Elections : quelques leçons avant le scrutin

Le 9 juillet prochain, les Indonésiens voteront et décideront qui de Joko Widodo ou de Prabowo Subianto sera le prochain président de l’Archipel. La campagne – qui se poursuit jusqu’au 5 juillet – a été marquée par des attaques incessantes des deux candidats et par un clivage jusqu’alors jamais vu. Si les supporters de Prabowo Subianto ont mis en œuvre une campagne négative d’ampleur à l’égard de son concurrent, l’équipe de ce dernier n’est pas en reste, appuyée  par ce que l’on pourrait appeler la « Mafia d’ANU » (Australian National University), a répondu de plus belle.



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1) Des débats sans grand intérêt

Cette élection devait se jouer sur les débats. C’est tout du moins ce que pensait un certain nombre d’observateurs. Mais la pauvreté des dits débats, le consensus affiché par les candidats et la piètre qualité des modérateurs – et il faut être franc, des programmes des candidats – ont fait qu’à la veille de l’ultime et dernier débat, rien ne semble joué. A l’exception du débat entre candidats à la vice-présidence – où Hatta Rajasa (camp Prabowo) a montré qu’il restait un économiste de talent – rien ne s’est décidé et aucun des candidats n’a pu prendre une avance remarquable. On notera toutefois que Joko Widodo a tout de même réussi a faire bonne figure, contrairement à ce qui était attendu (l’auteur de ce blog le premier).

2) Une rhétorique nationaliste qui était tant attendue

Dès la campagne pour les législatives, il était certain que l’ensemble des protagonistes allaient s’affronter sur des thématiques nationalistes. Pour le ticket Joko Widodo – Jusuf Kalla, l’accent fut mis sur la dépendance indonésienne aux importations. Pour Prabowo Subianto et Hatta Rajasa, il était plutôt question de fuites : fuite des richesses, des talents, des capitaux. La rhétorique nationaliste est une constante du discours politique indonésien. Elle s’exprime de façon quasi-permanente et reste un instrument de mobilisation des masses de premier ordre.

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3) Un électorat divisé

Ce qui marque cette élection, c’est le clivage qui se forme au sein de la population. Il est aisé de différencier une élite urbaine qui tend à soutenir Joko Widodo plutôt que  Prabowo, plutôt soutenu dans les villages. Cependant, le clivage en question n’est pas si marqué. Ainsi, l’électorat de la capitale est très partagé. Mais ce clivage est aussi visible au sein des familles et des communautés. Nombreux sont ceux qui auraient pensé – à juste titre – voir la communauté sino-indonésienne soutenir Joko Widodo plutôt que Prabowo Subianto (ce dernier étant impliqué dans des violations des droits de l’homme – notamment envers la minorité sino-indonésienne – en 1998). Pourtant, une partie de cette communauté tend à penser que si Prabowo s’allie avec des partis islamistes, il n’en reste pas moins un héritier de Suharto et donc un défenseur du Pancasila.

4) Joko Widodo, le président sublimé et fantasmé

Marionnette pour ses opposants, leader moderne pour ses supporters, Joko Widodo est un paradoxe à lui tout seul. L’ancien gouverneur de Solo et de Jakarta a cette image – justifiée – d’homme simple, non contaminé par la corruption endémique à la classe politique indonésienne. Il représente le rêve d’un électorat souhaitant un changement massif, une plus grande démocratisation. Cependant, malgré toute la bonne volonté de joko Widodo, celui-ci reste prisonnier de son propre parti politique (le PDI-P). Et il l’est aussi des alliances réalisées par le PDI-P. Mais si Joko Widodo bénéficie d’un fort soutien populaire, ceci ne lui a pas permis de conserver une avance de 30 points de pourcent entre avril et juillet 2014. Il faut considérer ici un effet de mode qui tend aussi à s’estomper alors que les échéances réelles approchent.

 

5) Prabowo Subianto, l’arrivée du « Tigre d’Asie » ?

C’est par ce sobriquet que ses fidèles soutiens nomment Prabowo Subianto. L’ancien général et chef des forces spéciales de l’armée de terre indonésienne présente une image d’homme fort, qui fait écho à celle de Suharto, dont il s’inspire. Prabowo, c’est aussi les accusations d’enlèvement d’activistes et d’exactions (accusations qui touchent aussi Hendropriyono et Ryamizard, deux soutiens de Joko Widodo). Mais la dynamique Prabowo c’est avant tout une intelligence politique rare, celle de son frère, Hashim. Cet homme d’affaire, chrétien, a soutenu son frère, musulman, dans son alliance avec des partis plutôt radicaux. Car c’est aussi l’accusation faite à l’ancien général, ce ralliement auprès des partis islamistes indonésiens. Quoiqu’il en soit, en mobilisant le fantôme de Suharto, Prabowo a su combler pas moins de 30 points de pourcent en moins de trois mois. Ce qui démontre bien que la rhétorique nationaliste et l’appel à un retour à un système plus proche de celui de l’Ordre Nouveau fonctionne encore en Indonésie. Déni de démocratie ou simple fait que ce système dans sa version occidentale n’est peut-être pas adapté à l’Indonésie ?

6) Quelle stratégie pour la défense du pays ?

Point important pour ce blog, les questions relatives à la stratégie de défense indonésienne. C’était la thématique du troisième débat et l’on peut aisément dire que celui-ci fut décevant. Si Joko Widodo a insisté sur la nécessité pour l’Indonésie d’être reconnue comme une puissance maritime, Prabowo Subianto a quant à lui défendu la thèse selon laquelle l’éradication de la pauvreté dans l’Archipel permettrait  de sécuriser le pays. Quand les candidats ont essayés d’être plus spécifiques, ce fut, pour les connaisseurs de la chose militaire, une succession d’incohérences pleinement assumé. Quand Joko Widodo a défendu l’industrie de défense locale, il s’est basé sur la réussite du Panzer Anoa (l’on évitera de rappeler à RTD la genèse de ce véhicule…). Pour Prabowo Subianto, il ne fut aucunement question de critiquer les TNI, y compris sur l’achat de chars Leopard. Si l’on peut comprendre le manque de connaissance de Joko Widodo plus (par Rizal Sukma) ou moins (par Andi Widjayanto) bien conseillé, on ne peut qu’être étonné par le manque d’aplomb de Prabowo Subianto.

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7) Les mots de la campagne : Des drones, des fuites et des uniformes nazis.

Parmi les mots à retenir de cette campagne, citons les drones. Pour joko Widodo c’est la solution à la sécurisation de l’Archipel. Il en faut bien sur de nombreux, mais sans penser à la formation des opérateurs ni aux systèmes de télécommunication indispensable à leur mise en oeuvre . Autre mot, les fuites. Ce fut – et c’est peut-être encore – le leitmotiv de Prabowo : il faut endiguer les fuites de richesses du pays vers les sociétés étrangères, les fuites liées à la corruption et sans doute bien d ‘autres encore.

Enfin, vient l’affaire de l’uniforme nazi, arboré fièrement par le chanteur Ahmad Dani dans une vidéo de soutien à Prabowo. La vidéo n’est plus disponible, comme l’explique cet article.

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8) La Mafia ANU et le manque de recul des chercheurs en science politique

Un point rapide sur l’implication et les commentaires étrangers sur ces élections, et plus particulièrement sur la « mafia ANU ». Cette dernière, menée par MM. Mietzner et Aspinall n’a cessé de prendre parti pour Joko Widodo, en dénigrant Prabowo Subianto sur des bases parfois justifiées, mais fort souvent motivée par ce qui semble se rapprocher de la pathologie psychiatrique (il faut aussi reconnaître que ces deux experts voyaient le PDI-P réaliser un score de plus de 25% aux législatives… et n’ont toujours pas fait amende honorable sur la prévision manquée). Ces bons messieurs et leurs bons étudiants ne cessent d’encourager l’Indonésie à poursuivre sa transition démocratique, ce qui est un objectif noble. Cependant, alors que les dernières estimations laissent envisager un succès de Prabowo Subianto, ces mêmes défenseurs de l’expression démocratique indonésienne enjoignent les citoyens indonésiens à ne pas voter pour Prabowo Subianto. Où comment encourager la démocratie par le déni de démocratie, tout en prenant allègrement les Indonésiens pour des idiots.

Quel pronostic:

Contrairement à ce que de nombreux observateurs pensent, les résultats des élections indonésiennes sont difficilement prévisibles. A ce stade de la campagne, les indicateurs laissent penser à un résultat serré. L’éternelle volatilité politique indonésienne pourrait réserver des surprises de tailles, aussi bien avant le scrutin qu’après le résultat du quick count. Ce qu’il faut garder en tête, c’est que quel que soit le résultat des élections, il ne s’agira pas de l’émancipation d’une nouvelle oligarchie… pas plus que de réelle consolidation démocratique. Il semble acquis qu’il ne s’agira que du renforcement d’une vieille oligarchie – du fait de la volatilité politique indonésienne – , à défaut de voir une consécration de la période de la Reformasi (réforme post Ordre Nouveau).

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Élections 2014 : Prabowo Subianto : l’ordre, à nouveau ?

Portrait réalisé par le bloggeur Soekarnaud

Après le gouverneur de Jakarta, Joko Widodo, candidat d’une coalition emmenée par le PDI-P, focus sur l’autre favori de la présidentielle indonésienne de juillet prochain, Prabowo Subianto.

Prabowo Subianto, candidat aux élections présidentielles indonésiennes. © satunews.com

Prabowo Subianto, candidat aux élections présidentielles indonésiennes. © satunews.com

Il ira jusqu’au bout. Prabowo Subianto, 62 ans, est certain que son heure est venue. L’Indonésie, ce pays grand comme l’Europe, dont la diversité religieuse, ethnique et économique pose son lot régulier de défis à l’unité, ne peut avoir qu’un homme fort à sa tête, et si possible lui. Dans ses clips de campagnes qui saturent les écrans, outre les instantanés d’un pays mythifié, un tigre de Sumatra rugit, prêt à en découdre. Peu importe que l’espèce soit en voie de disparition, c’est une autre image qu’il faut retenir. Celle d’un homme qui veut redonner à son pays une grandeur jamais réalisée, avec pour ambition de devenir le moteur de cette Asie du Sud-Est en pleine transformation.

