Air Power en Indonésie: et la surveillance maritime vue du ciel?

Alors que les TNI-AU (armée de l’air indonésienne) viennent de fêter leurs 66 ans, deux articles sont parus dans le Jakarta Post, traitant de deux visions différentes de ce que l’on nomme communément l’Air Power (puissance aérienne). Le premier de ces articles est une tribune de Chappy Hakim, ancien Commandant en Chef des forces aériennes indonésiennes. Le second article retranscrit les propos d’Andi Widjajanto, ‘expert’ autoproclamé pour les questions de défense à Universitas Indonesia, propos tenus a l’occasion d’un séminaire sur le concept d’Air Power. Il serait intéressant de revenir sur ce dernier à l’ occasion d’un prochain billet.

La tribune de Chappy s’avère relativement intéressante dans le sens ou cet homme, de part sa connaissance des aspects opérationnels, s’intéresse au contexte global de la défense de l’Archipel. Pour Chappy, disposer de la puissance aérienne demande de lourds investissements qui sont toutefois justifiés.  Insistant sur la nécessité de développer une stratégie intégrée, incluant puissance terrestre et maritime, l’ancien Air Marshal indonésien s’intéresse aux avancées technologiques, arguant de la nécessité d’impliquer les décideurs politiques dans le développement d’une strategie pour l’aviation civile et militaire en Indonésie.

Selon Chappy, les contraintes budgétaires doivent être gérer en évitant les doublons civils et militaires concernant la gestion du trafic aérien et des radars. Pour finir, Chappy – un homme malin s’il en est – reconnait que la défense de l’archipel ne se fera que par le renforcement de la marine indonésienne ; tout en ajoutant que ce dernier ne pourra être efficace que si l’Indonésie développe parallèlement ses forces aériennes.

Casa C-212, MPA de la marine indonésienne

Chappy Hakim a tout à fait raison sur ce dernier point : avec plus de 54.000 kilomètres de cotes a surveiller (pour comparer, la France dispose de 4583 kilomètres de cotes), et des eaux territoriales représentant plus de 93000 km2, 115 bâtiments (dont 25 en permanence en mer*) ne suffisent pas. Mais des aéronefs de surveillance maritime/ de patrouille maritime serait un atout non négligeable. A ce jour, les forces armées indonésiennes disposent selon les sources officielles entre six et dix huit aéronefs en charge de cette surveillance dont la gestion est partagée par l’armée de l’air (3 Casa CN-235 MPA, et 3 B-737) et la marine (12 antiques Casa C-212). Le Minimum Essential Force Plan prévoit que les TNI se dotent de 24 Casa CN-235 MPA (Maritime Patrol Aircraft).

Les aéronefs de patrouille maritime ont démontré autour du globe leur efficacité à protéger le domaine maritime et à renforcer la sécurité des mers et océans. La première mission des MPA est avant tout la lutte anti-sous marine (ASW). Cependant, ce type d’appareil a pu être utilisé bien au-delà de son spectre originel de mission. De la mer des caraïbes, ou la Joint Task Force Key West lutte contre le narcotrafic, a la corne de l’Afrique ou les Task Forces multinationales en charge de la lutte contre la piraterie dépendent grandement de ces aéronefs comme plateforme de détection, cet outil a prouvé qu’il était sans nul doute l’un des plus adapté pour la lutte contre un large panel de menaces attenantes au domaine maritime. D’un point de vue opérationnel, le constat est simple : un aéronef couvre une plus grande distance qu’un bâtiment de guerre. De plus, cet eye in the sky – accompagné par une large gamme de capteurs et de systèmes de surveillance – est sans doute l’un des meilleurs moyens de surveiller le domaine maritime. Les MPA doivent être perçus comme un système d’armes pouvant aussi être utilisee en dehors du domaine maritime. Par exemple, les Usa utilisent des P-3 Orion pour effectuer des missions de renseignements dans leur lutte contre le groupe Abu Sayyaf dans le Sud philippin. Dans le même ordre d’idée, la France a déjà – et continu – utilisé ses Atlantique 2 dans des missions de contre-terrorisme et de surveillance au-dessus du Sahel et du Tchad.

Bien sur, les MPA coutent cher, notamment du fait des systèmes de détection qui les équipent. Il existe alors une autre option, celle des aéronefs de surveillance maritime ; sans être équipés de l’ensemble des moyens dont disposent les MPA, ils permettent de surveiller efficacement le domaine maritime et de lutter efficacement contre l’ensemble des menaces qualifiées de non-traditionnelles (trafics illicites, piraterie, terrorisme maritime, etc.) présentent dans les eaux de l’archipel.

Il conviendrait de demander à Chappy Hakim si son plan de renforcement de l’Air Power indonésienne prend en compte les aéronefs de patrouille et surveillance maritime. Car aujourd’hui, plus que des chars Leopard, des sous-marins U-209 ou des nouvelles frégates, ce sont ces aéronefs qui manquent cruellement à l’Indonésie. En espérant que le nombre de 24 CN-235 prévu dans le cadre du MEF ne soit pas revu à la baisse.

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