Elections indonésiennes : premiers commentaires sur le scrutin

Alors que les médias – notamment français – annonce en grande pompe une victoire de l’opposition indonésienne aux élections législatives, il semble intéressant de nuancer et d’analyser ces premières projections.

Projections au soir des élections

Projections au soir des élections

 

1/ La « victoire » du PDI-P aux législatives

Le score du PDI-P (entre 18 et 19%) est bel et bien loin des attentes du parti. Ce dernier escomptait que l’effet « Jokowi » (voir billet précédent) lui permette d’obtenir un minimum de 25% des suffrages, voire pour les plus optimistes – parmi lesquels nos chers journalistes français en Indonésie.  Force est de constater que ce score de moins de 20% – s’il vient à être confirmé et entériné – va rendre très difficile la tâche du PDI-P qui va donc devoir composer avec d’autres partis afin de monter une coalition. D’aucuns argueront que cette coalition aurait été nécessaire quel que soit le résultat des législatives, ce qui est exact. Cependant, le poids politique du PDI-P sera bien moindre si le résultat du parti se maintient à moins de 20%.

2/ les scores des partis islamiques

Ce qui a marqué le scrutin aux yeux de certains observateurs – et pas les meilleurs, Le Monde en tête –  serait les scores « élevés » des partis islamiques. Le problème est comme toujours, un manque de recul de la presse à ce sujet. Le contexte électoral indonésien est le suivant : les partis en présence sont passés de 38 en 2009 à 12 en 2014. Par ailleurs, un parti comme le PKB obtient un peu moins de 9% car son candidat à la présidentielle n’est autre que le roi de la chanson populaire (edit: et grâce au soutien que représentante la base de NU en Indonésie)…Au final, les partis islamiques joueront comme toujours un rôle important dans la constitution des coalitions. Il n’en demeure pas moins que leur influence politique  réelle – et non pas médiatique – sera limitée.

3/ Un parti au pouvoir qui s’en sort finalement plutôt bien

Tout le monde attendait un faible résultat pour le parti démocrate, le parti au pouvoir depuis 2004. Au final, certaines projections le place autour des 10%, en quatrième position. C’est moitié moins que ce qui fut obtenus en 2009. Entre temps, une politique générale plutôt décevante et surtout une multitude d’affaires de corruption ont entaché la réputation du parti. Ce qui explique aussi ce score, c’est l’absence d’idéologie au sein même de ce parti, construit sur l’image du président SBY. Alors que celui-ci ne pouvait briguer un nouveau mandat. Face à ces trois critères, c’est toute la structure du parti – qui n’a toujours pas désigné son candidat aux présidentielles – qui s’est effondrée. Cependant, le PD a reconnu sa défaite et a annoncé », par le biais de SBY, qu’il pourrait participer aussi bien au gouvernement qu’à l’opposition, illustration s’il en  est de la volatilité politique indonésienne.

Commentaires des dirigeants de Partis./ Coalition, mais avec qui?

Commentaires des dirigeants de Partis./ Coalition, mais avec qui?

 

4/Des scores qui reflètent la diversité de l’Indonésie

Les projections disponibles ont déçu les amateurs de sondage et autre enquête d’opinion. Ces derniers, réalisés par des instituts qui n’en demeurent pas moins sérieux (CSIS, LSI, etc) ont une fois de plus prouvé que l’Indonésie n’est pas un ensemble homogène. De Sabang à Merauke, la distance est supérieure à celle entre Londres et Bagdad. On comprendra alors que la perception de la politique et des partis peut-elle aussi être très hétérogène.

En témoigne la perception très jakartanaise de ces instituts et des correspondants de presse. Une perception qui n’est pas biaisée pour la capitale indonésienne et son immédiate proximité. A titre d’exemple, le score du Golkar, en deuxième position au niveau national selon les projections disponibles. Ce même Golkar, qui était perçu à la dérive à jakarta – ce qui fut le cas – réalise un score d’ampleur dans le reste du pays.  Ce n’est donc pas le raz de marée du PDI-P, comme prévu à Jakarta, mais bel et bien un équilibre plus subtil qui est en train de se dessiner.