Né en 1951, dans une Indonésie qui cherche sa voie après près de trois siècles de domination hollandaise, Prabowo Subianto porte le prénom de son oncle, mort au cours de la guerre d’indépendance indonésienne d’entre 1945 et 1950. Petit-fils du fondateur de la principale banque du pays, fils d’un économiste qui sera ministre de l’économie de Suharto (1967-1998), c’est ce père qui le pousse à embrasser une carrière militaire. Diplômé de l’académie de Magelang  en 1974 (Java Centre, le Saint-Cyr indonésien) – où il a notamment croisé un certain Susilo Bambang Yudhoyono, président actuel de l’Indonésie – Prabowo est envoyé à vingt-six ans au Timor oriental. La colonie portugaise vient tout juste d’obtenir son indépendance, après la chute de Salazar à Lisbonne. L’Indonésie forte, conquérante et « généreuse » ne se résout pas à voir ce petit morceau d’île échapper à son autorité. À la fin 1978, il est à la tête de l’équipe qui capture et élimine Nicolau dos Reis Lobato, le président auto-proclamé du Timor-Leste.

« Monsieur gendre »

En 1983, en épousantSiti Hediati Hariyadi, l’une des filles du président Suharto, il lie définitivement son sort au régime autoritaire et anti-communiste de « l’Ordre nouveau », qui a pris le pouvoir en 1967, avec l’appui des militaires. Déjà respecté et craint pour son mélange d’intelligence et de cruauté, il est nommé cette même année, à trente-deux ans, numéro deux des forces spéciales indonésiennes, connues ensuite sous le nom de Kopassus. Il est, avec ses troupes, envoyé sur les fronts chauds d’une Indonésie qui ne veut pas rentrer dans le rang, et qui ne se résout pas à une unité proclamée mais bien difficile à réaliser : la Papouasie occidentale, le Timor oriental, la province d’Aceh. Partout où les Kopassus passent, il y a de la casse, et surtout chez les civils. Certains, dans les cercles du pouvoir de l’aristocratie jakartanaise, voient déjà d’un mauvais œil cette ascension un peu trop rapide de « Monsieur gendre ».

Et pour quelques émeutes de plus…

Son beau-père de président annonce en janvier 1998, à 77 ans, qu’il compte bien se représenter pour un septième mandat, alors que le pays est en plein dans la tourmente économique de la crise asiatique depuis un an. Le FMI a mis un pied dans la porte et compte bien imposer ses vues à force de pressions. Les amis d’hier de la guerre froide, au premier rang desquels bien sûr les États-Unis, cherchent une occasion pour lâcher cet allié un peu trop sulfureux qu’est devenu le régime Suharto, en raison de ses violations régulières des droits de l’homme. Surtout, la grogne au sein du pays commence à monter, face à la hausse incontrôlée des prix. En cette période chaotique, le pouvoir doit faire front, se rassembler, et pouvoir compter sur des proches en qui il a confiance. Prabowo est ainsi nommé en mars 1998 chef des Kostrad, la réserve stratégique, unité d’élite, qui doit entres autre assurer la sécurité de Jakarta en ces temps troublés. Peu importe que trois lettres, KKN – pour Korupsi, Kolusi dan Nepotisme (corruption, collusion et népotisme) -, cristallisent déjà tous les reproches faits au régime, l’heure est à la tentative de reprise en main. Les étudiants s’agitent dans les universités de la capitale et des grandes villes du pays. Les premières échauffourées annoncent le printemps indonésien qui va suivre. En mai, mois emblématique des manifestations s’il en est, tout s’emballe. La mort de quatre étudiants manifestants de l’université Trisakti de Jakarta tués par l’armée le 12 est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Le pays connaît alors trois journées d’émeutes et de pillages qui culminent à Jakarta avec la mort de plus de mille personnes, principalement d’ethnie chinoise. Une partie de la foule se joint aux émeutiers et se livre à la rapine de tout ce qui peut l’être dans les centres commerciaux, avant que certains ne soient incendiés. Il est désormais clair que le futur de l’Indonésie devra se faire sans Suharto. On soupçonne fortement Prabowo d’avoir été à la manœuvre pour avoir pour sinon provoqué, du moins laissé faire le chaos et les atrocités qui en ont découlé. Le chef des Kostrad se voyait en effet bien rafler la donne, appuyée par ses troupes, après la mise à la retraite forcée de son beau-père… Suspecté d’avoir voulu se livrer à un coup d’État, Prabowo est écarté dans une cérémonie humiliante au cours de laquelle le Général Wiranto, commandant en chef de l’armée lui retire une partie de ses galons. S’en suit alors un exil qui ne dit pas son nom en Jordanie et un divorce d’avec Siti, comme pour mieux tourner la page Suharto. L’histoire très sensible de ce mai 1998 ambivalent en Indonésie –début d’une nouvelle ère démocratique mais inaugurée dans le sang- reste à faire.

 

Le général  Wiranto, commandant en chef de l’armée indonésienne, retire ses galons au lieutenant-général Prabowo le 23 mai 1998. ©thejakartapost.com

Le général  Wiranto, commandant en chef de l’armée indonésienne, retire ses galons au lieutenant-général Prabowo le 23 mai 1998. ©thejakartapost.com

 

Retour gagnant ?

Après une traversée du désert au tournant du millénaire, Prabowo Subianto continue à tracé sa route et cherche à revenir dans le jeu politique de l’archipel. En 2004, alors que l’Indonésie élit pour la première fois son président au suffrage universel, il est candidat aux primaires au sein du Golkar (Golongan Rakyat, parti des groupes fonctionnel), le parti suhartiste, qui a survécu dans l’Indonésie de la reformasi. Il arrive bon dernier. Prabowo comprend alors que seul lui peut faire mentir l’Histoire, qui s’attache à le voir comme un homme du passé et dont beaucoup de gens murmurent encore qu’il a trop de sang sur les mains. L’instrument de cette ambition, qui ne se résout pas à cette nouvelle humiliation, se nomme Gerindra (Partai Gerakan Indonesia Raya, parti du mouvement de la grande Indonésie), véhicule tout à sa cause pour le conduire vers le Palais de l’Indépendance. Prabowo quitte donc le Golkar et fonde son parti en 2008 avec l’appui financier de son frère. Le parti se veut « social-démocrate » mais prône surtout la restauration d’un pouvoir fort et souverain, dans le contexte démocratique, qui sache imposer sa volonté au pays et le sorte des dérives de la décentralisation récente vue comme la cause de l’immobilisme. Il est candidat à la vice-présidence en 2009, sur un ticket emmené par Megawati Sukarnoputri, la fille du père de l’indépendance. Cette nouvelle tentative se solde là encore par un échec. Qu’importe, l’homme ne se voit de toute façon pas incarné les seconds rôles.

Les mauvaises langues se plaisent à raconter que le véritable cerveau de Prabowo réside dans la tête de son frère cadet, Hashim Djohohadikusumo, toujours là pour recadrer la campagne par gros temps. Comme ces derniers jours, quand un vent d’inquiétude a soufflé sur les milieux financiers du pays face aux volontés supposées de Prabowo d’expulser les entreprises étrangères. C’est Hashim, par ailleurs l’une des plus grosses fortunes du pays bâtie avec les appuis de son frère, qui a démenti et tenté de rassurer.

Starring Prabowo ou Putin van Jawa : une campagne à grand spectacle 

Une campagne électorale réussie réside aussi dans l’art de se mettre en scène et de manipuler les symboles. Cette dimension semble d’autant plus importante dans la campagne présidentielle actuelle, ultra centrée autour de l’opposition de personnalités, au détriment de réels débats de fond dans la jeune démocratie. Alors que de ce côté-là, l’autre favori Jokowi, semblait partir avec une longueur d’avance, incarnée par ses blusukan – apparitions inopinées et sans escorte dans les faubourgs de la capitale, à la rencontre de ses habitants les plus modestes, vêtu de blanc – Prabowo Subianto a su montré qu’il maîtrisait à son tour les codes du spectacle politique. En mars dernier, lors d’une immense messe à ciel ouvert de son parti à sa gloire, il a fait son entrée par les airs, se posant en hélicoptère dans le plus grand stade de Jakarta où était réunie la foule de ses supporters chauffée à blanc par les chanteurs de dangdut. Il a ensuite enfourché un étalon pur-sang arabe, pour un tour d’honneur triomphal, un kriss à sa ceinture, long couteau traditionnel des combattants de l’archipel. Les images de puissance, de majesté et de force en mouvement n’allaient pas sans rappeler l’esthétique déployée par un certain président russe…

 

Dans un stade de Jakarta, le 23 mars dernier, Prabowo Subianto inspecte « ses troupes » au cours d’un meeting géant. ©AFP

Dans un stade de Jakarta, le 23 mars dernier, Prabowo Subianto inspecte « ses troupes » au cours d’un meeting géant. ©AFP

Lors des élections législatives du 9 avril dernier, déterminantes pour la suite de la compétition, le parti Gerindra s’est classé troisième sur les douze autorisés à concourir, réussissant à quasiment tripler son score de 2009. Désireux de poursuivre cette dynamique, Prabowo vient de s’allier avec trois partis musulmans du pays et de choisir comme colistier Hatta Rajasa, ministre coordinateur pour les affaires économiques du gouvernement sortant. Il est bien décidé à prendre sa revanche sur le destin lors des élections présidentielles du 9 juillet prochain.

 

 L’analyse de Darisinikesana sur le candidat Prabowo Subianto et la stratégie du PAN d’Hatta Rajasa :

Une coalition au premier abord surprenante

La décision de Gerindra de s’allier avec certains partis musulmans du pays peut paraître au premier abord surprenante. Que vient faire Prabowo Subianto, chantre du sécularisme indonésien par bien des aspects, avec ces partis qui pour certains prônent une application stricte de principes islamistes (sans pour autant que leurs chers dirigeants se les appliquent eux-mêmes) ? Cependant, en se penchant sur le contexte électoral indonésien actuel, cette stratégie peut sembler opportune. Si elle ne portera peut-être pas ses fruits – tant Joko Widodo semble favori – , elle n’en est pas moins adaptée. En effet, Gerindra s’est retrouvé rapidement aculé suite à la décision du Nasdem de s’allier au PDI-P. Les tractations incessantes entre partis politiques de l’Archipel ont montré une fois de plus l’implacable volatilité politique indonésienne. Dans cette perspective, il n’est plus question d’idéologie mais bel et bien de conservation du pouvoir. Comme l’a encore montré récemment le ralliement du Golkar au PDI-P, il n’est pas question de modifier un certain équilibre politique et une soif de pouvoir, partagée par l’ensemble de la classe politique du pays. Il est plus important de renforcer une oligarchie qui n’a cessé d’exister. Signalons à ce titre que Hatta Rajasa a récemment mariée sa fille au fils du président indonésien sortant, Susilo Bambang Yudhoyono.

