Peche illegale dans l’Archipel (Suite et fin)

Trois navires de pêches thaïlandais après avoir été stoppés par la marine indonésienne dans le détroit de Malacca, mai 2010.

La pêche illégale dans les eaux territoriales du pays commence à inquiéter de nombreux acteurs. Y compris au niveau de la marine indonésienne – de façon somme toute très paradoxale (cf. infra) – il est fait remarqué que ce problème ne suscite pas l’intérêt des décideurs politiques[1]. Ce qui est d’autant plus grave lorsque l’on se rend compte du potentiel halieutique du domaine maritime indonésien (cf. chapitre 1).  Au final, qu’en est-il de la pêche illégale ? Il semble acquis que 94% des autorisations de pêche examinées par le Ministère des pêches indonésien en 2006 étaient fausses[2]. Plus inquiétant, certaines zones maritimes de l’Archipel sont plus sensibles que d’autres a la pêche illégale : Aceh et le détroit de Malacca par exemple, mais aussi la zone maritime aux abords de Natuna, la mer de Sulawesi ou encore la mer d’Arafura (cf. carte).

A Aceh par exemple, selon le commissaire-adjoint supérieur Nawan, de la Airud Polda (police maritime et des frontières), la plupart des navires de pêche opérant dans la zone sont thaïlandais et ils opèrent dans les eaux territoriales indonésiennes, de nuit. Il en est de même dans le détroit de Malacca, au large de Belawan; au mois de mai 2010, la marine indonésienne avait alors interceptés 3 chalutiers thaïlandais pêchant illégalement dans le détroit.  Selon les observations du commissaire Nawan, « certaines nuits, c’est près de 10.000 tonnes de poissons qui sont pillés dans les eaux d’Aceh ». Il reste cependant difficile de connaitre avec précision les quantités de poissons prélevées illégalement dans les eaux indonésiennes : en 2007, certains organismes de protection de l’environnement estiment que la pêche illégale représentait 1,5 millions de tonnes de poisson pour 2006 sur un total de 5 millions de tonnes. D’après Nawan, il faudrait plutôt compter 4 millions de tonnes ( !) uniquement pour la région d’Aceh. Les statistiques recoupées par le quotidien Kompass ne font pas état d’une quantité mais présente les chiffres du Ministère des pêches indonésien, pour qui, la pêche illégale représente près de 11,8 trillion de roupies par an alors que la FAO estime la pêche illégale a un million de tonnes par an en Indonésie, ce qui parait peu.

S’il est difficile de se faire une idée sur ce que représente la pêche illégale, il n’en est pas de même pour le modus operandi choisi par les pêcheurs illégaux. Aji Sularso, un ancien directeur des affaires maritimes indonésiennes expliquait récemment que les navires de pêche étrangers – qui sont majoritairement détenus ou armés par des « hommes sans scrupules ». Ces derniers parviennent à pratiquer leurs activités illégales … grâce a l’aide d’intermédiaire indonésien. En effet, il semblerait que des agents indonésiens fournissent au navire des pavillons de complaisance contre un montant variable (cf. table). Contre cette somme forfaitaire – qui est redistribué par les agents auprès des forces de l’ordre et fonctionnaire indonésien, le navire étranger peut pêcher illégalement pendant un mois[1]. Selon Aji Sularso, « plus de 700 navires agissent ainsi chaque année » et il semble aisé de constater qu’il s’agit bien de navires non-indonésiens « du fait de leurs équipages étrangers, mais aussi car ils ne rejoignent jamais les ports indonésiens ». Les enquêtes de terrain menées au cours des recherches tendent à confirmer ces dires. Ainsi, que ce soit à Belawan ou à Tarakan – voire même à Makassar -, la corruption des militaires, policiers et autres fonctionnaires permet aux navires étrangers de piller l’écosystème indonésien[3].

Les ‘taxes’ de la pêche illégale dans les eaux indonésiennes

A quoi servent alors ces sommes ? Principalement à rétribuer les fonctionnaires précédemment cités. Mais aussi à fabriquer de faux documents, le montant couvrant aussi l’inspection ‘officielle’ du bateau par les forces de l’ordre ainsi que sa sécurité.

Un village de pêcheurs a proximité de Belawan (Sumatra Nord) en mai 2010


[1] Déclaration de l’Amiral Untung Suropati, Di Laut Kita Kalah, Kompas, 5 juin 2012. Notons que l’Amiral Untung exprime ici que cette déclaration doit être perçue comme « une critique constructive pour le gouvernement ».
[2] “ The Indonesian Fisheries Crisis“, WALHI (Friends of Earth, Indonesia), 26 mars 2007, via http://illegal-fishing.info
[3]  Plus grave pour les pêcheurs indonésiens, les membres des forces de l’ordre n’hésitent pas à les racketter. C’est notamment le cas dans le détroit de Malacca, ou certains pêcheurs rencontrés expliquaient que lorsque ils sont interpellés par la marine ou la police, alors qu’ils se livrent à des activités de contrebande ou autre petits trafics – essence, pièce détachées, alcool et cigarette, mais aussi huile de palme et pétrole siphonnés sur les vraquiers et tankers – les forces de l’ordre prélèvent une taxe. Le plus grave est sans doute que les policiers et militaires indonésiens s’attaquent aussi aux pêcheurs légaux. Parfois, les forces de l’ordre vont jusqu’à demander un paiement en nature – produits de la pêche. D’autres observateurs de la vie maritime indonésienne vont plus loin : ainsi, « Les militaires sont spécialistes du racket. A l’époque où la mer n’était pas considérée comme sûre, la marine indonésienne escortait les navires jusqu’aux bouées du détroit et demandait une rétribution en échange ». Rétribution bien entendue élevée.

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