Indonésie 2012 (I): Relations entre la société civile, forces armées et police

De retour après une longue absence…En conclusion de cette année 2012 qui fut bien remplie, voici une petite rétrospective sur l’Indonésie. Evidemment, celle ci se fait dans une perspective sécurité. Certaines thématiques seront abordées car elles marquent à  mes yeux cette année 2012. Quelques messages afin de faire le tour de l’Archipel.

l’année 2012 fut marquée par de nombreux évènements en Indonésie. D’un point de vue sécuritaire, les relations entretenues par la société civile et les militaires indonésiens ont connu quelques accrocs. Cependant c’est surtout avec , la police que le fossé s’est creusé .

Une armée dont l’aura ne cesse de s’accroître.

le constat ne peut que frapper si l’on compare à 1998. A cette époque, alors que le mouvement de la Reformasi prend forme, les forces armées son honnies. A l’exception du corps des fusiliers marins (marinirs), dont l’action pour protéger les partisans de la démocratie fut reconnue, les autres corps étaient considérés – c’est moins vrai pour l’armée de l’air et la marine – comme les instruments du pouvoir de l’Ordre Nouveau. A cette époque, beaucoup d’espoirs sont fondés sur l’émancipation de la police indonésienne comme un corps indépendant. En 2012, nous assistons presque à un retournement de situation. Dans un pays où les militaires restent perçus comme une caste à part, l’armée séduit. Elle a su faire place à de nouveaux cadres et est parvenue à débuter un semblant de réforme. Le chemin reste encore long, mais certains aspects méritent d’être évoqués.

Tout d’abord, il semble acquis que la frange « verte » des généraux – les mêmes qui armèrent et formèrent les milices islamistes jusqu’en 2005 – a été purgée. Une nouvelle génération d’officiers prend le pouvoir malgré un factionalisme persistant. Par ailleurs si le military business demeure inquiétant, des efforts ont été fait dans ce domaine. A cela s’ajoute un parlement indonésien qui n’hésite plus à critiquer certains choix des militaires. Sans pour autant perdre de son aura, l’armée va vers la réforme.

D’un point de vue politique, les anciens militaires restent des valeurs sûres. les candidats pour les présidentielles de 2014 cherchent tous un potentiel Vice-Président  qui soit un ancien militaire. Mieux, l’homme en tête de tout les sondages, cela qui engrange jour après jour des voies potentielles dans les campagnes n’est autre que Prabowo Subianto, qu’il  faudra que je présente ici un jour.

Ce constat fait, il convient de ne pas oublier que par la loi sur les MOOTW (Military Operations Other Than War), l’armée reste impliquée dans des missions qui ne peuvent être de son ressort, si l’on s’en tient aux espérances démocratiques de la société civile. Ainsi, lors des manifestations consécutives à l’augmentation du prix du carburant, la menace de déployer l’armée pour appuyer les forces en charge du maintien de l’ordre a fait couler beaucoup d’encre. Ce déploiement relatif à la loi sur les MOOTW fait parti d’un ensemble d’évènements qui ont vu une implication pas forcément souhaitable des TNI. Sans entrer dans les détails – une recherche sur le site de l’excellentissime Jakarta Post permettra d’en savoir plus  – les TNI se sont retrouvées impliquées dans plusieurs conflits fonciers ou entre communautés, notamment à Sumatra. le spectre d’une armée indonésienne dont certains membres serviraient des intérêts privés a donc resurgit.

Par ailleurs, il convient de noter que l’année 2012 fut aussi celle de nombreux heurts entre journalistes et militaires. Selon l’alliance des journalistes indépendants indonésiens, pas moins de huit cas de violence envers les médias eurent lieu cette année, de Batam à Padang et de Jakarta à Surabaya. Le plus célèbre reste sans nul doute le tabassage en règle de journalistes indonésiens s’étant rendu sur le lieu du crash d’un Hawk 200 de l’armée de l’air. La presse s’était alors lancée dans une campagne de boycott de l’armée, qui ne dura que quelques semaines.

Ces exactions à l’encontre des communauté, mais aussi des médias, conjuguée à la probable future nomination du général Pramono comme CEMA (actuel CEMAT et beau-frère du président Yudhoyono) – , les rumeurs relatives aux aventures du ministre de la défense ainsi que  la continuité du military business et du non respect des droits de l’homme font que les TNI, si elles perdurent à passionner à s’affirmer comme une caste à part, continuent aussi à susciter une certaine méfiance.

Polisi = Korupsi (?)