 

Par ailleurs, Prabowo est attaqué de toutes parts – à juste titre ou non – sur le rôle qu’il aurait tenu en mai 1998. Dans cette perspective, les partis musulmans sont parmi ceux qui ne critiqueront sans doute pas les actions supposées de l’ancien membre des forces spéciales indonésiennes. Ainsi, ces mêmes partis sont soupçonnés – à forte raison – de participer de façon active à la campagne de déstabilisation et de calomnie à l’encontre de Joko Widodo, qualifiant ce dernier de chrétien ou de chinois, suivant le sens du vent. Peu de chances doncde voir le PPP ou le PKS critiquer Prabowo sur les enlèvements d’activistes des droits de l’homme dans les années 1990 ou sur son rôle dans les émeutes de mai 1998.

 

Prabowo Subianto et son candidat à la Vice-présidence, Hatta Rajasa. © berita9.com

Prabowo Subianto et son candidat à la Vice-présidence, Hatta Rajasa. © berita9.com

Ainsi, les partis musulmans ont décidé pour certains de suivre Prabowo. Lui, l’ancien général, grand admirateur de Napoléon, a pourtant toujours été perçu comme un adversaire de cet Islam indonésien aux tendances parfois radicales et représenté par le PKS et le PPP, qui ont pourtant décider de rallier la coalition menée par Gerindra. Mais la volatilité politique indonésienne est telle que ces partis ont préféré rejoindre celui qui aurait pu être leur meilleur ennemi plutôt que d’embraser la cause d’un PDI-P, qui fut pourtant l’allié du PPP entre 2001 et 2004. Quant au PAN, son ralliement puise ses sources dans plusieurs causes. Il y a tout d’abord l’inimité entretenue par Amien Rais, père spirituel et conseiller écouté du mouvement, vis-à-vis de Jokowi. Amien Rais fut l’un des premiers critiques du gouverneur de Jakarta. Il y aussi la volonté pour le PAN de s’émanciper. En s’alliant à Gerindra, le PAN s’impose comme une force politique qui compte. C’est Hatta Rajasa qui sera le candidat à la Vice-présidence du ticket Gerindra-PAN.

 

 

Hatta Rajasa et les limites du PAN

Le ministre coordinateur pour les affaires économiques est-il le candidat idéal, celui qui permettra à Prabowo d’accéder à la fonction suprême ? Rien n’en est moins sûr. Si cette stratégie apparaît comme la seule disponible, le pédigrée du dirigeant du PAN laisse songeur. Ainsi, sur les réseaux sociaux indonésiens, Hatta est attaqué sur ses « résultats » comme ministre. Ces derniers sont critiquables et l’appétit pour le pouvoir du PAN peut se retourner contre ce dernier. Critiquée au sein de son propre parti, cette stratégie puise ses sources dans une volonté de s’émanciper et d’apparaître aussi comme une force politique qui compte.

Cependant, si le bilan du candidat du PAN est critiqué, sa personnalité l’est aussi. Ainsi, l’accident mortel dans lequel fut impliqué son fils la nuit de la Saint Sylvestre 2012 laisse dire à de nombreux indonésiens qu’un homme incapable de contrôler son fils ne pourra accomplir sa tâche de Vice-président.

Quant au ralliement du PAN à Gerindra, la cible des critiques reste Amien Rais. L’ancien président de l’Assemblée Nationale indonésienne, qui était l’un des principaux leaders de la Reformasi, apportant son soutien à celui qui est considéré par de nombreux observateurs comme le responsable des actes criminels menés. Mais si le vieil Amin n’est pas exempt de critique, il serait mal venu de le prendre pour un débutant dans l’arène politique. L’ancien dirigeant du PAN a bel et bien perçu qu’il existait une fracture entre Jakarta et le reste de l’Indonésie. Il a aussi bien compris, lui l’ancien soutien à la démocratisation, que dans les villages, il existe une certaine nostalgie de l’Ordre Nouveau. Non pas dans son ensemble, mais de l’absence d’un leader fort. Ainsi, il existe plusieurs Indonésie(s), notamment au niveau politique.

 

Et si la défaite se produisait ? Car à n’en point douter, Jokowi sera le favori de l’élection. Le récent soutien du Golkar plaide en ce sens en même temps qu’il réduit à néant l’idée prônée par le PDI-P d’une révolution mentale. Dans ce cas de figure – qui devrait être celui de septembre 2014, le PAN s’affirmera comme le second parti d’une « opposition » qui n’en est pas une. Il sera une force politique, qui pourra aussi, en suivant la volatilité politique indonésienne, composer avec le gouvernement en place. Au final, la posture du PAN est peut-être la seule possible afin de sortir le parti d’une crise interne bien couvée mais pour autant présente.

Une stratégie d’alliance qui pourrait se retourner contre Prabowo

Divorcé, cible, comme son concurrent Jokowi, de rumeurs pour le moins sordides, voire de dossiers plus ou moins documentés remontants à la surface, (ainsi la mère de Prabowo serait chrétienne et il aurait été mutilé par des guérilleros au Timor ou en Papouasie, selon les sources) Prabowo n’a pour lui que son image d’homme fort.  Dans cette perspective, le candidat de Gerindra pourrait se retrouver la cible de ses propres alliés. Quant aux accusions relatives aux années 1990 et aux émeutes de mai 1998, Prabowo n’en démords pas. Sans se défausser, il rappelle qu’il était un militaire, suivant des ordres. Et quand on évoque les kidnappings d’activistes indonésiens, il répond sans ciller que : « dans certaines administrations, on aurait pu nommer cela de la détention préventive, et si le régime change, nous appelons cela du kidnapping ».

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Elections indonésiennes : premiers commentaires sur le scrutin

Alors que les médias – notamment français – annonce en grande pompe une victoire de l’opposition indonésienne aux élections législatives, il semble intéressant de nuancer et d’analyser ces premières projections.

Projections au soir des élections

Projections au soir des élections

 

1/ La « victoire » du PDI-P aux législatives

Le score du PDI-P (entre 18 et 19%) est bel et bien loin des attentes du parti. Ce dernier escomptait que l’effet « Jokowi » (voir billet précédent) lui permette d’obtenir un minimum de 25% des suffrages, voire pour les plus optimistes – parmi lesquels nos chers journalistes français en Indonésie.  Force est de constater que ce score de moins de 20% – s’il vient à être confirmé et entériné – va rendre très difficile la tâche du PDI-P qui va donc devoir composer avec d’autres partis afin de monter une coalition. D’aucuns argueront que cette coalition aurait été nécessaire quel que soit le résultat des législatives, ce qui est exact. Cependant, le poids politique du PDI-P sera bien moindre si le résultat du parti se maintient à moins de 20%.

2/ les scores des partis islamiques

Ce qui a marqué le scrutin aux yeux de certains observateurs – et pas les meilleurs, Le Monde en tête –  serait les scores « élevés » des partis islamiques. Le problème est comme toujours, un manque de recul de la presse à ce sujet. Le contexte électoral indonésien est le suivant : les partis en présence sont passés de 38 en 2009 à 12 en 2014. Par ailleurs, un parti comme le PKB obtient un peu moins de 9% car son candidat à la présidentielle n’est autre que le roi de la chanson populaire (edit: et grâce au soutien que représentante la base de NU en Indonésie)…Au final, les partis islamiques joueront comme toujours un rôle important dans la constitution des coalitions. Il n’en demeure pas moins que leur influence politique  réelle – et non pas médiatique – sera limitée.

3/ Un parti au pouvoir qui s’en sort finalement plutôt bien

Tout le monde attendait un faible résultat pour le parti démocrate, le parti au pouvoir depuis 2004. Au final, certaines projections le place autour des 10%, en quatrième position. C’est moitié moins que ce qui fut obtenus en 2009. Entre temps, une politique générale plutôt décevante et surtout une multitude d’affaires de corruption ont entaché la réputation du parti. Ce qui explique aussi ce score, c’est l’absence d’idéologie au sein même de ce parti, construit sur l’image du président SBY. Alors que celui-ci ne pouvait briguer un nouveau mandat. Face à ces trois critères, c’est toute la structure du parti – qui n’a toujours pas désigné son candidat aux présidentielles – qui s’est effondrée. Cependant, le PD a reconnu sa défaite et a annoncé », par le biais de SBY, qu’il pourrait participer aussi bien au gouvernement qu’à l’opposition, illustration s’il en  est de la volatilité politique indonésienne.

Commentaires des dirigeants de Partis./ Coalition, mais avec qui?

Commentaires des dirigeants de Partis./ Coalition, mais avec qui?

 

4/Des scores qui reflètent la diversité de l’Indonésie

Les projections disponibles ont déçu les amateurs de sondage et autre enquête d’opinion. Ces derniers, réalisés par des instituts qui n’en demeurent pas moins sérieux (CSIS, LSI, etc) ont une fois de plus prouvé que l’Indonésie n’est pas un ensemble homogène. De Sabang à Merauke, la distance est supérieure à celle entre Londres et Bagdad. On comprendra alors que la perception de la politique et des partis peut-elle aussi être très hétérogène.

En témoigne la perception très jakartanaise de ces instituts et des correspondants de presse. Une perception qui n’est pas biaisée pour la capitale indonésienne et son immédiate proximité. A titre d’exemple, le score du Golkar, en deuxième position au niveau national selon les projections disponibles. Ce même Golkar, qui était perçu à la dérive à jakarta – ce qui fut le cas – réalise un score d’ampleur dans le reste du pays.  Ce n’est donc pas le raz de marée du PDI-P, comme prévu à Jakarta, mais bel et bien un équilibre plus subtil qui est en train de se dessiner.

 

5/ les grands gagnants de l’élection

Au final, qui sont les grands gagnants de cette élection, si les projections se confirment ? Au sein même du PDI-P, Megawati a sans doute remporté une victoire face à la base et aux cadres de son parti. Après avoir cédé à ceux qui ne voulaient que Jokowi comme candidat à la présidence, Megawati a rappelé aux cadres que seuls ces derniers porteraient la responsabilité d’un échec.  Or, la victoire du PDI-P est en demi-teinte, voire n’en est pas une. A moins de 20%, le PDI-P va devoir composer une coalition dans laquelle il sera majoritaire. Il devra cependant composer avec d’autres partis dans une situation bien moins confortable que celle prévue jusqu’alors. A n’en pas douter, Megawati rappellera aux cadres du parti sa mise en garde et conservera un poids politique supérieur aux prévisions dans le cadre des négociations visant à former une coalition.

L’autre grand gagnant, c’est Prabowo. En arrivant en troisième position, Gerindra va pouvoir proposer au plus offrant une coalition. Et surtout, Prabowo va pouvoir pousser le PDI-P à s’allier à ses côtés. Si ce dernier refuse, Gerindra pourrait toujours se rapprocher du Golkar. Considéré par de nombreux observateurs comme hors de la course suite, à l’investiture de Jokowi, Prabowo semble aujourd’hui dans une position de force.

