Pêche illégale dans l’Archipel (Première partie)

La criée de Sadeng, Java Centre (cote Sud)

Il y a quelques semaines, le quotidien Kompas a publié une enquête sur la pêche illégale dans l’Archipel. Rien de bien nouveau pour les observateurs des activités illicites sur le domaine maritime indonésien, mais l’on peut espérer que cet article sensibilise la société civile a ces questions. Il s’agit ici d’un enjeu de premier ordre pour Jakarta, qui peine pourtant a faire respecter la loi quand il est question de pêche.

Parmi l’exploitation illégale des ressources, la pêche illégale s’impose comme l’un des principaux défis maritimes du XXIe siècle. La demande mondiale de poisson s’accroit alors que la gestion des stocks reste partielle. Dans cette perspective, la pêche illégale dépasse le simple cadre de la sécurité maritime pour dans certains cas s’affirmer comme une question de sécurité alimentaire . Il a pourtant fallu du temps pour que les organisations internationales telles que l’UNODC reconnaissent en 2011 cette activité illégale comme étant liée a la criminalité transnationale . Car les syndicats du crime semblent en effet contrôler cette filière : qu’il s’agisse de l’armement des navires, comme c’est le cas en Thaïlande, mais aussi des bénéfices de ces activités par les organisations criminelles : ainsi, pour chaque kilogramme de thon rouge vendu sur certains marchés aux poissons japonais, une somme pouvant atteindre 1,5 USD est récupéré par les Yakuzas .

La menace que représente la pêche illégale peut être perçue comme duale : elle menace les stocks globaux et prive certains États des ressources halieutiques qui sont les leurs, engendrant alors des conséquences terribles pour l’industrie de la pêche de l’État touché . L’absence d’une réelle politique de développement et de gestion du domaine maritime, notamment d’une protection de sa zone économique exclusive (ZEE), a eu pendant des années des conséquences dramatiques pour les pêcheurs indonésiens. Il existe deux principaux types de pêche illégale dans les eaux de l’Archipel ; la première est celle de pêcheurs des pays limitrophes qui sont soit a/ habitués depuis des générations dans des zones devenues eaux territoriales depuis l’indépendance des États de la région et la délimitation des frontières maritimes ; b/ poussés par l’accroissement du trafic lié a la navigation dans des zones plus éloignés de leurs rivages ; c/ mal équipés et s’égarant dans les eaux territoriales des pays voisins[1]. Le second type correspond aux navires étrangers venant de Chine, de Taiwan, de Thaïlande, etc. et qui pêche sciemment de façon illégale dans les eaux territoriales ou la ZEE indonésienne[2].

Pour mieux comprendre les enjeux de cette activité, il convient de rappeler l’importance des ressources piscicoles indonésiennes. L’Archipel est reconnu pour la richesse de sa biodiversité et la variété extrême de ses écosystèmes. Qui dit richesse de la biodiversité marine dit affluence de poissons. Le cas de l’Archipel ne déroge pas à la règle et les ressources piscicoles des eaux indonésiennes sont considérées comme extrêmement importantes. La pêche est pratiquée sur l’ensemble des cotes de l’Archipel, qu’il s’agisse d’une activité traditionnelle ou industrielle.

Ce que les ressources halieutiques rapportent (en milliard de roupies) (sources : ministère des pêches indonésien & Nelayan Tidak Ubahnya Buruh, kompas, 5 juin 2012).

Selon certaines sources, plus de 63 millions d’indonésiens dépendent de la pêche sur l’Archipel. La situation de ces derniers n’est pourtant pas idéale malgré l’abondance des ressources. Plusieurs facteurs expliquent cet état de fait : absence de politique destinées aux acteurs du milieu de la pêche, utilisation de moyens de pêche destructeurs de l’écosystème (dynamite, poisons divers), inadéquation des moyens de pêche face a l’évolution des conditions climatiques[3] et pêche illégale . Et les revenus liés à cette activité ont sensiblement baissés – pour les pêcheurs – même si le prix du poisson sur les étals ne cesse de s’accroitre. Car il ne faut pas être dupe, l’Indonésie tire de plus en plus de profit de cette activité (cf. tableau ci-dessus).

Les zones halieutiques de l’Archipel

Le potentiel par région (cf. carte)
Sources : ministère indonésien des pêches, Western Pacific Naval Symposium – Environmental Working group 2012, & Di Laut Kita Kalah, Kompas, 5 juin 2012

Les ressources piscicoles, si elles ne sont pas équitablement partagées sur l’Archipel, sont présentes sur son ensemble. On notera, au regard de la carte précédente et du graphique l’accompagnant, l’importance de la région des archipels des Riau, Natuna et de la mer de Chine méridionale, mais aussi du détroit de Lombok-Makassar et de la mer d’Arafura.


[1] Cette donnée est tout aussi valable pour les pêcheurs indonésiens se retrouvant dans les eaux du Timor, de Malaisie ou de Singapour.

[2] Notons que certains pêcheurs des états limitrophes pêchent aussi sciemment de façon illégale. L’unique différence ici est que le second type est beaucoup plus organisé et souvent lié au crime transnational organisé.

[3] Il est ici fait référence à l’évolution des conditions climatiques sur les cotes Nord et Sud de Java ayant entrainé l’impossibilité pour les pêcheurs de se rendre en mer. Il semble acquis que l’impact économique des conditions météorologiques connues sur Java en 2011 fut très important pour la filière pêche. Ainsi, au mois de janvier 2011, le Jakarta Post expliquait que de nombreux pêcheurs de la région de Bantul (DIY) s’étaient tournés vers des activités terrestres car ne pouvant pas se rendre en mer. Au mois de février 2012, le Jakarta Post expliquait qu’une grande partie des pêcheurs de la région de Cirebon (Java Ouest) ne pouvaient se rendre en mer pour pratiquer leurs activités du fait d’une mer démontée. L’un des pêcheurs expliquait alors qu’il n’avait pu exercer sa profession entre le mois de décembre 2011 et le mois de février 2012.  A Bali, les prises des pêcheurs avaient baissé de 39% lors des trois derniers mois de 2011, ceci étant aussi du aux conditions climatiques. Voir Bantul fishermen switch to farming because of bad weather, The Jakarta Post,  21 janvier 2011; RUKMANA Nana, Bad weather causes hardship among fishermen,  The Jakarta Post, 8 fevrier 2012 & ATMODJO Wasti, Fish prices soar due to scarcity,  The Jakarta Post, 13 fevrier 2012.

[4] Nelayan Tidak Ubahnya Buruh [les pêcheurs ne sont pas différents des travailleurs], kompas, 5 juin 2012 & ATMODJO Wasti, Fish prices soar due to scarcity,  The Jakarta Post, 13 fevrier 2012


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