LCS à Singapour : le retour des USA en Asie du Sud-est ?

LCS (Littoral Combat Ship) ©USNAVY

Disons le tout de suite, considérer la décision américaine de baser deux LCS (Littoral Combat Ship, nouvelle classe de bâtiment de guerre US) à Singapour comme étant la preuve du retour de Washington en Asie du Sud-est parait biaisé. Il convient de se rappeler que depuis 2001, les USA ont amorcé un glissement de leurs forces vers cette région, délaissant progressivement leurs bases en Asie du Nord-est. Des 2001, donc, Washington décide de renforcer Guam comme principal hub militaire de la région. Plusieurs raisons à cela :

• Un meilleur positionnement entre ANE et ASE

• Les hypocrisy costs augmentant en Corée du Sud et au Japon

• La possibilité de développer un véritable hub Air Force – Navy – Marines.

 

Par la suite, l’USSOCOM a déployé dans le Sud philippin un contingent dont les effectifs furent variables, afin de lutter contre le groupe jihado-criminel Abu Sayyaf. Quant à Singapour, quand est-il ? Depuis déjà de longues années, la marine américaine dispose du QG de la gestion de la logistique de sa 7eme flotte. De plus, lorsqu’il fut question d’agrandir la base de Changi, le gouvernement singapourien finança ce projet afin que la base navale puisse accueillir un porte-avion de classe…Nimitz. La décision de déployer ces LCS à Singapour parait donc tout a fait logique si l’on s’intéresse aux relations américano-singapouriennes dans la durée.

Il convient aussi de rappeler qu’en 2004, lorsque la piraterie – ou plutôt le brigandage – transforma aux yeux de Lloyds le détroit de Malacca en zone de guerre, c’est bien Singapour qui appela a l’aide Washington (au grand dam de Jakarta et Kuala Lumpur, alliés de l’Amérique dans l’absolu, qui n’apprécièrent que moyennement le plaidoyer de l’Amiral Fargo [alors PACOM] sur Capitol Hill). Le choix de bâtiment de type LCS semble tout à fait correspondre à la stratégie navale américaine : des bâtiments polyvalents dont la mission sera de patrouiller et de procéder à des courtesy call auprès des nations d’ASE. Car la subtilité est la : le port d’attache – plus ou moins officiel – des deux LCS sera Changi, mais comme l’a répété le Ministre de la défense singapourien il y a quelques jours, les LCS navigueront for souvent loin de Singapour.

La question qui se pose alors est celle de la réaction des États de la région et de nos chers indonésiens. Ne cherchez pas, le DPR s’y oppose. Pour quelle raison ? Eh bien, selon Marzuki (président de l’assemblée) il s’agit d’une provocation américaine, visant à déstabiliser la région. Rien de moins. Il faut dire que ce même Marzuki analysait le déploiement de 2000 marines à Darwin comme « un moyen pour l’Amérique de prendre le contrôle du pétrole en mer du Timor ». Marzuki manque de connaissances géopolitiques et stratégiques, c’est un fait.

Cependant, sa posture ultranationaliste n’est aucunement surprenante dans l’Indonésie d’aujourd’hui. Et il faut aussi reconnaitre que Darwin+Cocos+Singapour+Sud Philippin, cela commence a faire beaucoup de militaires américain dans une région qui se plaignait alors d’être délaissée par Washington. N’oublions pas non plus que les LCS auront à naviguer en mer de Chine méridionale, là même ou les tensions subsistent.

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2 commentaires pour LCS à Singapour : le retour des USA en Asie du Sud-est ?

  1. Bonsoir,

    C’est marrant cette histoire de LCS à Singapour car, j’ai crû comprendre (et je peux lourdement me tromper) que des « street fighter » (début du projet) au Littoral Combat Ship (production des unités), il y a eu une sérieuse prise poids (de 500 à 3000 tonnes). Ceci s’expliquerait par la nécessité de donner de l’allonger à ces navires (soit).

    Mais si ceux-ci sont basés en avant, comme à Singapour, alors leur tonnage ne se justifie plus tellement, bien que les PATRA (PATtrouilleurs RApides) et avisos A69 français (400 et 1200 tonnes) ont montré qu’il y avait un tonnage minimum pour avoir un navire suffisamment stable, confortable et endurant.

    Ce qui me force à remarquer que ces navires au tonnage élevé, qui devaient remplacer les chasseurs de mines (notamment) n’ont plus vraiment de raison d’être : quitte à baser en avant, autant baser des chasseurs de mines (la remarque vaut pour le Golf Persique, et cinq chasseurs de mines anglais y sont basés, pour soutenir l’US Navy). Et il ne faudrait pas oublier que jusqu’à aujourd’hui, les modules anti-mines ne sont pas prêt. Et encore mieux, les systèmes américains à l’essai avec bien des drones seraient moins efficaces que les systèmes actuels car ils produiraient bien des échos. Le hic, c’est qu’il faut vérifier à chaque fois ce qu’est l’écho, et quand les drones en affichent une soixantaine…

    En ce qui concerne le rôle prêté et que vous relevez pour les LCS de faire de la diplomatie navale dans la région, la remarque est la même. Ce navire coûterait 320 millions de dollar l’unité (sans les modules ?). C’est assez énorme si l’on considère le coût d’une frégate légère, comme les Meko A-100 que devaient construire la marine polonaise : 230 millions d’euros (pour un navire de 2000 tonnes avec un armement de « courte » portée infiniment supérieur (Mica VL, missiles anti-navires, etc…).

  2. Bonjour,

    Merci beaucoup pour votre commentaire. Quelques éléments de réponse:

    – n’oubliez pas la dimension psychologique que peut avoir le LCS.
    C’est la toute dernière classe de bâtiment US et Washington décide de
    les déployer a Singapour, a proximité de la mer de Chine méridionale
    et d’alliés et/ ou partenaires (anciens et en devenir) relativement
    inquiets.

    – a confirmer, mais il me semble que les LCS doivent a terme remplacer
    les OH Perry. Si leurs capacités ASM sont aussi bonnes, alors il y a
    un intérêt majeur a les baser a Singapour, au regard de
    l’accroissement continu des acquisitions de sous-marins.

    – en écho a cette remarque, n’oubliez pas par ou transitent les
    sous-marins US lorsqu’ils doivent passer du Pacifique a l’Indien. des
    capacités ASM dans la région ne sont donc pas négligeables.

    – concernant la diplomatie navale, je pense qu’il s’agit d’une
    question d’échelle et de moyens. En Asie du Sud-est, la France utilise
    une FS, voire lors des grandes années, le groupe Jeanne d’Arc (En 2011
    a Jakarta par exemple). l’US Navy envoie régulièrement des navires
    dans la région. La dernière escale en Indonésie fut celle du Blue
    Ridge. Précédemment, si mes souvenirs sont bons, il s’agissait de
    l’USS Tortuga, d’une fregate classe OHP et d’un arleigh burke.

    Je tends a vous rejoindre sur ces points, mais Washington a une façon
    toujours tres particulière de faire!

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