 

6/ petit commentaire sur les correspondants de presse français en Indonésie, si ces derniers lisent ce blog (ce dont je doute)

 

Le problème de la presse française lorsqu’elle traite de l’Indonésie est sans doute son jakartanisme. Tout ce qui se passe à Jakarta est considéré comme étant la réalité du terrain pour l’ensemble de l’Indonésie. Les limites de ce jakartanisme ont été amplifiées par une méconnaissance totale du vote et des traditions électorales indonésiennes. Au final, qu’il s’agisse de M. Pomonti – et de son article plein d’entrain pour Jokowi  dans Slate - ou celui de M. Messina dans Le Monde qui confond les mandats de Jokowi à Solo et à Jakarta témoignent de cette connaissance superficielle de la politique – et de la vie – indonésienne, au-delà de Jalan Gatot Subroto (le périphérique jakartanais). c’est parfois décevant, comme dans le cas de M. Pomonti, dont les textes avaient accompagné un magnifique ouvrage sur Aceh. C’est souvent désolant, comme cet article du blog Coucou Ibu, dont les deux contributrices sont des « journalistes » dont les maigres contributions consistent dans la traduction de dépêche, sans aucune valeur ajoutée.

C’est un peu le mal du journalisme français en Indonésie. Soit de la traduction de dépêche, soit la « rue89ification » poussée à son extrême, où le « je »l’emporte sur le contexte, ou en d’autres termes, comment ne pas regarder l’actualité et les faits, mais apercevoir ces derniers derrière soi, à la manière d’un selfie.

N.B.: les dernières estimations font état d’une abstention à plus de 30%. Ce chiffre doit encore être confirmé.

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Élections 2014 : Jokowi, la fin d’un faux suspense

La nomination du très populaire gouverneur de Jakarta comme candidat à la présidentielle a mis fin aux spéculations qui couraient depuis plus d’un an. Son parti, le PDI-P, n’a pu que se résoudre à le choisir et a annoncé spectaculairement sa décision vendredi dernier.

Breaking News de Metro TV pour annoncer la candidature de Jokowi. © AR

Ce dimanche 16 mars a marqué le lancement officiel de la campagne pour les élections législatives qui auront lieu en Indonésie le 9 avril prochain. Depuis quelques semaines déjà, les villes et villages de l’archipel se sont vus abondamment parés des couleurs des partis en présence, pour une campagne dont l’enjeu principal est de se compter pour définir ensuite les alliances en vue de l’élection présidentielle de juillet. La constitution indonésienne interdit en effet au Président sortant Susilo Bambang Yudhoyono de prétendre à un troisième mandat, et l’Indonésie aura donc quoi qu’il arrive un nouveau président à sa tête.

Le jeu semble encore assez ouvert, et les tractations entre partis et en leur sein même vont bon train depuis de nombreux mois, présupposant çà et là des alliances à géométrie variable pour l’emporter. Deux candidats font depuis quelques mois déjà figure de favoris. L’ancien commandant des Forces Spéciales et ex-gendre du dictateur déchu Suharto, PrabowoSubianto, 62 ans, dispose d’un parti à sa main, Gerindra (Great Indonesia Movement Party) après longtemps avoir appartenu au Golkar, le parti suhartiste. Il a annoncé son intention de concourir dès 2011. Lié aux milieux des affaires et à l’armée, il incarne un type d’homme politique relativement classique dans le paysage politique local. Face à lui, a émergé sur la scène politique nationale, Joko Widodo, dit Jokowi, 52 ans. Celui que certains n’ont pas hésité à surnommer le « Obama de Jakarta » a connu en quelques années une ascension éclair. Élu maire de Solo (Java Central) en 2005 sous l’étiquette PDI-P (Parti démocrate indonésien du combat), cet entrepreneur musulman dans le secteur du meuble a vite su attiré les projecteurs sur sa ville natale, en y développant le tourisme et réinvestissant sa dimension culturelle. Bénéficiant d’une image d’homme simple, pragmatique, faisant campagne au plus près du peuple, le Javanais n’a pas tardé à être remarqué par les médias qui en ont rapidement fait leur coqueluche, faisant souffler un vent de fraîcheur sur un paysage politique quelque peu sclérosé dans la jeune démocratie. Adepte des « coups médiatiques », il a par exemple fait à la fin 2011 la Une de tous les médias du pays en se rendant personnellement au bureau de la Compagnie nationale d’électricité qui avait coupé le courant à sa ville pour un retard de paiement. Dans une mise en scène calculée, muni de milliers de petites coupures et de pièces, il a fait sensation en s’acquittant des près de 9 millions de roupies dues (environ un million $) devant les caméras et les objectifs de tout l’archipel.

Qualifié de « néo-populiste » par ses détracteurs pour ses méthodes, il s’est ensuite lancé à l’assaut de Jakarta, poussé par un mouvement d’opinion dont les médias se sont à nouveau fait l’écho…ou l’inverse. La plus grande ville d’Asie du Sud-Est connaît en effet des problèmes dantesques de circulation, de pollution et d’inondations régulières, et les inégalités entre ses habitants sont criantes, comme dans de nombreux pays en développement. Allié au Sino-indonésien Ahok comme colistier, il est parvenu à devenir gouverneur du « gros durian » en septembre 2012 au terme d’une campagne très disputée. Appliquant à la capitale les méthodes de communication qui lui ont réussi à Solo, on l’a régulièrement vu déambuler (blusukan) dans les faubourgs les plus déshérités de la ville, allant à la rencontre des habitants, vêtu simplement…comme pour mieux souligner le contraste avec la classe politique affairiste et réputée corrompue du pays.

Dès lors, il n’est pas surprenant que son nom ait circulé comme un bruit de plus en plus insistant pour la présidentielle de cette année. Depuis presque un an déjà, des sondages réguliers le donnent gagnant, face à l’ensemble des prétendants déclarés ou putatifs.

Megawati lit la déclaration manuscrite nominant Jokowi comme candidat à l’élection présidentielle. © Jakarta Post

Cependant, Jokowi n’est pas chef de son parti, le PDI-P. Ce dernier, qui assume une ligne vaguement social-populiste et nationaliste, en plus du Pancasila, comme tous les partis du pays, est dirigé par Megawati Sukarnoputri, la fille du père de l’indépendance Sukarno, elle-même chef de l’Etat entre 2001 et 2004 suite à la destitution d’Abdurrahman Wahid. Battue ensuite à deux reprises en 2004 et 2009, il se murmure que « Mega » se voyait bien y retourner malgré ses 67 ans et le fait que les Indonésiens ne voient plus en elle une personnalité d’avenir. Une tentative également avortée semble avoir eu lieu pour positionner sa propre fille, Puan Maharani, quarante ans, comme candidate, dans un schéma dynastique bien connu en Asie du Sud-Est. Harcelée de questions depuis des mois pour savoir si elle accorderait le soutien du parti à Jokowi, elle n’a cessé de vouloir gagner du temps dans l’espoir semble-t-il de préserver les chances de son propre clan, indiquant que le candidat ne serait désigné qu’après les législatives. Cette stratégie s’est au final retournée contre elle, contribuant à alimenter l’image d’un vieux parti, où l’appareil ne laissait pas sa chance à son principal talent. Dès lors, « IbuMega » s’est résolu à accorder sa confiance à Jokowi pour porter les couleurs du parti à la présidentielle. L’annonce surprise en a été faîte ce vendredi 14 mars, dans une mise en scène à la soviétique, où une déclaration manuscrite lue par sa fille Puan Maharani annonçait le choix de la fille de Sukarno. Toutes les télévisions du pays étaient alors en « breaking news » pour montrer l’importance de l’événement qui signe en effet le début de la période active de la campagne électorale. Si le calendrier semble s’être accéléré, de nombreuses interrogations demeurent en suspens quant à la stratégie qu’adoptera le désormais candidat Jokowi. Outre les règles électorales spécifiques à l’Indonésie qui impose à un parti de détenir au moins 20% des 560  sièges de l’Assemblée pour présenter un candidat à la magistrature suprême, l’attention des observateurs se reportent désormais sur les alliances à venir entre les partis, et notamment la formation des tickets. A l’instar des Américains, les Indonésiens élisent en effet un Président et un Vice-Président. Ceux-ci sont en revanche issus généralement de deux partis différents représentant la coalition qui se propose de diriger le pays. Pour Jokowi, les noms de l’ancien Vice-Président Jusuf Kalla, du vice-gouverneur de Jakarta « Ahok » circulent aux côtés de ceux de Puan Maharani, ou même…Prabowo Subianto. Il est dans tous les cas difficile d’établir des conjectures avant le résultat des législatives du 9 avril qui seront déterminants pour la suite de la compétition.

Finally, Jokowi Declares Bid for Presidency

Jokowi embrassant le drapeau merah putih suite à l’annonce de sa nomination. © en.tempo.com

Ses adversaires mettent en avant son maigre bilan à Jakarta, notamment en termes de transports, axe central de sa campagne d’alors, et sa relative inexpérience. Beaucoup s’interrogent également quant à la déclaration tardive du candidat, alors que les tractations vont déjà bon train entre les autres formations depuis plus de six mois, sur fond de présidence agonisante de Susilo Bambang Yudhoyono, minée par les scandales de corruption.

Les marchés semblent en revanche avoir choisi leur candidat, la bourse de Jakarta clôturant en hausse de 3,2% ce vendredi suite à l’annonce de candidature.

JKW4P, ou « Jokowi for President », nouvel hashtag populaire sur Twitter. ©beritabali.com

L’analyse de Darisinikesana sur le phénomène Jokowi et les candidats à la vice-présidence.

Une perception jakartanaise des choses

Sans nul doute, Jokowi bénéficiera au cours de la campagne du soutien sans faille du PDI-P. Cependant, à la suite de l’annonce de la candidature de la nouvelle égérie de la politique indonésienne, Megawati – la chef du parti – a décidé de rappeler aux cadres du PDI-P qu’elle a accepté leur décision de nommer Jokowi mais qu’elle considérera les cadres comme responsables si Jokowi n’est pas élu. Une façon pour la fille du père de l’indépendance de se préserver elle aussi une porte de sortie en cas d’échec.

