Mer de Chine méridionale: la médiation à l’indonésienne?

Bien que les regards des observateurs se penchent sur le différend territorial entre Chine et Japon dans l’archipel des Senkaku, la mer de Chine méridionale continue à alimenter la presse et les think tanks régionaux et internationaux. En témoigne, une prochaine conférence à Paris sur ce sujet. Vue d’Indonésie, la mer de Chine méridionale (MCM) donne lieu à l’émergence de sentiments ambivalents.

Un éloignement décisif

Au contraire de ses voisins de l’ASEAN, l’Indonésie ne semble que peu concernée par les questions relatives aux revendications territoriales en MCM. A ce jour, Jakarta et Pékin semblent s’entendre sur leurs revendications perspectives dans ce vaste ensemble maritime. Pour Jakarta, les disputes territoriales sont à chercher avec la Malaisie et notamment autour d’Ambalat, lorsque ces dernières se déroulent en mer. A cela s’ajoute des relations plutôt bonnes avec la Chine et une vision sur le court terme, ô combien omniprésente en Indonésie. Il semble alors difficile pour l’Indonésie de s’impliquer dans cette question, et ceci pour un certains nombre de raison que nous developperons. Toutefois, depuis plusieurs mois, le gouvernement indonésien semble vouloir jouer un rôle décisif. 2011 fut l’année de Preah Vihar, 2012 pourrait être celle de la mer de Chine méridionale pour l’Indonésie.

Un point de crispation: Natuna

Si les relations entretenues par Jakarta et Pékin sont relativement bonnes, il existe un point de crispation, l’archipel de Natuna. Les 272 îles qui composent cet archipel sont situées au Nord de Bornéo, en mer de Chine méridionale. Natuna est connu pour ses ressources piscicoles mais aussi pour ses réserves de gaz naturel, estimée à plus d’1,3 milliards de mètres cubes). A première vue, bien que des ressources soient présentent en nombre dans les environs de Natuna, l’archipel ne représente pas à première vue un enjeu de premier ordre. Cependant, au mois de juin de l’année 2009, un évènement important se produit : huit navires de pêche chinois sont interceptés par la marine indonésienne dans la ZEE de Natuna. 75 marins chinois sont alors détenus par les autorités indonésiennes, sans pour autant que la société civile de l’archipel, pourtant si prompte à se mobiliser sous l’autel du nationalisme et de la défense du territoire, ne réagisse.

En 2010, un diplomate indonésien ayant exercé ses fonctions à Pékin déclare que la Chine voit dans la ZEE de Natuna son « territoire traditionnel de pêche ». Là encore, pas ou peu de réaction, si l’on compare au tremblement médiatique qu’avait suscité Ambalat. Les observateurs de la région tendent à expliquer la posture indonésienne en insistant sur le fait que Jakarta ne peut – et ne veut – s’opposer à Pékin. Du fait du partenariat stratégique signé en 2005 par les deux pays. Mais aussi du fait de l’importance de la Chine pour l’Indonésie, notamment au niveau commercial. D’autres insistent – à juste titre – sur le fait que l’Archipel souhaite éviter de s’aligner sur l’une des deux puissances – Etats-Unis et Chine – et au contraire, promouvoir une sécurisation du domaine maritime par l’ASEAN. Enfin, comme le faisait très justement remarquer Made Andi Arsana en 2011, l’ouverture de pourparlers relatifs aux délimitations maritimes au large de Natuna reviendrait, d’un point de vue indonésien, à donner une légitimité aux revendications chinoises dans l’ensemble de la mer de Chine méridionale.

Respecter la Charte de l’ASEAN

Si Jakarta souhaite jouer un rôle enfin important sur la scène internationale, en s’impliquant tel un médiateur incontournable, son action se retrouve limitée par la Charte de l’ASEAN et notamment son préambule selon lequel les nations de l’ASEAN s’engagent à « respecter l’importance fondamentale de             l’amitié et de la coopération, et les principes de la souveraîneté, l’égalité, l’intégrité territoriale, la non-ingérence, le consensus et l’unité dans la diversité ». L’article deux insiste quant à lui sur les membres de l’ASEAN doivent « agir en accord avec […] la non-ingérence dans les affaires internes des Etats-membres […] et du respect du droit de chaque Etat-membre de conduire son existence nationale sans ingérence externe, subversion ou coercition ». Tout un programme, certes, mais qui handicape grandement la résolution des conflits. En 2009, à l’occasion d’une conférence, Surin Pitsuwan, secrétaire général de l’ASEAN, faisait remarquer que la Charte en elle-même avait empêcher les Etats-membres de s’impliquer dans l’accès à l’indépendance du Timor Oriental. Ce qui ne laisse alors rien présager de bon pour le futur et la mer de Chine méridionale et pour l’ensemble des initiatives relatives à la sécurité maritime dans la région.

Ces limites se sont illustrées en 2011 lorsque le Vietnam, les Philippines et la Malaisie demandèrent au Secrétariat de l’ASEAN de modifier un communiqué perçu par Hanoi, Manille et Kuala Lumpur comme ne démontrant pas assez de soutien de la part de l’ASEAN aux Etats-membre impliqué dans les tensions territoriales en mer de Chine méridionale. A l’époque, Jakarta, qui occupait la présidence tournante de l’organisation, rechignait à de telles modifications. En 2012, l’Indonésie semble avoir changé de posture, sans doute sous la pression de Washington. Jakarta fait son possible pour participer et organiser des séminaires et réunions de travail visant à promouvoir l’adoption du code de conduite, seule et unique solution pour éviter un conflit ouvert comme les Cassandres de Washington, Canberra ou Singapour ne cesse de le rappeler…

Pour se faire, l’Indonésie s’appuie sur son quelque peu controversé ministre des affaires étrangères, Marty Natalegawa. Il s’agit aussi pour le gouvernement SBY de marquer l’histoire et de laisser une trace autre que celle d’une inaction gouvernementale tout bonnement surprenante, vu de l’Archipel. Par ailleurs, il semblerait que l’Indonésie se permette d’agir plus librement sans occuper la présidence de l’ASEAN. Ils sont pourtant de plus en plus nombreux à expliquer au cours de discussions informelles que cette adoption du code de conduite sera essentielle pour Jakarta, le jour où Pékin décidera d’inclure de façon plus agressive Natuna dans ses revendications.

 

 

 

About these ads
Ce contenu a été publié dans politique indonésienne, sécurité maritime, South China Sea, Uncategorized, USA et Asie du Sud-est, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s