Un mois de juin en Indonésie

Malheureusement, très peu de temps pour publier ici ce mois-ci, voici donc une revue du mois.

L’offensive de charme de Prabowo

ImageL’ancien général reste dans le trio de tête des derniers sondages. Cependant,  sans connaitre les adversaires que vont lui opposer le PDI-P et le Partai Demokrat (PD), rien ne permet aujourd’hui de présager qui sera le prochain président indonésien. Pourtant,  Prabowo, relativement discret dans les médias, parvient à faire parler de lui à chaque occasion. Ainsi, la presse s’est intéressée ces derniers jours aux rencontres qu’a mené l’ancien gendre de Suharto avec des diplomates et a la présence quasi-permanente de son frère, Hashim Djojohadikusumo, richissime homme d’affaires, lors de ces événements.

60.000 agents étrangers en Indonésie

Il y a quelques années – en 2004 – un général indonésien (Ryamizard Ryacudu, Chef d’Etat-Major de l’armée de terre indonésienne de 2002 à 2005) avait déclaré que pas moins de 60.000 agents de renseignement étrangers étaient présents en Indonésie afin – bien sur – de déstabiliser le pays. A la fin du mois de mai dernier, Republika, un quotidien populiste qui tends parfois à épouser les thèses de l’Islam radical, fait sa Une reprenant ce chiffre, suite à une interview d’un porte-parole du ministère de la défense. Ce dernier confirme la présence de nombreux agents de renseignements étrangers sur le sol indonésien, notamment en Papouasie. Selon le gouvernement indonésien, les « agents » se font passer pour des chercheurs, des membres d’ONG et des journalistes.

Le Haze et les responsabilités des uns et des autres

ImageLa pollution atmosphérique a donc atteint des records à Singapour et en Malaisie, dépassant le seuil de 226, record jusqu’alors atteint en 1997. En 2013, l’indice de pollution atmosphérique (Pollutant Standards Index, PSI) a donc dépassé la barrière des 200 pour atteindre l’indice de 401 le 21 juin dernier (un indice a plus de 200 est considéré comme dangereux pour la santé). La cause ? Les feux déclenchés volontairement dans les plantations de Sumatra. Les sociétés exploitants les palmerais (dont l’huile  compose votre pot de Nutella et tant d’autres choses) pratique l’agriculture sur brûlis ; il leur faut donc bruler – par le biais d’incendie illégaux – avant de replanter. Or, plus de 265 incendies pas forcement maîtrisés et démarrés sans autorisation, ça peut créer un gros nuage. Face à ce nuage plus que menaçant, le gouvernement singapourien s’est alors plaint auprès de l’Indonésie, ce qui a déclenché une petite guerre sur les réseaux sociaux. Suivant l’exemple d’Agung Laksono , le  coordinating Minister for People’s Welfare indonésien, qui a demandé à Singapour et Kuala Lumpur de cesser les “enfantillages”, de nombreux chercheurs et politiques indonésiens ont mis en cause la responsabilités des sociétés malaisiennes et singapouriennes, qui contrôlent le marché de l’huile de palme à Sumatra. Pire, ces mêmes sociétés sont celles qui ont obtenus les concessions pour l’exploitation de ces plantations à Sumatra, ce qui est indéniable.

Image S’appuyant sur un article publié par Asia Pacific Viewpoint au mois de décembre dernier, beaucoup ont fait preuve d’un certain manque de discernement, accusant alors la Malaisie et Singapour d’être eux même responsables du Haze. Posture intéressante mais délicate sur le long terme, tant la question de la lutte par les forces de l’ordre indonésiennes contre les « pollueurs » permettait d’être éludée. Mais aussi posture délicate après que le Président indonésien s’excuse auprès de Singapour et de la Malaisie et que le gouvernement indonésien révèle la présence de Sinar Mas et APRIL, deux grands groupes basés à Singapour – mais indonésiens par nature – comme étant impliqués et considérés comme responsables, aux cotes de sociétés malaisiennes et singapouriennes.  Tout aussi paradoxalement, peu a été dit sur l’impact de ce Haze pour les Indonésiens résidant dans la province de Riau. Et l’on a vu peu de personnes en Indonésie s’en soucier, alors que le PSI atteignait tout de même un indice de 491 à Pekanbaru et 492 à Dumai (Sumatra).