Car si tous les voyants sont aux verts pour Jokowi, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit avant toute chose d’un soutien jakartanais. Or, de Subang à Merauke, l’Indonésie est belle et bien un ensemble complexe et distinct. Ici ou là, le Golkar, les partis islamistes, mais aussi Hanura et Gerindra recevront de forts soutiens. De la part de générations habituées à voter pour un parti plutôt que pour son porte-drapeau. Mais aussi de la part de votants qui pour certains ne cessent de regretter le temps passée de l’Ordre Nouveau (1967-1998). Ce qui peut être perçu depuis Paris, Londres, Canberra et Washington comme un déni de démocratie puise ses sources dans un mal-être plus profond, celui de la décentralisation. Cette dernière, qui accompagna – voir illustra mieux que toute autre réforme – la transition démocratique, est aujourd’hui très critiquée. Elle a en outre surdéveloppé les niveaux de pouvoirs et, par extension, la corruption. Ainsi, comme se plaît à le répéter l’historien Kevin O’Rourke, « l’Indonésie démocratique peut être comprise si l’on y appose la grille de lecture de l’Occident médiéval ». Ce même observateur conseille vivement a tout chercheur de relire Marc Bloch, pour comprendre comment les fonctionnaires indonésiens achètent leurs charges, tels les vassaux du Moyen Age, et doivent par la suite rembourser la mise de départ. Dans cette perspective, des personnalités fortes telles que Surya Palo pour le Nasdem, Wiranto pour Hanura ou encore Prabowo, sont susceptibles de séduire une large frange de la population.

La dangereuse question des alliances

Comme exposé plus haut, il convient de noter que si la candidature de Jokowi va changer la donne, elle n’en demeure pas moins suspendue aux résultats des élections législatives. Suivant ces dernières, le PDI-P décidera de s’allier à un autre parti et formulera un ticket avec un vice-président. À n’en pas douter, les habituels opportunistes ont déjà commencée à mener des tractations avec le PDI-P. Parmi eux, l’ancien VP Jusuf Kalla, le ministre coordinateur pour les affaires économiques et dirigeant du PAN Hatta Rajassa et l’inénarrable Mafhud MD, ancien président de la cour suprême indonésienne. Jusuf Kalla porte en lui tout le sel de la politique indonésienne : pluraliste, il soutient dans son fief de Sulawesi des mouvances radicales que l’on sait aujourd’hui liées à une affaire de trafic d’explosif vers les Philippines. JK ayant une revanche à prendre sur son précédent parti, le Golkar, il a d’ores et déjà annoncé qu’il attendait le résultat des législatives pour se prononcer.

Jusuf Kalla, vice-président entre 2004 et 2009, en piste pour un nouveau mandat ? © Wikipedia

Hatta Rajassa symbolise lui aussi cette classe politique avide de pouvoir et opportuniste au possible. En mariant sa fille avec le fils de SBY, le président sortant, il a scellé une alliance que peu au sein du PAN goûte aujourd’hui. Déclarant tour à tour être candidat à la VP aux côtés de Jokowi et/ou du parti démocrate, Hatta a réussi à se désolidariser de la vieille garde de son propre parti, en laissant l’accès aux postes de responsabilités de Muhammadiyah à des membres du PKS, autre parti musulman et à des célébrités de seconde zone, afin de rechercher un soutien populaire.

Mafhud MD a tout d’abord proposé au parti démocrate, actuellement leader de la coalition au pouvoir, de se présenter sous ses couleurs. En apprenant qu’une primaire serait organisée, l’ancien chef de la cour suprême a finalement refusé de concourir. Il a par la suite proposé ses services au PKB, le parti de feu le président Gus Dur (1999-2001). Cependant, les cadres du parti ont préféré soutenir la candidature de l’auto-proclamé King of Dangdut – chanson populaire indo-malaise – Rhoma Irama. Après cet affront de taille, il ne fait nul doute qu’une fois les législatives passées, Mafhud proposera à Jokowi un ticket gagnant.

Reste alors l’alliance qui paraissait la plus probable. En vertu d’un accord « secret », PDI-P et Gerindra devaient concourir ensemble cette année. Après le soutien apporté par Gerindra à Jokowi dans le cadre des élections au poste de gouverneur de Jakarta en 2012, tout le monde s’attendait à un tel ticket, qui risque de ne pas voir le jour. En effet, à l’annonce de la candidature de Jokowi à la présidence ce vendredi, Prabowo Subianto s’est empressé de dénoncer le non-respect de cet accord par le PDI-P. Ce qui pourrait au final poser un problème pour la candidature de Jokowi. En effet, si le gouverneur de Jakarta rempli l’une des conditions en étant Javanais, il n’est pas un ancien militaire. Or, l’expérience semble montrer que si l’on veut accéder au pouvoir dans la troisième démocratie du monde, il faut être soit même militaire ou être accompagné d’un VP ayant servi sous les drapeaux.

Joko Widodo et Prabowo Subianto, au temps de l’alliance pour conquérir Jakarta. © politik.kompasiana.com

Le poids de l’armée

Les militaires indonésiens ne disposent pas du droit de vote. Ils ont par ailleurs perdu les sièges au parlement dont ils disposaient sous Suharto. Beaucoup ne voient plus les forces armées comme étant un acteur déterminant de la politique indonésienne. C’est une erreur communément admise et que la communauté des journalistes étrangers en Indonésie ne cesse de relayer. En effet, si le temps de la DwiFungsi(double fonction) est bel et bien fini, les militaires ne cessent d’influencer la politique du pays. Présents partout mais discrets, ils disposent des liens et réseaux indispensables.

Dans un contexte régional ou les anxiétés stratégiques ne cessent de croître, et ou l’Indonésie a amorcé une modernisation de ses forces armées, un ticket électoral sans militaire à bord poserait problème. Gus Dur, mais aussi Megawati (2001-2004) ont essayé de faire sans et n’ont pu tenir. Pour rappel, lorsque l’armée encercle le palais présidentiel en 2001, les canons des blindés sont tournés vers ce dernier et non vers la foule. L’erreur est de penser qu’aujourd’hui, le poids de l’armée est insignifiant dans la politique indonésienne. Encore récemment, ce ne sont pas les déclarations du ministre des affaires étrangères ou du président indonésien qui ont marqué les relations avec l’Australie, mais celles du Chef d’État-Major des Armées.

Le PDI-P peut cependant compter sur des personnalités comme Tubagus Hassanudin, ancien général. Mais cela suffira t’il face à des forces armées qui voient – à juste titre – en Jokowi un candidat n’ayant aucune expérience et connaissance des affaires étrangères et des questions de défense et de sécurité ? Il semble acquis que le plus gros du combat viendra pour le PDI-P à la suite des électionslégislatives. Il s’agira alors de bien choisir un VP qui réponde aux aspirations nationalistes indonésiennes, pas vraiment visible dans l’upper middle class jakartanaise mais si diffuse et prégnante dans le reste de l’Indonésie…

Cet article est le fruit d’une collaboration avec le bloggeur Soekarnaud.

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Indonésie – Australie : une crise diplomatique d’ampleur

Après l’Europe, c’est au tour des relations diplomatiques en Asie de se voir perturbées par les révélations relatives à l’affaire Snowden. En Indonésie, le pouvoir s’est d’abord tourné vers Washington. Puis, par le biais d’un article du Guardian, c’est maintenant Canberra qui subit le courroux de Jakarta. Ce qui semblait être au premier abord une crise diplomatique légère s’avère prendre des proportions alarmantes au fil des jours. En moins d’une semaine, l’Indonésie a rappelé son ambassadeur en Australie et décidé de suspendre une grande partie des programmes de coopération existants entre les deux pays. A ceci s’ajoute les faux pas successifs de la nouvelle administration australienne.

Le président indonésien Yudhoyono et le Premier ministre australien Abbott

Le président indonésien Yudhoyono et le Premier ministre australien Abbott

Les faits

Tout a débuté par  des articles d’ABC australia et du Guardian Australia, faisant état de tentative d’écoutes téléphoniques en 2009 du président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono (SBY) et de son entourage, par l’Australian Signals Directorate (ASD). Le document transmis aux médias australiens par Edward Snowden détaille la procédure des écoutes menées par l’agence de renseignement australienne, avec de nombreux détails.  Ainsi, aurait été écouté le président indonésien SBY, son épouse Ani Yudhoyono, le VP Boediono, le précédent VP Jusuf Kalla, l’actuel ambassadeur indonésien à Washington (et admirateur du président ) Dino Patti Djalal, le ministre coordinateur pour les affaires de sécurité Widodo et l’actuel ministre coordinateur pour les affaires économiques Hatta Rajasa. Le document publié par la presse australienne fait état d’une écoute s’étant déroulée sur une quinzaine de jours au cours de l’année 2009.

Les documents révélés par le Guardian © Guardian
Les documents révélés par le Guardian © Guardian

Les documents révélés par le Guardian © Guardian

Les documents révélés par le Guardian © Guardian

La réaction indonésienne ne s’est bien sûr pas fait attendre, menée par Marty Natalegawa, le ministre des affaires étrangères indonésien. Marty, déjà échaudé par la politique mise en œuvre par le nouveau gouvernement indonésien (cf. infra) a demandé des explications au Premier ministre australien Tony Abbott. Déclarant que l’Australie était coupable par ces actes de violation de la vie privée et des droits de l’homme, Marty s’est montré particulièrement virulent à l’égard du gouvernement australien. Ce dernier, a répondu par l’intermédiaire du Premier ministre Tony Abbot et de la ministre des affaires étrangères Julie Bishop, arguant que « tous les pays collectent du renseignement et tous les pays savent que les autres pays  font de même », ajoutant aussi que « le gouvernement australien utilise l’ensemble des ressources à sa disposition, ceci incluant des informations permettant d’aider [nos] alliés, et non pas de les blesser ».

Dans la guerre des déclarations, c’est encore Marty qui a surpris en répondant aux commentaires de Tony Abbott, arguant que l’Indonésie, elle,  « ne collecte pas de renseignement » sur les autres pays. Libre à chacun de croire ou non dans la teneur de la déclaration du ministre des affaires étrangères. Il convient cependant de noter que si l’Indonésie a demandé des excuses officielles de Canberra, Jakarta ne s’est pas arrêté là. En effet, l’ambassadeur indonésien en Australie a été rappelé à Jakarta, alors que le gouvernement indonésien a annoncé en milieu de semaine la suspension de nombreux programmes relatifs à la coopération bilatérale. Ainsi, Jakarta a décidé de rappeler les chasseurs F-16 actuellement en Australie pour un exercice bilatéral et d’annuler les prochains exercices de ce type. Il en est de même pour la coopération visant à lutter contre l’immigration illégale (transitant en Indonésie et à destination de l’Australie, cf. infra). Ces décisions, à effet immédiat tendent à démontrer du sérieux de la crise diplomatique actuelle.

Comme si cela ne suffisait pas, c’est maintenant Mark Textor,  un proche conseiller de Tony Abbott qui a décidé de rajouter de l’huile sur le feu, par un tweet dans lequel il décrit  le fougueux Marty comme un « mec qui ressemble à un acteur de porno philippin des années 1970 ».  Enfin, jeudi 21 novembre 2013, 200 personnes ont manifesté devant l’ambassade australienne de Jakarta afin de demander des excuses officielles de la part du gouvernement Abbott, tout en brûlant des drapeaux australiens. Quelques heures auparavant, Canberra avait officiellement émis un avertissement aux voyageurs australiens se déplaçant en Indonésie.

