Pacific Partnership 2012: première escale indonésienne

l’USNS Mercy arrive a Manado © US Navy

Un navire hôpital déployé dans la région tous les ans. Des vidéos sur Youtube revenant sur l’aide humanitaire américaine. Il s’agit de Pacific Partnership, une opération peu connue en France mais pourtant essentielle dans la stratégie américaine en Asie- Pacifique. Pacific Partnership est arrivé en Indonésie hier (1er juin) à Manado (Nord Sulawesi), au moment même ou l’U.S. Navy débute la partie indonésienne de CARAT (Cooperation Afloat Readiness And Training, nous y reviendrons lors d’un prochain message). Retour pour l’USNS Mercy sur l’Archipel, la ou tout avait commencé…

Opération Unified Assistance © US Navy

La genèse de Pacific Partnership est indéniablement indonésienne : au lendemain du Tsunami de décembre 2004 et de l’operation Unified Assistance, l’U.S. Navy réfléchit alors sur un modèle d’action non-intrusif permettant au gouvernement américain de renforcer des partenariats avec de nombreux États considérés comme stratégiques. C’est ainsi qu’est né ce déploiement annuel dans la région Asie-Pacifique, organisé autour des forces armées américaines et de certains alliées – dont la France[1] – et permettant a des ONG de prendre part au projet. C’est suite « au succès et a la bonne volonté créés par Unified Assistance[2] dans la région que la flotte du pacifique décida de déployer le navire hôpital USNS Mercy [dans la région] en 2006 ».  A bord de l’USNS Mercy pour la première édition de ce déploiement – qui n’a eu le nom de Pacific Partnership qu’a partir de 2007 – des personnels du Naval Service américain, mais aussi des volontaires d’ONG américaines, le navire-hôpital de la Marine américaine prodigua des soins, une aide et des formations aux Philippines, au Bangladesh, en Indonésie et au Timor Oriental.  L’U.S. Navy décrit ces opérations comme permettant de « renforcer l’interopérabilité des forces armées de la région, des gouvernements et des organisations humanitaires a l’occasion d’opérations menées dans un contexte de catastrophe naturelle, tout en fournissant une assistance humanitaire, médicale […] et d’ingénierie aux nations du pacifique, et de renforcer les relations et liens de sécurité entre les nations ». Construction de dispensaires et d’écoles, campagnes de vaccination et d’alphabétisation, formation des personnels aux techniques et doctrines de sécurité[3], telles sont les activités accomplies par les militaires américains et leurs partenaires lors de ces campagnes.

Unified Assistance, un hélicoptère Seahawk délivre de l’aide humanitaire © US Navy

En 2007 et pendant quatre mois, ce fut au tour du porte-hélicoptère d’assaut USS Peleliu (LHA-5) de mener cette action, dans le cadre de la première édition de l’opération Pacific Partnership avec toujours le même succès[4]. L’USS Peleliu fut déployé du 23 mai au 20 septembre 2007, aux Philippines, au Viêt-Nam, en Papouasie Nouvelle-Guinée, et dans les îles Salomon et Marshall. Quelques mois plus tard, un navire de type semblable, l’U.S.S. Essex (LHD-2), basé à Sasebo au Japon, participa à des missions d’aide au développement aux Philippines, mais aussi à la formation des forces armées cambodgiennes à la lutte antiterroriste[5], donnant lieu à une extension spatiale et de l’intention de la mission initiale confiée à la Marine américaine. En 2008, lors de la seconde édition de Pacific Partnership, c’est au tour de l’USNS Mercy d’être à nouveau déployé dans la région, en prodiguant des soins et une aide au développement aux Philippines, au Viêt-Nam, en Papouasie Nouvelle-Guinée ainsi que dans les États fédérés de Micronésie. A l’occasion de cette croisière, l’équipage du Mercy – militaires et civils venant d’ONG – a prodigué des soins sur plus de quatre vingt dix mille patients.