Garuda Shield et Carat

ImageL’édition 2013 de l’exercice bilatéral américano-indonésien Garuda Shield s’est déroulée lors de ce mois de juin. Des parachutistes américains du 1st Battalion, 504th Parachute Infantery Regiment de la 82rd Airborne ont participé a des manœuvres conjointes avec leurs homologues indonésiens. Auparavant, à la fin du mois de mai dernier, 1200 marins et marines, 3 bâtiments de combat et un aéronef de surveillance maritime (p-3C Orion) avaient participé à l’exercice CARAT (Cooperation Afloat Readiness And Training) Indonesia 2013. Ces deux exercices ne sont pas, contrairement aux apparences – et à ce que laissent entendre nombre de publications -, une manifestation de la récente stratégie du Pivot asiatique vis-à-vis de l’Indonésie. Au contraire, aussi bien CARAT que Garuda Shield montre que la stratégie américaine en Asie du Sud-est (fondée en grande partie sur la Defense Diplomacy), et plus particulièrement vis-à-vis de l’Indonésie s’inscrit sur le long terme, quelle que soit la couleur politique au pouvoir à Washington. En effet,  CARAT existe depuis 1995 et l’Indonésie y participe depuis 1996. Quant à Garuda Shield, cet exercice a lieu tous les ans depuis 2004.

TNI Act

ImageLe mois de juin a aussi été l’occasion de débats au sein du parlement indonésien sur le projet de loi sur la réserve militaire indonésienne. Cette loi, qui vise à mettre en œuvre un corps de réservistes (fonctionnaires et employés) pose question. Comme l’a fait remarquer l’excellent Tubagus Hasanuddin (PDI-P, vice-président de la commission 1 du parlement, en charge des affaires étrangères et de défense), les effectifs de l’armée indonésienne, la nécessité de moderniser cette dernière et d’améliorer le traitement des militaires, conjugués à l’absence de réelle menace extérieure, rende caduque ce projet. L’ancien général, qui est sans doute l’un des politiciens les plus au fait des questions de défense, n’est donc pas un partisan déclaré de ce projet de loi. D’autres font remarquer que cette force de réservistes pourrait permettre de renforcer le nationalisme et le patriotisme au sein de la population (Susaningtyas Kertopati, membre du parti Hanura). Le problème étant que les compétences de cette chère Susan au sein même de sa commission sont souvent remises en question…

Traité des Nations-Unies sur le commerce des armes : l’abstention de l’Indonésie

Pourtant parmi les premiers promoteurs de ce traité (co-sponsor en 2006), l’Indonésie s’est abstenue de le signer au mois d’avril dernier. Apres avoir évité de répondre aux questions relatives à cette abstention au mois de mai dernier, le gouvernement indonésien a décidé – plus ou moins – de s’expliquer. Selon le ministère des affaires étrangères indonésien, ce traité entre en conflit avec la loi indonésienne sur l’industrie de défense. Cette dernière stipule que Jakarta ne peut acheter des équipements et matériels militaires qu’a des fournisseurs pouvant garantir l’absence d’embargo et l’absence de limitations sur l’usage des matériels et équipements militaires.

Le procès des Kopassus à Yogyakarta : vers la mascarade annoncée ?

Le procès des membres KImageopassus impliqués dans l’attaque de la prison de Cebongan a débuté. Et sans surprise (sauf pour les reporters et chercheurs australiens, qui sont censés être parmi les meilleurs connaisseurs du pays, mais qui ne cessent de surprendre par leur candeur et leur naïveté) les manifestations de soutien aux membres des forces spéciales se sont multipliées. Il convient ici de ne pas oublier que moins de 24 heures après l’assaut de la prison, les banderoles commençaient à fleurir ici et là, apportant leur soutien à l’éradication des premans (voyous). Le procès, qui s’est ouvert pour les 12 membres des forces spéciales indonésiennes le 20 juin dernier, a d’ores et déjà été perturbé par les manifestations de soutien. Pour l’occasion, un groupe qui se fait nommé l’Alliance de la Société Civile contre la Propagande Droits de L’hommiste (Aliansi Masyarakat Sipil Tolak Intervensi Propaganda Kebebasan HAM : véridique !) s’en est donc pris aux membres de KOMNAS HAM, la commission nationale de défense des droits de l’homme. Par ailleurs, un célèbre avocat indonésien – OC Kaligis – a lui aussi apporté son soutien aux Kopassus. Les peines encourues par les membres des forces spéciales indonésiennes jugés par ce tribunal militaire vont de 20 ans de réclusion à la peine capitale. Cependant, nombreux sont les observateurs qui pronostiquent sur une peine de 5 à 10 ans.

Et Prabowo dans tout ça ? Il est intéressant de rappeler que l’ancien chef des Kopassus avait déclaré au mois d’avril, alors interrogé sur le sujet, que « les Kopassus ne parlent que d’une seule voix ». Il avait alors  demandé à la société civile indonésienne de ne pas « blâmer ces derniers ».

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