Les réactions indonésiennes peuvent sembler démesurées. Il convient alors de remettre ces dernières dans le contexte récent de la relation bilatérale entretenue par Canberra et Jakarta,  mais aussi dans le contexte national indonésien.

Impact(s) direct(s) sur la relation bilatérale 

Les relations entretenues par les deux pays sont importantes, voire essentielles, et ceci dans différents secteurs. D’un point de vue économique, il convient de rappeler que les échanges commerciaux entre les deux pays sont évalués à environ 11 milliards de dollars US par an, l’Indonésie étant un importateur majeur de produits issus de l’agriculture et de l’élevage. Alors que Jakarta s’apprêtait à acheter un million d’hectares en Australie, afin d’élever sur place le bétail nécessaire à l’approvisionnement de l’archipel, ce projet semble être mis en suspens. Cette solution permettrait à terme de lutter contre l’inflation galopante que connait l’Indonésie sur les produits alimentaires. Pour ce faire, Jakarta poursuit tout de même ses importations de bétail vivant depuis l’Australie. Mais le ministre du commerce indonésien, Gita Wirjawan, a demandé au parlement de revoir au plus vite le corpus législatif relatif à ces échanges, afin de favoriser à l’avenir l’importation de bétail vivant depuis d’autres pays (dont le Brésil).

Si le secteur économique voit dans ces tensions diplomatiques une menace, la coopération sécuritaire est quant à elle suspendue. Ainsi, le Chef d’Etat-Major des armées indonésiennes, le général Moeldoko a rappelé sur l’Archipel une escadrille de chasseurs F-16 alors à Darwin pour un exercice.  Alors que les forces armées australiennes et indonésiennes avaient pour objectif d’accroitre les formes de coopération existantes, et ceci dans l’ensemble des domaines, il s’agit ici d’un coup dur.

Le chef de la police indonésienne a quant à lui déclaré que les forces de l’ordre de l’archipel suspendaient jusqu’à nouvel ordre toute forme de coopération dans le cadre de la lutte contre la criminalité transnationale. Dans cette perspective, la coopération bilatérale existante dans le cadre de la lutte contre les migrants illégaux et les demandeurs d’asiles est totalement suspendue, ce qui n’est pas sans poser de problème de taille, notamment pour Canberra. En effet, Tony Abbott a été élu en prônant une politique agressive à l’égard des flux migratoires illégaux transitant par l’Indonésie. Comme le rappelait récemment un brillant article du New York Times, l’Indonésie est un pays de transit dans lequel les autorités en charge de la lutte contre ces activités illicites sont de manière générale peu impliquées. Si elles le sont, c’est avant tout sous pression de Canberra et par le biais de l’aide au développement capacitaire que l’Australie lui fournit.

Sans le peu d’implication des forces de l’ordre, il y a fort à parier que les flux vont se multiplier dans les semaines à venir. D’autant plus qu’avant cette crise, Jakarta vivait mal les déclarations du gouvernement australien, relayé par les actions de la marine et des douanes australiennes, visant à remorquer les embarcations des migrants jusque dans les eaux indonésiennes. Des tensions avaient alors émergé entre les deux pays, le problème des migrants s’imposant alors comme l’un des thèmes phares de la campagne électorale australienne. Les propositions du gouvernement Abbott incluaient aussi l’achat des embarcations indonésiennes afin d’éviter que ces dernières ne soient utilisées par les réseaux criminels en charge de ces activités de transit illégal.

Pourquoi une telle réaction en Indonésie? 

De telles réactions indonésiennes sont-elles explicables ? De nombreux articles ont été publiés depuis quelques jours, arguant tour à tour de la notion de « face » chère aux civilisations asiatiques, de la politique agressive du gouvernement Abbott à l’égard de l’Indonésie, ou tout simplement du contexte nationaliste à l’orée d’une élection présidentielle de 2014 qui s’annonce être celle de tous les coups bas politiques.

L’ensemble de ces aspects méritent d’être expliciter. La politique menée par le gouvernement Abbott peut s’avérer provocante. Si les deux pays voient leurs liens se renforcer depuis 2002 et les attentats de Bali, il convient de rappeler qu’au sein de la société indonésienne, l’Australie, c’est aussi la nation qui, dans un sens, « força » l’indépendance du Timor, les trafiquants de drogue,  et les faits divers balinais.

Dans le cadre de la coopération sécuritaire, l’Australie est perçue comme l’un des principaux soutiens financiers et capacitaires pour l’unité anti-terroriste de la police indonésienne, le Densus 88. C’est le pays qui propose à l’Indonésie de développer les échanges de renseignements et d’informations afin de lutter contre la criminalité transnationale, mais dans certaines limites. C’est aussi un voisin qui ne cesse de considérer l’Indonésie comme responsable des flux de migrants illégaux a destinations de Christmas Island et d’Ashmore and Cartier, sans pour autant remettre en cause le peu d’investissement dans ce domaine de Singapour et de la Malaisie. L’Australie, vue d’Indonésie, c’est surtout le pays qui accepte d’accueillir des marines américains à Darwin, sans s’intéresser à ce que pense son proche voisin et partenaire indonésien.

l’éternel problème des migrants illégaux ©Joel Van HOUDT

l’éternel problème des migrants illégaux ©Joel Van HOUDT

Dans cette perspective, la campagne menée par le parti libéral australien lors des dernières élections a été fraîchement accueillie par Jakarta. Car si Abbott lui-même reprochait au précèdent premier ministre Julia Gillard une politique étrangère pas assez centrée sur l’Indonésie, il convient de rappeler que dans l’ensemble du programme proposé par son parti pour endiguer les flots de migrants, il n’était que rarement question d’aider l’Indonésie à renforcer ses capacités, mais plutôt de blâmer les forces de l’ordre de l’archipel. Or, depuis l’élection d’Abbott, les actions et déclarations australiennes tendent à détériorer la relation bilatérale entre les deux Etats.

Concernant la notion de « face » (ne pas perdre la face, malu  en indonésien),  sans verser dans aucun culturalisme, existe belle et bien. Elle est présente dans l’ensemble des relations sociales du pays, bien qu’elle soit sans doute moins marquée que dans d’autres pays asiatique. Il n’en demeure pas moins que les exigences relatives aux excuses officielles attendent une réponse. Le pays a déjà perdu la « face » en montrant une certaine incapacité à sécuriser les équipements de communications de ses dirigeants. A cela s’ajoute un président indonésien pour qui l’image fait beaucoup. SBY est en effet très à cheval sur son image, comme ces bientôt 10 ans de présidence ont pu le montrer. Il en est de même pour Ibu Ani, la première dame (comme en témoigne ce clash sur twitter au mois d’octobre dernier).

De plus, cette notion de face peut s’avérer utile en utilisant  l’un des principaux outils de mobilisation du pouvoir indonésien, le nationalisme. Ce dernier est aujourd’hui utilisé à son paroxysme, notamment par un parti démocrate au pouvoir bien empêtré dans des affaires de corruption qui s’annoncent sans fin. La situation est simple, la population indonésienne exprime un certain ras le bol vis-à-vis d’un parti démocrate qui ne peut séduire les masses à l’orée des élections de 2014, du fait de son inactivité et de son implication dans les affaires de corruption. A n’en pas douter, ces révélations viennent aussi à point nommé pour une famille politique qui souhaite conserver le pouvoir et qui se voit attaqué de toute part. D’autant plus que ses principaux détracteurs – notamment les partis Gerindra et Hanura – font du nationalisme et du retour de la grandeur indonésienne leur cheval de bataille. Ainsi, parmi les manifestants devant l’ambassade d’Australie à Jakarta, il était possible de trouver des membres des milices islamistes et des amicales d’anciens militaires et policiers, mais aussi des étudiants. Le parti démocrate va sans doute jouer e cette belle opportunité qui s’offre à lui. Cependant, une chose est certaine : la confiance nécessaire à une bonne relation bilatérale s’avère érodée.

Quel avenir pour la relation bilatérale?

Pour les semaines, voire les mois à venir, la coopération bilatérale sur des sujets aussi importants que la lutte contre la criminalité transnationale risque d’être suspendue. Que penser de ces réactions venues de Jakarta ? Et surtout que penser des moyens et capacités indonésiens en matière de renseignement ?

S’agit-il d’une certaine naïveté indonésienne ou d’un manque de moyens flagrants pour les services de sécurité et de renseignement indonésiens ? Encore récemment, un ancien directeur du BIN, l’agence de renseignement indonésienne, évoquait que contrairement à ce que son ministre des affaires étrangères pouvait déclarer, l’Indonésie avait recours au même type de procédés.

Si, a n’en pas douter, ces services s’avèrent efficace, le gouvernement indonésien a cependant décidé de mettre en œuvre un comité central pour le renseignement, impliquant de nombreux ministères et agences gouvernementales.

Heureusement, comme dans toute crise dans l’Archipel, l’humour indonésien est bel et bien présent, comme en témoigne ce montage diffusé sur les réseaux sociaux au cours des dernières heures.

sby aniOn y voit Ibu Ani demander à son président de mari de lui acheter 20 « Kapal Selam » (littéralement sous-marins, mais aussi une spécialité culinaire indonésienne, en l’occurrence un beignet de poisson que l’on accompagne de sauce soja) chez M. Raden, a coté du vendeur de Soto (soupe de poulet) de Surabaya, pour organiser une réception. Ce à quoi son époux obtempère. La réaction australienne évoquée semble donner deux messages très clairs : il n’y a que peu d’intérêt à écouter les conversations téléphoniques d’Ibu Ani et, surtout, l’Australie semble avoir beaucoup de difficulté à comprendre l’Indonésie, son plus proche voisin, et sans doute le plus important.

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Des Apaches pour l’Indonésie

AH-64E (© helihub.com)

AH-64E (© helihub.com)

La nouvelle est tombée en début de semaine, et l’annonce fut faite par le Secrétaire à la défense américain  Chuck Hagel lui-même lors de sa visite à Jakarta : L’Indonésie va acheter 8 AH-64E Apache. La rumeur qui courait depuis de longs mois est donc confirmée et les Apaches américains accompagnent les chars lourds Leopard allemands, les sous-marins U-209 sud-coréens, les Caesar français et autres MLRS Astros brésiliens, acquis dans le cadre du plan de modernisation des forces armées indonésiennes (MEF, Minimum Essential Force). A l’instar de l’acquisition des Leopard, celle des Apaches commence à faire couler un peu d’encre.

Des Apaches, oui mais pourquoi ?