Récapitulatif des opérations Pacific Partnership © darisinikesana

2010 marqua le retour de Pacific Partnership en Indonésie, avec notamment des escales a Ambon et Ternate (Maluku et Maluku Utara), au cours desquelles des exercices de type Disaster Relief furent menées en collaboration avec la marine indonésienne. Au cours de Pacific Partnership 2010, les équipes médicales, quelles soient spécialistes des soins dentaires, ophtalmologiques et otorhinolaryngologie[6] distribuèrent 60.000 paires de lunettes, menèrent plus de 850 opérations chirurgicales et traitèrent 109754 patients. Armées par des civils, mais sous commandement militaire, l’USNS Mercy visita dix pays de la région pendant une durée de cinq mois. En 2011, Pacific Partnership fut déployée au Tonga, Vanuatu, en Micronésie, au Timor Oriental et en Papouasie Nouvelle-Guinée. La mission 2012 se focalise quant à elle sur l’Asie du Sud-est : Philippines, Vietnam, Indonésie et Cambodge.

PP2012 en Indonésie © US Navy

Les résultats des opérations Pacific Partnership sont réellement positifs et l’impact de ces missions auprès des populations reste exceptionnel. Eckert donne l’exemple d’une femme âgée philippine, atteinte de cataracte et quasi-aveugle depuis plus de quatorze ans, qui accepta de se rendre sur l’USNS Mercy pour se faire opérer par des médecins des FAP et du navire-hôpital américain. Son soulagement et sa gratitude se muèrent en une promesse d’apporter son soutien aux forces armées des deux pays engagées dans la lutte anti-terroriste dans la région. Outre ce témoignage, il suffit de se rendre sur Internet pour constater l’impact des opérations Pacific Partnership. Dans certains forums de discussions, les messages de remerciements aux États-Unis se multiplient après le passage des navires d’aide humanitaire. Enfin, une recherche sur les sites de partage vidéo – véritable phénomène sociétal au niveau mondial – les vidéos de remerciement destinées aux hommes et femmes de Pacific Partnership côtoient les réalisations américaines montrant – parfois de façon exagérée – la bonne volonté États-Unis.

une vision toute américaine de l’évolution de la nature des conflits © CFR

Pour Washington, ces opérations sont considérées comme essentielles : Le message des gouvernants américains ne peut être moins équivoque : plutôt que de laisser la jeunesse de ces régions sensibles se faire « embrigader » et devenir une menace terroriste potentielle[7], il est nécessaire de construire des écoles pour « assurer une éducation tolérante », et « véhiculer une image positive des forces armées américaines et des États-Unis », écornée notamment par l’intervention en Irak. C’est dans cette optique que l’ensemble des nouvelles stratégies américaines sont aujourd’hui fortement marquées par l’approche indirecte. Par exemple, la nouvelle stratégie maritime américaine développe l’action humanitaire comme l’un des principaux axes d’évolution du Naval Service au XXIème siècle. Insistant sur « le risque d’attractivité des idéologies extrémistes sur les populations victimes de catastrophes humanitaires et confrontées à la pauvreté », cette nouvelle stratégie préconise le développement des capacités du Naval Service dans le cadre des missions à vocation humanitaire afin d’empêcher les conflits et de constituer des partenariats. Il est donc indispensable d’aider les populations dans le besoin. Cet objectif, fondé sur l’interopérabilité des services et l’intégration d’unités spécifiques de ces derniers, s’inscrit dans la stratégie globale de défense des États-Unis d’Amérique, à savoir, la défense de ses intérêts outremer et la protection du territoire national. Selon Eddie Walsh – l’un des rares, si ce n’est le seul auteur a s’être intéressé a la série des Pacific Partnership -, le succès de ces déploiements « n’est pas visible dans les accomplissements d’aujourd’hui, mais plutôt dans les possibilités de demain ».

