Recrudescence des violences : l’impact de la période électorale ?

Les gangs de bikers indonésiens ©strodong.com

Depuis plusieurs semaines, le quotidien indonésien est marqué par une recrudescence de la violence. S’il s’agit principalement de violence physique, celle-ci s’exprime par le biais de différents acteurs et de diverses façons. Y a-t-il un lien avec le climat politique actuel ? Il serait tentant de s’y attacher, comme l’a fait il y a quelques mois le chef du BIN, bureau du renseignement indonésien. Norman Marciano exprimait début février ses craintes quant à une « escalade des violences sociales dans la perspective des élections législatives et présidentielles de 2014 ».  Insistant sur la nécessité d’éviter les « clashs horizontaux », Norman exprimait ses craintes quant à un éventuel développement des activités terroristes « non visibles mais présentes » ainsi qu’aux « rassemblements massifs de personnes qui pour certains violent la loi indonésienne ». Arguant de l’attente de la population de l’Archipel, le chef du renseignement indonésien voit dans la course électorale –déjà lancée sous nos latitudes – un mouvement susceptible de catalyser les démonstrations violentes de la part de différents groupes sociaux.

Si le discours du chef du BIN peut paraître dans un premier temps alarmiste, force est de constater que les événements qui émaillent le pays depuis plusieurs semaines tendent à lui donner raison. Il fut d’abord question – une nouvelle fois – de violences à l’encontre des adeptes de la secte Ahmadiyya, groupe religieux musulman considéré comme déviant par les Sunnites. Si ces exactions n’atteignirent pas le triste niveau du début de l’année 2011, elle reste préoccupante. D’autant plus que le Ministre des Religions indonésien déclara quelques jours plus tard que les dits Ahmadiyyas devaient « rentrer dans le droit chemin » de l’Islam sunnite (ce qui, au passage, contredit la constitution indonésienne. Mais cette dernière est si souvent bafouée par le gouvernement indonésien quand il est question de la protection des minorités…).

Manifestation de barbus devant l’Eglise GKI de Bogor

A Bogor, le conflit qui oppose les fideles d’une église protestante au maire PKS (Parti de la Justice et de la Prospérité, parti islamique de droite*) se poursuit. Les fideles, qui ont obtenu le soutien de la Cour Suprême indonésienne ne peuvent toujours pas exercer leur culte dans leur église, le maire de la ville ayant décrété qu’une église ne peut être établie dans une rue portant le nom d’un héros musulman… Enfin, pour terminer avec les violences religieuses, il convient de noter que la minorité chiite indonésienne continue à être persécutée dans une indifférence la plus totale. Il semblerait que le conseil des oulémas indonésiens soient plus préoccupés par le prochain concert de Lady Gaga – d’ores et déjà qualifié de Haram, bien que les dits oulémas ont reconnu ne jamais avoir vu Lady gaga et se baser sur les retours de certains fidèles (sans doute barbus et de blanc vêtus).

les sons of Anarchy des tropiques?

gangs de motards indonésiens ©Jakarta Globe

Cependant, la violence interconfessionnelle ou à l’égard des minorités religieuses n’est pas la seule que connait l’Archipel actuellement. Des affrontements d’ampleur ont lieu, mobilisant des gangs de nature criminelle. Il s’agit majoritairement de règlements de compte entre personne de pouvoir, par le biais de ces organisations. Il suffit alors de payer ces dernières – souvent grassement- et de leur assigner un objectif. Le pouvoir de nuisance de ces groupes n’est pas négligeable. En témoigne les affrontements récents à Jakarta entre groupes de motards plus ou moins instrumentalisés par des membres des forces armées, donnant lieu à un affrontement entre Marine indonésiennes et police. En témoigne aussi les événements du jour à Solo (Surakarta, Java Centre) au cours desquels plus de 500 personnes « non identifiées » (il faudra d’ailleurs m’expliquer comment les forces de police peuvent laisser se déplacer un groupe de 500 personnes sans parvenir à 1) identifier les meneurs et 2) stopper ces derniers…) qui en s’en prenant à un quartier particulier de la ville ont grièvement blessés deux personnes. Le maire de la ville, qui est aussi candidat aux élections gouvernementales de Jakarta, a refusé de spéculer sur la nature de ces attaques tout en déclarant que « ce clash ne l’empêchera pas d’être candidat aux élections ».

Sont-ce des chroniques de la violence ordinaire dans l’Archipel ? Dans un sens, il semble adéquat de répondre par l’affirmative tant ce type de violence est répandu dans l’archipel. Cependant, cette recrudescence et le climat politique actuel qui règne en Indonésie tend à rendre la situation délicate. Il est aussi certain que certains partis ou dirigeants politiques mal intentionnes n’hesiteront pas a faire appel a la violence comme element mobilisateur, afin de discrediter certains adversaires. Ce phénomène s’est déjà produit et vu le peu de risques encourus par les commanditaires, rien ne laisse présager de la disparition de ce modus operandi .

Dans un autre registre, la violence n’est pas uniquement physique. Elle peut être verbale comme l’a encore démontré le président du Golkar, l’un des principaux partis politiques indonésiens. Le self-made man Aburizal Bakrie a ainsi demandé aux dirigeants locaux du parti de le soutenir dans sa course à la présidence pour 2014. Bakrie, qui n’a été nominé que de façon officieuse, entends ainsi étouffer dans l’œuf les éventuels reports vers d’autres candidats naturels que sont Jusuf Kalla et Fadel Muhammad. Il convient de rappeler que ce même Bakrie avait en 2009 convaincu les membres du golkar de ne pas soutenir la candidature du nomine du parti, Jusuf Kalla, permettant ainsi à Bakrie de mettre en œuvre une alliance politique avec le Partai Demokrat. Il serait intéressant de voir si Bakrie va se retrouver dans une situation quelque peu délicate dans les semaines et mois à venir.

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