Rencontre Hagel SBY a Jakarta © JakPost

Rencontre Hagel SBY a Jakarta © JakPost

Le choix indonésien d’acquérir des Apaches, alors que l’aviation légère de l’armée de terre indonésienne dispose de 8 Mi-35 Hind-F (certes, pas le même gabarit) peut poser question. D’autant plus si l’on se fie à la déclaration de Chuck Hagel relative à l’achat de ces hélicoptères de combat. En effet, le Secrétaire à la défense américain parle d’hélicoptère aidant à lutter contre « une gamme de risques, incluant les opérations de lutte contre la piraterie maritime et de surveillance du domaine maritime ». Ce contrat, de 500 Millions de Dollars US inclut aussi la formation des pilotes et équipes de maintenance dans le cadre de la politique de renforcement capacitaire, si chère à Washington.

L'un des MI-35 Hind-F indonésien

L’un des MI-35 Hind-F indonésien

Des Apaches pour des opérations de lutte contre la piraterie maritime ? Cela paraît – à juste titre – quelque peu disproportionné. D’autant plus que ce type d’hélicoptère d’attaque est déjà en service en Indonésie. Notons aussi que pour ce qui est de la surveillance du domaine maritime, l’on est en droit de se demander de la pertinence du choix des Apaches. Un hélicoptère de combat n’est pas fait pour cela, surtout quand on peut disposer à coût moindre d’aéronefs spécialisés.

Airbus Helicopters Panther

Airbus Helicopters Panther

C235Car en effet, l’Indonésie produit – par le biais de PT.DI, le constructeur aéronautique national – des CN-235 et C-295 sous licence. Pis, l’Indonésie exporte ces mêmes aéronefs pour les garde-côtes sud-coréens.  Et si le choix devait se porter sur des hélicoptères, il faut encore rappeler que plus que des Apaches, ce sont des hélicoptères moyens polyvalents qui offrent la meilleure solution, le Panther d’Airbus Helicopters étant sans nul doute la meilleure option à ce jour. Une fois cet usage remis en cause, reste à s’interroger sur l’intérêt réel de Jakarta pour les Apaches qui ressemble, à s’y méprendre, au cas des Léopards…

L’envie de faire comme les autres

Ne nous y trompons pas, si l’Indonésie décide d’acquérir tous ces équipements et matériels militaires, qui peuvent sembler incongrus, c’est avant tout une question de prestige et d’envie. Envie, de ressembler aux forces armées de ses voisins immédiats (Philippines et PNG mises à part), et plus particulièrement de Singapour. Le chemin reste encore long, tant le professionnalisme des militaires n’est définitivement pas le même des deux côtés du détroit (mais il faut tout de même noter du mieux du côté indonésien, ce qui est encourageant). Pour ce qui est des équipements, l’idée est de pouvoir disposer de capacités proches, si ce n’est équivalentes. Pour ce faire, le précédent CEMA indonésien prônait l’acquisition d’équipement ayant connu l’épreuve du feu (combat proven), même si les questions stratégiques n’entraient que peu en compte (comme en témoigne l’achat des Leopard qui seront, il faut le rappeler, basés à Java).

le MV Sinar Kudus escorté par des frégates indonésiennes après sa libération (© Antara)

le MV Sinar Kudus escorté par des frégates indonésiennes après sa libération (© Antara)

La volonté d’acquérir un hélicoptère de combat utilisé pour lutter contre la piraterie est né à la suite du détournement du MV Sinar Kudus au large de la Somalie. A l’époque, bien que l’Etat-Major indonésien ait défendu devant les médias sa gestion de la crise, celle-ci laissa à désirer. Et pris aussi des allures rocambolesques. Il fut ainsi acté que le renforcement capacitaire indonésien devait passer par cette acquisition.

Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit avant toute chose d’une question de prestige. Et dans cette perspective, un vol d’Apaches au-dessus de chars lourds Leopard lors des cérémonies du 5 octobre (anniversaire des forces armées indonésiennes).

La continuité d’une politique américaine basée sur le renforcement des capacités

L’Indonésie a subi un embargo américain dont on ne sait trop a quelle date il fut levé. Pour certains, ce fut en 2005, alors que pour d’autres, c’est bel et bien la visite de Barack Obama en 2010 – l’enfant du pays – qui a permis de renforcer les relations de défense entre Jakarta et Washington.

Discours d'Obama a Universitas Indonesia, novembre 2010.

Discours d’Obama a Universitas Indonesia, novembre 2010.

 

Commémoration lors  du quinzième anniversaire du massacre de Santa Cruz

Commémoration lors du quinzième anniversaire du massacre de Santa Cruz

Il convient de revenir sur le processus des relations américano-indonésiennes dans la crise du Timor. Suite au massacre de Santa Cruz en novembre 1991 – les TNI réagissent alors violement au rassemblement de militants à l’occasion des funérailles d’un indépendantiste (le bilan sera de 250 morts), le Congrès américain décide de suspendre la coopération militaire et sécuritaire avec l’Indonésie – dans le cadre du programme IMET (International Military Education and Training). Cependant, le Pentagon  s’affranchit alors de ces mesures en proposant une formation des forces spéciales indonésiennes – impliquées dans les exactions au Timor – par le biais du Joint Combined Exchange Training (JCET). En 1997, le Sénateur démocrate du Vermont Patrick Leahy dépose un amendement sur le Foreign Assistance Act (loi sur l’assistance à l’étranger) de 1961, resté célèbre depuis. Cet amendement restreint la coopération dans le cadre des questions de lutte contre les trafics et de partenariats de sécurité avec des unités militaires ou civiles si le Secrétaire d’État américain à la preuve formelle de l’implication de ces unités dans des violations des droits de l’homme.

Dès 1998, l’administration Clinton et le Congrès des États-Unis décident d’étendre l’amendement Leahy à l’ensemble des programmes d’aide militaire, amendement qui sera reconduit chaque année depuis. Perçu à partir de 1999 (et l’intervention sous mandat onusien au Timor) comme un embargo sur les armes, l’amendement Leahy est sans aucun doute l’un des tournants de la relation bilatérale américano-indonésienne.

Pour beaucoup d’Indonésiens, l’amendement Leahy a été rédigé dans le but de cibler l’Indonésie, alors qu’il semble que la première cible de Leahy ait été la Colombie. Cependant, les conditions de l’amendement Leahy – qui depuis sa ratification en 2002 tient compte de la situation spécifique de l’Indonésie – sont les suivantes : le gouvernement indonésien doit traduire en justice les membres des forces armées et milices paramilitaires ayant commis des exactions et violé les droits de l’homme ; le gouvernement indonésien doit faire preuve de coopération dans ces enquêtes. Les autres conditions font état du retour des personnes déplacées au Timor ; du libre-accès pour l’ONU et d’autres organisations humanitaires aux zones « disputées » ; et de la libération des prisonniers politiques. L’amendement Leahy insiste sur le fait que le président des États-Unis doit remettre un rapport au Congrès déclarant que le gouvernement indonésien et les forces armées ont satisfait à l’ensemble de ces conditions avant que l’aide militaire ne soit renouvelée.

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De ce fait, dès le début des années 2000, Washington va se retrouver dans l’impossibilité de coopérer militairement avec Jakarta. Des solutions alternatives vont alors être développées, visant un renforcement capacitaire de la police indonésienne, par le biais de formations spécifiques qui, au final, s’inscrivent dans le cadre de la politique d’exportation de la sécurité de Washington.

Concernant l’embargo, il est important de noter que celui-ci fut levé en partie par l’Administration Bush en 2005. A Jakarta, depuis cette date, l’on considère qu’il est possible d’acheter des armes américaines, y compris létales. Pourtant, la situation est plus complexe qu’il n’y parait : si l’Administration Bush avait annoncé la levée totale de l’embargo, il n’en demeure pas moins que les restrictions sur la fourniture d’armes létales ont demeuré au moins jusqu’en 2010. A cette période, l’Administration Obama annonce qu’elle va lever totalement l’embargo sur les armes pour l’Indonésie. Cependant, il semble que le flou demeurait encore en 2012, tant les discours de Washington et de Jakarta sont différents, et tant le Congrès reste seul décisionnaire. L’achat des Apaches, à l’instar du don de F-16, annoncé depuis fin 2011, montre donc une évolution notable dans ce domaine.

ICITAP une forme d'exportation de la sécurité

ICITAP une forme d’exportation de la sécurité

Mais si l’on s’intéresse à une plus longue période, il ne s’agit que de l’évolution logique et prévisible de la politique de coopération sécuritaire menée par Washington à l’égard de Jakarta, et ceci depuis 2000. Une politique basée sur le renforcement capacitaire et l’exportation de la sécurité, s’affranchissant d’étapes préalables dont les thématiques reviennent encore aujourd’hui. A titre d’exemple, entre 2000 et 2011, la coopération militaire et de défense entre les deux pays s’est basée successivement sur la sécurité maritime, la lutte contre le terrorisme maritime (un vieux serpent de mer dans la région) et la sécurisation du domaine maritime. Ainsi, voire Washington présenter l’achat des Apaches comme un moyen de surveillance du domaine maritime et de la lutte contre la piraterie n’est au final, en le prenant avec beaucoup d’ironie, que peu surprenant.

 

Des conséquences pour Washington et ses alliés.

Cet achat va avoir des conséquences, à n’en point douter. Tout d’abord, d’autres acquisitions d’armements et d’équipements vont suivre. Il est question de missiles Javelins depuis plusieurs mois.

Par ailleurs, et c’est sans doute l’un des points essentiels, il y aura des conséquences pour les relations entretenues par Washington et ses alliés de la région. En premier lieu l’Australie. Si les chercheurs du Down Under sont souvent critiqués – à juste titre – dans les pages de ce blog, il convient de noter que ces derniers sont méfiants quant au renforcement capacitaire indonésien. Sans pour autant épouser les thèses délirantes d’un Carlo Kopp – qui envisage dans ses écrits une confrontation entre F/A-18 australiens et Su-30 indonésiens – Canberra peut développer une inquiétude pas forcément légitime, mais qui révèle des classiques anxiétés stratégiques.

Il est ici aussi question d’une confiance et d’un certain prestige. A l’heure où Canberra et Jakarta peine à s’entendre sur la lutte contre l’immigration illégale, il n’est pas certain que ce gage de bonne volonté américain à l’égard de Jakarta soit bien perçu à quelques milliers de nautiques plus au Sud.

Enfin, si la normalisation de la relation sécuritaire américano-indonésienne semble en bonne voie, elle reste encore fragile pour certains de ses aspects. Il faut souhaiter que Jakarta sache faire preuve d’une certaine sagesse dans l’usage de ses nouveaux hélicoptères de combats. Car, à l’instar des sanctions en 1991 et 1999,  il semble normal de s’interroger sur une réaction du Congrès américain en cas de violation des droits de l’homme par des militaires, au hasard, en Papouasie indonésienne.

