et sont armés par un équipage de 35 marins (tout en pouvant accueillir 13 membres des Pasukan Khusus, à savoir les forces spéciales). Ces bâtiments doivent être équipés -à terme – avec des missiles de croisière de type C-705. A l’instar des dernières productions ou acquisitions de la marine indonésienne (l), ce renouvellement et renforcement de la flotte se fait en réponse à la stratégie de Sea Denial, évoquée par de nombreux experts depuis plusieurs mois. Néanmoins, au regard des menaces maritimes dans l’Archipel, ces achats ne semblent pas  inscrire dans une stratégie raisonnée. Trafics illicites, pêche illégale, brigandage maritime sont les principales menaces pour l’Indonésie. La poussée chinoise en mer de chine méridionale ne concerne qu’indirectement à ce jour Jakarta. D’autant plus que la politique menée par le gouvernement de SBY à l’égard de la chine ne permets pas de penser à une confrontation militaire, tout du moins sur le court ou moyen terme.

Il s’avère par contre intéressant de noter que les chantres du Sea Denial indonésiens sont plutôt à chercher du côté de Washington. En effet, rares sont les interventions – officielles ou officieuses- de diplomates,militaires ou encore chercheurs américains – de passage à Jakarta – à ne pas insister sur la nécessité pour l’Indonésie d’adopter cette stratégie. Le cas de la communauté académique américaine est flagrant. Souvent soutenus par des think tanks voir directement par certaines institutions, ces chercheurs répètent inlassablement le même message sur le Sea Denial. Fort souvent élèves des Cassandres qui nous prédisaient l’avènement du terrorisme maritime dans le détroit de Malacca – avant de subtilement déplacer la menace vers les détroits de Lombok et Makassar – ces membres de la communauté académique trouvent dans la marine indonésienne une oreille attentive. Une écoute qui est aussi partagée par un ministère de la défense dont l’objectif est aussi de développer la production nationale d’équipements et matériels militaires .

stratégie nationaliste et recours au secteur privé.
L’ensemble de la stratégie de défense indonésienne se retrouve aujourd’hui conditionnée par une volonté de développer l’industrie de la défense nationale, Pour se faire, Jakarta peut compter sur les entreprises publiques que sont PT Pindad (blindés, véhicules militaires, artillerie et armes légères), PT DI (aéronautique) et PT Pal. Cependant si PT DI – et dans une moindre mesure Pindad – ont su et persistent à développer et produire des matériels de qualité, il n’en est pas de même pour les chantiers navals nationals indonésiens. Les réalisations de ces derniers sont bien loins de ce qui peut être produit dans la région.

Pour contrebalancer les résultats médiocres de certains fournisseurs indonésiens – dont PT Pal – le gouvernement à décider de recourir à une option duale s’appuyant sur des politiques d’offset et les ouvrant les marchés aux sociétés indonésiennes privées. Ainsi, les KCR-40 sont construits par l’entreprise PT. Palindo implantée à Batam ( archipel des Riau). Les acquisitions en cours et à venir vont elles aussi s’appuyer de plus en plus sur cette stratégie duale qui correspond plus à un plan d’ensemble visant à renforcer la présence du « made in Indonesia » pour les produits et équipements disponibles sur l’archipel.

(I) l’origine des frégates dites « britanniques »serait ainsi à chercher du côté de Brunei …

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Des frégates britanniques pour la marine indonésienne ?

La récente visite du  secrétaire à la défense britannique à Jakarta a donné lieu à une avalanche de dépêches relatives à des contrats dans le secteur de l’armement. Si la coopération en matière de défense entre les deux pays connaît un certain renouveau, il n’en demeure pas moins qu’en matière de vente d’armes et autres équipements militaires, il convient de rester prudent et patient. Ceci est peut-etre d’autant plus vrai lorsque l’on fait référence à l’Indonésie.

Un renouveau dans la relation Londres – Jakarta.
les annonces de l’achat de trois frégates et de pièces de rechange pour chars scorpion et pour des avions de type Hawk a pu surprendre. Cependant elles ne sont que la conséquence d’une offensive diplomatique rondement menée par Londres. Lors de sa visite à Jakarta au mois d’avril 2012, le Premier Ministre David Cameron est entouré d’une délégation  d’industriels du secteur de la défense. Ce message adressé à Jakarta est on he peut plus clair : Londres souhaite vendre des équipements militaires à l’Indonésie. Il Convient de rappeler qui il y a plus de 10 ans, le gouvernement travailliste avait imposé un embargo sur les pièces de rechange pour les chasseurs hawk de l’armée de l’air indonésienne, suspectés d’avoir mené des missions de bombardement au Timor-oriental. L’Indonésie étant redevenue un partenaire « respectable », Cameron déclare avant son arrivée sur l’Archipel – accompagné par des représentants de BAE et Agusta Westland – qu’il était temps de vendre « les meilleurs équipements de défense du monde » à un Etat démocratique d’importance.

Ce discours tenu par tous les hauts responsables étatiques en visite à Jakarta s’est accompagné d’une offensive diplomatique soutenue. Au mois de novembre 2012,  c’est SBY qui visite le Royaume-Uni. Puis, en janvier 2013, c’est donc le secrétaire à la défense britannique qui se rend à Jakarta. Il faut dire qu’avec un budget de défense en hausse constante – 77,7 milliards de roupiah, soit 8 milliards de dollars, ce qui en fait le plus gros budget pour l’Asie du sud-est – l’Indonésie s’avère être un marché plus qu’intéressant pour le secteur de la défense.

Le business à l’indonésienne.

Si les médias ont rapidement annoncé la signature de différents accords, il est nécessaire de rappeler qu’il s’agit avant toute chose – tout du moins pour ce qui est des frégates – d’une intention d’achat devant inclure un transfert de technologie. Dans le même ordre d’idée, Jakarta a passé commande en juin 2012 aux chantiers néelandais Damen Schelde d’une frégate légère Sigma 10154 avec là aussi des transferts de technologie. Si la commande semble avoir été officialisée en juin dernier, elle était plus ou moins connue depuis 2011.

Souvent les ventes d’armes et équipements de défense annoncées ont du mal à se concrétiser. Ce qui est d’autant plus vrai en Indonésie où les récentes annonces – sous-marins sud-coréens, léopard 2, projet KFX/IFX ou frégates britanniques – poussent les observateurs les plus attentifs à s’interroger. Récemment, l’un des plus prometteurs experts indonésiens sur les questions de défense faisait remarquer que ces achats auprès du Royaume-Uni tombaient dans le schéma habituel du ministère de la Défense indonésien ces dernières années. A savoir, l’abscence de planification sur le long terme ; des plateformes majeures mais en nombre très limité; l’implication de soutiens politiques ;une justification naïve de ces accords, sur l’autel de la diversité des fournisseurs.

En guise de conclusion, comme le disait un chercheur basé à Singapour, les ventes d’armes en Indonésie restent dans le domaine de l’incertitude,  bien qu’il existe quelques success stories. Cette même personne me dit un jour que l’on pouvait comparer Jakarta à Dehli dans sa façon d’agir dans ce domaine très particulier. Pour ma part, j attendrai de voir l’une de ces frégates battre pavillon Indonésien …

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