L’année 2012 pour la police indonésienne fut donc agitée. Les espoirs déchus des lendemains de la Reformasi sont une constante dans le paysage sécuritaire indonésien, si l’on s’intéresse au cas de la police. Mise en cause en 2011 du fait de son impossibilité – ou son manque de volonté diront certains – à protéger les membres de minorités religieuses (qu’il s’agisse des chrétiens de Bekasi, des chiites de Java Est ou Madura ou des communautés Ahmadhiis). Pas de grand changement de perspective en 2012 ou les exactions menées par des milices islamistes telles que le FPI ou le MMI – les fameux barbus des tropiques – n’ont jamais été réprimandées par les forces de l’ordre (et l’on pourrait s’étendre sur les caricatures de procès qui peuvent avoir lieu lorsque, finalement, la police décide d’agir).

Mais ce qui inquiète la société civile, c’est bel et bien la corruption des fonctionnaires de police. Celle-ci s’explique en grande partie dans le processus de recrutement des forces de l’ordre. Pour faire respecter la loi, il faut payer (les dernières estimations faisaient état de 150 millions de roupies à débourser pour entrer à l’académie de police de Semarang). Tout les moyens sont alors bons pour les policiers en exercice afin de récupérer la mise de départ et, pourquoi pas, de la faire fructifier. Dans l’Archipel, tout peut donc s’acheter, et aux cotés du military business, c’est donc un police business qui se développe.

Cette corruption donne notamment lieu à une forme de privatisation de la sécurité. Ainsi, en 2011, l’ONG Kontras, spécialiste de la défense des droits de l’homme en Indonésie, dénonce la société américaine d’extraction minière PT. Freeport – qui exploite la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde en Papouasie indonésienne. Selon Kontras, PT. Freeport a dépensé pas moins de 78 millions de dollars lors des dix dernières années afin de rémunérer les membres forces de l’ordre chargés de la sécurité de la zone. Réaction de la police et de son chef, l’inénarrable Timur Pradopo, cet argent a été utilisé afin de payer les repas des membres des forces de l’ordre à proximité de Timika, ou la mine est située. Nouveau scandale lorsque Kontras explique que 14 millions de dollars ont été utilisés par PT. Freeport afin de payer une prime de risque aux membres des forces de l’ordre assurant sa sécurité. La police annonce alors qu’il s’agit d’une prime de 1.4 millions de roupies par mois et par officier (ce qui signifie que le budget sécurité de PT. Freeport permettrait de rémunérer en prime de risque plus de 100.000 policiers…étonnant).

Outre PT. Freeport, la grande affaire qui secoue la police indonésienne en 2012 est celle de l’affaire de corruption relative à l’acquisition, par cette même police, de différents simulateurs. L’affaire est alors prise en charge par la commission d’éradication de la corruption (KPK). Celle-ci bénéficie du détachement temporaire de plusieurs policiers afin de mener les différentes investigations en cours. Là où le bât blesse, c’est lorsque les dits policiers décident de s’intéresser à cette fameuse affaire des simulateurs de la police et tombent sur des informations sensibles pour le chef de la police. Il n’en faut pas moins pour que la police décide de se rendre au siège de la KPK et…appréhende ses collègues en détachement temporaires. Leur sont reprochés de sombre affaires relatives à une supposée bavure s’étant déroulée sous leurs commandements respectifs.

La réaction de la société civile – et celle, plus terne, de la classe politique – a permis dans un premier temps de repousser les assauts de la police sur la KPK. Cependant, nombreux sont les citoyens indonésiens qui considère que le faible leadership politique actuel, conjugué à la crainte de cette même classe politique de se retrouver un jour ou l’autre entre les mains de la KPK, restent des freins pour la résolution des affaires de corruption.

Pour continuer, il convient d’évoquer les conflits récurrents entre police et forces armées et au sein même de la police. Plusieurs évènements s’étant déroulés a Sulawesi cette année (affrontement police – armée, mutinerie de policiers menacés de mutation, etc.) ne permets pas d’afficher un optimisme franc pour l’avenir de la police. D’autant plus que celle-ci est à présent la cible privilégiée des mouvances et groupes terroristes de l’Archipel (ce point sera évoqué ultérieurement). Enfin, d’autres affrontements liés au pouvoir se déroulent aussi de façon plus furtive. Si ces derniers n’implique pas pour autant toujours la police et l’armée, certains faits tendent a renforcer les inquiétudes de nombreux observateurs.

Criminalité au quotidien : le retour des gangs ?

Police et armée ont toujours entretenu une mauvaise habitude dans l’Archipel. Celle de faire appel a des gangs pour s’assurer des basses besognes ou influer, d’une manière ou d’une autre, sur une zone. La fin de l’année 2011 et le début de l’année 2012 fut une période où l’on nota une recrudescence de la guerre des gangs, notamment a Jakarta. Selon certaines sources, il semble aujourd’hui acquis que certains de ces gangs aient été aux mains des militaires et policiers. En fin de compte, c’est bien cette opposition qui sembler perdurer. Celle de deux institutions dont les missions tendent de plus en plus à se chevaucher, deux institutions qui cherchent aussi, par tous les moyens, à assurer leur pouvoir.

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