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Cafe strategique 4 juillet

cgs028_ags_web_xl2Speed Blogging AGS le 4 juillet prochain. Venez rencontrer les bloggeurs (enfin, pas moi, vu que je ne peux faire le déplacement).

Venez débattre et échanger avec
Cidris – Cyberwarfare
Guilhem Penent – De la Terre à la Lune
Sonia Le Gouriellec – Good Morning Afrika
Stéphane Mantoux – Historicoblog
clarisse – les carnets de clarisse
F. de St V. – Mars Attaque
Stent – La Plume et le Sabre
Michel Goya – La voie de l’épée
Olivier Schmitt – War Studies Publications
MGN – Zone d’Intérêt

Quoiqu’il en soit, si vous êtes sur Paris et souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas a passer saluer tout ce beau monde, et en apprendre plus sur http://alliancegeostrategique.org/

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Un mois de juin en Indonésie

Malheureusement, très peu de temps pour publier ici ce mois-ci, voici donc une revue du mois.

L’offensive de charme de Prabowo

ImageL’ancien général reste dans le trio de tête des derniers sondages. Cependant,  sans connaitre les adversaires que vont lui opposer le PDI-P et le Partai Demokrat (PD), rien ne permet aujourd’hui de présager qui sera le prochain président indonésien. Pourtant,  Prabowo, relativement discret dans les médias, parvient à faire parler de lui à chaque occasion. Ainsi, la presse s’est intéressée ces derniers jours aux rencontres qu’a mené l’ancien gendre de Suharto avec des diplomates et a la présence quasi-permanente de son frère, Hashim Djojohadikusumo, richissime homme d’affaires, lors de ces événements.

60.000 agents étrangers en Indonésie

Il y a quelques années – en 2004 – un général indonésien (Ryamizard Ryacudu, Chef d’Etat-Major de l’armée de terre indonésienne de 2002 à 2005) avait déclaré que pas moins de 60.000 agents de renseignement étrangers étaient présents en Indonésie afin – bien sur – de déstabiliser le pays. A la fin du mois de mai dernier, Republika, un quotidien populiste qui tends parfois à épouser les thèses de l’Islam radical, fait sa Une reprenant ce chiffre, suite à une interview d’un porte-parole du ministère de la défense. Ce dernier confirme la présence de nombreux agents de renseignements étrangers sur le sol indonésien, notamment en Papouasie. Selon le gouvernement indonésien, les « agents » se font passer pour des chercheurs, des membres d’ONG et des journalistes.

Le Haze et les responsabilités des uns et des autres

ImageLa pollution atmosphérique a donc atteint des records à Singapour et en Malaisie, dépassant le seuil de 226, record jusqu’alors atteint en 1997. En 2013, l’indice de pollution atmosphérique (Pollutant Standards Index, PSI) a donc dépassé la barrière des 200 pour atteindre l’indice de 401 le 21 juin dernier (un indice a plus de 200 est considéré comme dangereux pour la santé). La cause ? Les feux déclenchés volontairement dans les plantations de Sumatra. Les sociétés exploitants les palmerais (dont l’huile  compose votre pot de Nutella et tant d’autres choses) pratique l’agriculture sur brûlis ; il leur faut donc bruler – par le biais d’incendie illégaux – avant de replanter. Or, plus de 265 incendies pas forcement maîtrisés et démarrés sans autorisation, ça peut créer un gros nuage. Face à ce nuage plus que menaçant, le gouvernement singapourien s’est alors plaint auprès de l’Indonésie, ce qui a déclenché une petite guerre sur les réseaux sociaux. Suivant l’exemple d’Agung Laksono , le  coordinating Minister for People’s Welfare indonésien, qui a demandé à Singapour et Kuala Lumpur de cesser les “enfantillages”, de nombreux chercheurs et politiques indonésiens ont mis en cause la responsabilités des sociétés malaisiennes et singapouriennes, qui contrôlent le marché de l’huile de palme à Sumatra. Pire, ces mêmes sociétés sont celles qui ont obtenus les concessions pour l’exploitation de ces plantations à Sumatra, ce qui est indéniable.

Image S’appuyant sur un article publié par Asia Pacific Viewpoint au mois de décembre dernier, beaucoup ont fait preuve d’un certain manque de discernement, accusant alors la Malaisie et Singapour d’être eux même responsables du Haze. Posture intéressante mais délicate sur le long terme, tant la question de la lutte par les forces de l’ordre indonésiennes contre les « pollueurs » permettait d’être éludée. Mais aussi posture délicate après que le Président indonésien s’excuse auprès de Singapour et de la Malaisie et que le gouvernement indonésien révèle la présence de Sinar Mas et APRIL, deux grands groupes basés à Singapour – mais indonésiens par nature – comme étant impliqués et considérés comme responsables, aux cotes de sociétés malaisiennes et singapouriennes.  Tout aussi paradoxalement, peu a été dit sur l’impact de ce Haze pour les Indonésiens résidant dans la province de Riau. Et l’on a vu peu de personnes en Indonésie s’en soucier, alors que le PSI atteignait tout de même un indice de 491 à Pekanbaru et 492 à Dumai (Sumatra).

Garuda Shield et Carat

ImageL’édition 2013 de l’exercice bilatéral américano-indonésien Garuda Shield s’est déroulée lors de ce mois de juin. Des parachutistes américains du 1st Battalion, 504th Parachute Infantery Regiment de la 82rd Airborne ont participé a des manœuvres conjointes avec leurs homologues indonésiens. Auparavant, à la fin du mois de mai dernier, 1200 marins et marines, 3 bâtiments de combat et un aéronef de surveillance maritime (p-3C Orion) avaient participé à l’exercice CARAT (Cooperation Afloat Readiness And Training) Indonesia 2013. Ces deux exercices ne sont pas, contrairement aux apparences – et à ce que laissent entendre nombre de publications -, une manifestation de la récente stratégie du Pivot asiatique vis-à-vis de l’Indonésie. Au contraire, aussi bien CARAT que Garuda Shield montre que la stratégie américaine en Asie du Sud-est (fondée en grande partie sur la Defense Diplomacy), et plus particulièrement vis-à-vis de l’Indonésie s’inscrit sur le long terme, quelle que soit la couleur politique au pouvoir à Washington. En effet,  CARAT existe depuis 1995 et l’Indonésie y participe depuis 1996. Quant à Garuda Shield, cet exercice a lieu tous les ans depuis 2004.

TNI Act

ImageLe mois de juin a aussi été l’occasion de débats au sein du parlement indonésien sur le projet de loi sur la réserve militaire indonésienne. Cette loi, qui vise à mettre en œuvre un corps de réservistes (fonctionnaires et employés) pose question. Comme l’a fait remarquer l’excellent Tubagus Hasanuddin (PDI-P, vice-président de la commission 1 du parlement, en charge des affaires étrangères et de défense), les effectifs de l’armée indonésienne, la nécessité de moderniser cette dernière et d’améliorer le traitement des militaires, conjugués à l’absence de réelle menace extérieure, rende caduque ce projet. L’ancien général, qui est sans doute l’un des politiciens les plus au fait des questions de défense, n’est donc pas un partisan déclaré de ce projet de loi. D’autres font remarquer que cette force de réservistes pourrait permettre de renforcer le nationalisme et le patriotisme au sein de la population (Susaningtyas Kertopati, membre du parti Hanura). Le problème étant que les compétences de cette chère Susan au sein même de sa commission sont souvent remises en question…

Traité des Nations-Unies sur le commerce des armes : l’abstention de l’Indonésie

Pourtant parmi les premiers promoteurs de ce traité (co-sponsor en 2006), l’Indonésie s’est abstenue de le signer au mois d’avril dernier. Apres avoir évité de répondre aux questions relatives à cette abstention au mois de mai dernier, le gouvernement indonésien a décidé – plus ou moins – de s’expliquer. Selon le ministère des affaires étrangères indonésien, ce traité entre en conflit avec la loi indonésienne sur l’industrie de défense. Cette dernière stipule que Jakarta ne peut acheter des équipements et matériels militaires qu’a des fournisseurs pouvant garantir l’absence d’embargo et l’absence de limitations sur l’usage des matériels et équipements militaires.

Le procès des Kopassus à Yogyakarta : vers la mascarade annoncée ?

Le procès des membres KImageopassus impliqués dans l’attaque de la prison de Cebongan a débuté. Et sans surprise (sauf pour les reporters et chercheurs australiens, qui sont censés être parmi les meilleurs connaisseurs du pays, mais qui ne cessent de surprendre par leur candeur et leur naïveté) les manifestations de soutien aux membres des forces spéciales se sont multipliées. Il convient ici de ne pas oublier que moins de 24 heures après l’assaut de la prison, les banderoles commençaient à fleurir ici et là, apportant leur soutien à l’éradication des premans (voyous). Le procès, qui s’est ouvert pour les 12 membres des forces spéciales indonésiennes le 20 juin dernier, a d’ores et déjà été perturbé par les manifestations de soutien. Pour l’occasion, un groupe qui se fait nommé l’Alliance de la Société Civile contre la Propagande Droits de L’hommiste (Aliansi Masyarakat Sipil Tolak Intervensi Propaganda Kebebasan HAM : véridique !) s’en est donc pris aux membres de KOMNAS HAM, la commission nationale de défense des droits de l’homme. Par ailleurs, un célèbre avocat indonésien – OC Kaligis – a lui aussi apporté son soutien aux Kopassus. Les peines encourues par les membres des forces spéciales indonésiennes jugés par ce tribunal militaire vont de 20 ans de réclusion à la peine capitale. Cependant, nombreux sont les observateurs qui pronostiquent sur une peine de 5 à 10 ans.

Et Prabowo dans tout ça ? Il est intéressant de rappeler que l’ancien chef des Kopassus avait déclaré au mois d’avril, alors interrogé sur le sujet, que « les Kopassus ne parlent que d’une seule voix ». Il avait alors  demandé à la société civile indonésienne de ne pas « blâmer ces derniers ».

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Cafés stratégiques

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La nouvelle édition des Cafés stratégiques se tiendra le jeudi 13 juin. Pour plus d’infos, voir le flyer joint.

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Café Stratégique le 16 mai

 

Notre 25e Café stratégique AGS recevra Claire ARENES, doctorante à l’université Paris III – Sorbonne Nouvelle,

sur le thème de « community policing (ou « police orientée vers la communauté ») et lutte contre le jihadisme »


le jeudi 16 mai 2013, de 19 à 21h.

Venez écouter, débattre, questionner…

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Café Le Concorde,
239 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris

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••••••••••••  Cafés stratégiques AGS • Souvent copiés, jamais collés  ••••••••••••

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