Faucons globaux et Cocos

Il fallait s’y attendre. Apres la base de Darwin, voici une nouvelle raison pour les politiques indonésiens de se plaindre de l’alliance americano-australienne. Si la presence de 2500 marines sur le sol australien ne concernera directement que peu l’Indonésie (contrairement aux declarations du president de l’assemblee indonesienne (DPR) Marzukie, mais nous reviendrons sur les compétences stratégiques du personnage a une autre occasion) le basing potentiel de drones sur les Cocos excite un peu plus le landerneau politique de l’Archipel.

la nouvelle stratégie de basing américaine en ASE, vue par le Washington Post

Situé a 3000 km au Sud-Ouest de Jakarta, l’archipel des Cocos est sous souveraineté australienne. Composé de 24 îlots, l’archipel des Cocos s’étend sur une superficie totale de 14km2 et regroupe en son sein…. 600 habitants, selon les données disponibles sur Internet. Annexées par l’Empire britannique lors de la seconde moitiez du XIXème siècle, les îles Cocos ont une importance stratégique. Ce qui pousse naturellement les alliés américains  a demander au gouvernement du Down Under si il est possible d’utiliser ce petit archipel pour y baser des drones Global Hawk.

Moins médiatisé que le Predator -drone a tout faire mais surtout a eliminer de l’operateur ou du leader d’Al Qaida sur les marches du Pakistan, en Somalie ou au Yémen – le Global Hawk est un drone de reconnaissance a tres haute altitude. Il peut atteindre 65.000 pieds et opérer durant 36 heures en continu.  Il s’agit donc avant toute chose d’un outil stratégique, permettant de mener a bien des missions de reconnaissance (alors que le Predator tend a devenir un outil tactique).

Baser des Global Hawk au Cocos, oui, mais pourquoi? Les médias parlent avant toute chose de la mer de Chine méridionale, et ils semblent bien informer. En effet, des vols de Global Hawk permettraient de connaitre en temps réel les mouvements de la marine de l’Armée Populaire de Libération dans la région. Mais pas uniquement: de part sa situation, l’archipel des Cocos clôt la route sous-marine utilisée pour passer de l’océan pacifique a l’océan Indien. Depuis le détroit de Weitar, qui sépare l’Indonésie du Timor oriental, les submersibles bénéficient d’eaux profondes afin de se déployer dans l’un des deux ensembles maritimes cités précédemment. Ainsi, moins commentee est la decision de baser des aernoefs de type P-8 Poseidon sur ces memes iles. Le P-8 est ce que l’on nomme co,,ume,emt un aeronef de patrouille maritime. Il est equipee de nombreux capteurs lui permettant de surveiller le domaine maritime en surface et sous la surface. De ce fait, le deploiement de plusieurs P-8 dans la region ( a Singapour et sur les îles Cocos) permet a Washington de disposer de moyens de detections pour les eventuels submersibles chinois cherchant a passer d’un ocean a l’autre.

P-8 Poseidon ©USN

Mais revenons a la réaction indonésienne; pour le DPR, il est ici question de politesse: comprenez, chers amis américains et australiens, il eut été de bon ton de nous prévenir avant de prendre votre décision. Pour le Ministère de la Défense de l’Archipel, il ne s’agit pas d’une menace car, fier de ses atouts, il ne fait aucun doute que les Sukhoi des TNI-AU pourront intercepter les Global Hawk « violant l’espace aérien indonésien ».

Comme toujours, le coup de grâce est porté par un « expert universitaire indonésien » (il me faudrait consacrer de nombreuses pages a ce sujet): il apparaît alors aux yeux de cet expert que Washington utilisera son atout juridique préféré, la non ratification de l’UNCLOS, afin de « surveiller les zones telles que Natuna », situées sur les marches de la mer de Chine méridionale. Il convient aussi de noter cette formidable réaction de Mahfudz Siddiq (président de la commission défense, renseignement et affaires étrangères du DPR)- qui en d’autres temps assurait que l’Indonésie avait son mot a dire sur le basing de navires de l’US Navy a Singapour – pleine de contradiction:  » si cette décision a un impact sur nous, l’Australie doit nous en avertir, bien que je comprenne qu’il s’agit de leurs propres affaires ».

Au final, quelques protestations et une inquiétude, conditionnée sans doute par l’omniprésence des questions de souveraineté dans le débat sécuritaire indonésien. Mais il ne faut point douter que le sujet reviendra a l’ordre du jour d’ici peu de temps…

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