Le retour du terrorisme sur l’Archipel?

Les récents évènements de Solo (Java Centre) ont rappelé la réalité de la menace terroriste en Indonésie. Changement de modalité opératoire, cibles différentes du temps de la Jemaah Islamiyah et nouveaux profils des recrues, autant de modifications profondes et d’adaptation des groupes terroristes. Au milieu de ces évolutions, quelques constantes.

Un bref rappel des faits :

Le 15 août 2012, deux policiers sont grièvement blessés  lors d’une attaque contre un poste de police dans la ville de Solo. Trois jours plus tard, un policier est tué dans le même genre d’attaque. Le 30 août, un autre policier est abattu. Les forces spéciales de la police indonésienne (Densus 88) réagissent lors d’un raid au cours duquel deux terroristes et un membre du Densus sont abattus. La police procède par la suite à différentes interpellations et découvertes dans l’ouest et le sud de Jakarta (atelier clandestin pour la confection d’explosifs artisanaux) et annonce avoir démantelé un réseau ayant pour but de mener une attaque contre le parlement indonésien. Quelques jours plus tard, il semble acquis que les cellules terroristes de Solo et de Jakarta sont en fait celle de la Jemaah Ansharut Tauhid (JAT, partisan de l’unité de dieu). Ce groupe, identifié depuis de nombreuses années par les experts du terrorisme indonésien comme étant potentiellement extrêmement dangereux, a été ajouté par les Etats-Unis sur leur liste des groupes terroristes en février dernier. Pour autant, ce groupe communique librement comme le montre son site internet. Car selon le gouvernement indonésien, la menace sur le net vient de la pornographie, pas des barbus… (http://ansharuttauhid.com/)

Une évolution de la modalité opératoire

Première remarque, les cibles ne sont plus, comme au temps de la JI, les intérêts occidentaux dans l’Archipel. Au contraire, depuis 2011, ce sont les forces de l’ordre qui sont maintenant visées par les différents groupes. A cela s’ajoute un recours aux armes à feu de tout calibre plutôt qu’aux bombes artisanales. Ce qui ne signifie pas que les groupes en question n’ont pas pour autant tiré un trait sur l’utilisation d’explosifs artisanaux. Au contraire,  ceux-ci sont toujours développés. Mais il semble que les actuels membres des groupes aient perdu de leur savoir-faire dans ce domaine bien précis. Par ailleurs, les derniers raids de la police tendent à montrer des recrues plus jeunes que du temps de la JI. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’elles sont moins radicales. Un constat supplémentaire peut-être fait : il apparaît qu’une partie de ces recrues débute son processus de radicalisation et de lutte de façon individuelle. Ce qui ne remet pas en question l’influence des Pesantren (école coranique) comme celle de ce cher Bashir (Al Mukmim) mais qui tend à montrer que le processus à changé, sans doute dû à une évolution sociétale et à l’accès croissant aux technologies de l’information.

Solo, éternel berceau du terrorisme ?

Vient la question de la localisation de ces actes, Solo et Depok (Sud de Jakarta). Solo s’affirme comme le berceau de l’islamisme militant en Indonésie. C’est le lieu d’implantation de la fameuse pesantren (madrasa) de Bashir, Al-Mukmim. C’est aussi la que l’International Crisis Group et sa consultante Sydney Jones identifiait dès 2010 la majorité des problèmes. Pourtant Solo, à côté de ces dérangements jihadiste, s’apparente à une success story  à la sauce Sambal* de l’Indonésie contemporaine. Ceci est notamment dû au maire de la ville – actuel candidat au poste de gouverneur de Jakarta – Joko Widodo, plus connu sous le nom de Jokowi. Celui qui a su transformer la ville et en faire l’une des plus agréables et les plus dynamiques de toute l’Indonésie a aussi prêché la tolérance religieuse et l’acceptation de tous. Jokowi s’était déjà montré inquiet mais avait sur rassurer après l’attentat suicide dans une église de Solo en 2011. Certains de ses défenseurs, sans doute un peu trop avide de gossip à l’indonésienne voient d’ailleurs dans les troubles qui agitent Solo des manœuvres politiques de son concurrent pour les élections de Jakarta.

L’autre lieu, c’est Depok, dans le Sud de Jakarta. Une ville où une version de la Sharia est instauré par décision municipale et dont l’ensemble des nouveaux projets immobiliers tendent à vouloir la transformer en une sorte de Djeddah tropicale en moins cher, plus polluée et moins développée. Tout un programme… Il n’en demeure pas moins que nos chers barbus des tropiques trouvent sans doute dans cette ville une base arrière de choix pour tout action à mener sur Jakarta. Rajoutons que la prison où les maîtres à penser des apprentis-terroristes indonésiens se situent à proximité de Depok.

Des constantes inquiétantes

Le lien avec le Sud philippin et l’insurrection qui s’y déroule n’a pas été annihilé et ceci malgré les efforts conjoints des Indonésiens, Philippins, Malaisiens et Américains. Pour preuve, l’une des armes utilisée à Solo appartenait à… la police nationale philippine. Outre les rumeurs relatives aux ventes d’armes par les forces armées et de police philippines aux insurgés de la région de Mindanao, cette « découverte » montre que les migrations clandestines liées au terrorisme dans la triborder Sea persistent, malgré un déploiement de forces d’importance considérable dans la région. L’autre constante est relative aux difficultés que connaît la police indonésienne dans le cadre des enquêtes liées au terrorisme. La doctrine du « tire d’abord, pose les questions ensuite » à ses limites. Il en est de même pour la justice indonésienne et sa façon très personnelles de condamner les mentors du Jihad que sont Bashir et ses sbires. A cela s’ajoute le programme dit de « déradicalisation », vaste blague au regard de ses résultats…

Face à cet ensemble de facteurs, un gouvernement faible et peu concerné au premier abord. Entre un ministre de la communication qui préfère bloquer la pornographie que les appels au Jihad sur internet, un ministre des affaires religieuses qui appellent la minorité chiite a rejoindre le sunnisme pour éviter de se faire massacrer et une police et une classe politique qui considère qu’il faut renforcer le contrôle local en « dénonçant les personnes recevant des invités tard chez elle », l’avenir pour la JAT et ses petits camarades ne semblent pas s’obscurcir.

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