PP2012 en Indonésie © US Navy

Au-delà de l’aide humanitaire directe, ce sont donc aussi les projets d’aide au développement qui importe. Le Commandant de l’édition 2011, le Captain Jesse A. Wilson Jr traduit la stratégie de Washington dans ses propres termes : « les projets de développement que [nous] menons aux cotés des personnels des nations hôtes accroissent la qualité du service [des personnels militaires] et la qualité de vie des citoyens des pays que nous visitons, tout ceci permettant à terme d’accroitre la stabilité et la sécurité dans la région » (Walsh, 2011).  Car l’utilisation de cet outil de soft power fait bel et bien parti de la nouvelle doctrine de l’U.S. Navy : comme le note le Captain Wilson, il s’agit « d’un objectif fondamental de la stratégie maritime de l’U.S. Navy et de  l’U.S. PACOM […] de développer des arrangements relatifs a la sécurité et de renforcer et étendre les relations avec [nos] allies et partenaires » (Walsh, 2011). Vision bien sur partagée par un ancien Secrétaire a la Navy, Donald C. Winter, qui déclarait en 2007 a propos de Pacific Partnership que l’aide humanitaire et les opérations de Disaster Relief « A une pertinence immense pour [notre] marine […] cela permet vraiment de construire des relations [de sécurité] la [dans des régions] ou ne nous pourrions pas autrement».  A n’en pas douter, Pacific Partnership est un outil essentiel de la stratégie américaine dans la région. Et il convient de noter que les zones visitées en Indonésie sont souvent des zones de conflits passé. Ajoutons aussi que l’édition 2012 visera quatre états essentiels dans la stratégie américaine : les Philippines, allié historique et soumis aux tensions en MCM ; l’Indonésie et le Vietnam, pays identifiés dans la dernière QDR comme « partenaires clefs » de la région ; le Cambodge, qui semble – aux yeux de Washington – trop proche de Pékin et qui assure la présidence de l’ASEAN en 2012.



[1] Un détachement hélicoptère (Puma de l’AA, basé habituellement à Nouméa) fut détaché au cours de l’édition 2010 de Pacific Partnership.
[2] Opération de  disaster relief  menée au large d’Aceh et Meulaboh debut 2005.
[3] Il est ici fait référence aux campagnes de formation des forces armées, gardes-côtes et agents des autorités portuaires des États ciblés.
[5] “US provides AntiTerrorism Training for Cambodian Forces”, Xinhua, 27 novembre 2007.
[6] Une anecdote montre l’importance de ces soins. Au lendemain du Tsunami de décembre 2004, une équipe de chercheurs français spécialistes de la question de risques se rendit à Aceh. Au cours de leurs entretiens, ils rencontrèrent un père de famille dont la fillette âgée de deux ans était «ne parlait plus depuis le Tsunami ». Observant la fillette, une chercheuse s’aperçu que cette dernière avait un comportement qu’elle connaissait, la chercheuse en question ayant travaillé avec des enfants sourds et muets dans le passé. Les chercheurs demandèrent alors au père de famille si sa fille avait déjà prononcé un mot, ne serait-ce qu’avant le Tsunami, et ce dernier se rendit compte que non. Cette petite histoire montre que les connaissances médicales des habitants de la région – dans les zones les plus sinistrées – sont souvent minimales. En apportant des soins aux populations locales, en détectant les problèmes d’audition des enfants et en les traitants, ces derniers peuvent alors bénéficier d’une vie normale. Car la stigmatisation par le handicap est monnaie courante dans la région, et encore plus dans les zones reculées.
[7] Il est ici nécessaire de nuancer le message du Congrès des États-Unis : de nombreux rapports du Congrès et articles de presse font état des problèmes que posent certaines madrasas en Indonésie, insistant sur la corrélation entre ces écoles coraniques, telle que Al Mukmin, et le recrutement effectué par la Jemaah Islamiyah, mais ce n’est pas pour autant que toutes les madrasas sont perçues par les Etats-Unis comme des usines à terroristes. Cf. BERGEN Peter & PANDEY Swati, “The Madrassa Scapegoat”, The Washington Quaterly, Spring 2006, pp. 117-125. et ARMANIOS Febe, Islamic Religious School: MadrasasBackground, CRS Report for Congress, GPO,29 octobre 2003.
 
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Pour aller plus loin:A Cooperative Strategy for 21st Century Seapower, Department of Navy, Department of Defense, 17 octobre 2007.

QUISMUNDO Tara, “U.S. Goodwill Team Ends Month”, Inquirer, 17 Juillet 2007.

WALSH Eddie, Barometer for pacific Success, The Diplomat, 5 juin 2011.

http://pacificpartnership.wordpress.com/

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