 

5/ les grands gagnants de l’élection

Au final, qui sont les grands gagnants de cette élection, si les projections se confirment ? Au sein même du PDI-P, Megawati a sans doute remporté une victoire face à la base et aux cadres de son parti. Après avoir cédé à ceux qui ne voulaient que Jokowi comme candidat à la présidence, Megawati a rappelé aux cadres que seuls ces derniers porteraient la responsabilité d’un échec.  Or, la victoire du PDI-P est en demi-teinte, voire n’en est pas une. A moins de 20%, le PDI-P va devoir composer une coalition dans laquelle il sera majoritaire. Il devra cependant composer avec d’autres partis dans une situation bien moins confortable que celle prévue jusqu’alors. A n’en pas douter, Megawati rappellera aux cadres du parti sa mise en garde et conservera un poids politique supérieur aux prévisions dans le cadre des négociations visant à former une coalition.

L’autre grand gagnant, c’est Prabowo. En arrivant en troisième position, Gerindra va pouvoir proposer au plus offrant une coalition. Et surtout, Prabowo va pouvoir pousser le PDI-P à s’allier à ses côtés. Si ce dernier refuse, Gerindra pourrait toujours se rapprocher du Golkar. Considéré par de nombreux observateurs comme hors de la course suite, à l’investiture de Jokowi, Prabowo semble aujourd’hui dans une position de force.

 

6/ petit commentaire sur les correspondants de presse français en Indonésie, si ces derniers lisent ce blog (ce dont je doute)

 

Le problème de la presse française lorsqu’elle traite de l’Indonésie est sans doute son jakartanisme. Tout ce qui se passe à Jakarta est considéré comme étant la réalité du terrain pour l’ensemble de l’Indonésie. Les limites de ce jakartanisme ont été amplifiées par une méconnaissance totale du vote et des traditions électorales indonésiennes. Au final, qu’il s’agisse de M. Pomonti – et de son article plein d’entrain pour Jokowi  dans Slate - ou celui de M. Messina dans Le Monde qui confond les mandats de Jokowi à Solo et à Jakarta témoignent de cette connaissance superficielle de la politique – et de la vie – indonésienne, au-delà de Jalan Gatot Subroto (le périphérique jakartanais). c’est parfois décevant, comme dans le cas de M. Pomonti, dont les textes avaient accompagné un magnifique ouvrage sur Aceh. C’est souvent désolant, comme cet article du blog Coucou Ibu, dont les deux contributrices sont des "journalistes" dont les maigres contributions consistent dans la traduction de dépêche, sans aucune valeur ajoutée.

C’est un peu le mal du journalisme français en Indonésie. Soit de la traduction de dépêche, soit la "rue89ification" poussée à son extrême, où le "je"l’emporte sur le contexte, ou en d’autres termes, comment ne pas regarder l’actualité et les faits, mais apercevoir ces derniers derrière soi, à la manière d’un selfie.

N.B.: les dernières estimations font état d’une abstention à plus de 30%. Ce chiffre doit encore être confirmé.

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Élections 2014 : Jokowi, la fin d’un faux suspense

La nomination du très populaire gouverneur de Jakarta comme candidat à la présidentielle a mis fin aux spéculations qui couraient depuis plus d’un an. Son parti, le PDI-P, n’a pu que se résoudre à le choisir et a annoncé spectaculairement sa décision vendredi dernier.

Breaking News de Metro TV pour annoncer la candidature de Jokowi. © AR

Ce dimanche 16 mars a marqué le lancement officiel de la campagne pour les élections législatives qui auront lieu en Indonésie le 9 avril prochain. Depuis quelques semaines déjà, les villes et villages de l’archipel se sont vus abondamment parés des couleurs des partis en présence, pour une campagne dont l’enjeu principal est de se compter pour définir ensuite les alliances en vue de l’élection présidentielle de juillet. La constitution indonésienne interdit en effet au Président sortant Susilo Bambang Yudhoyono de prétendre à un troisième mandat, et l’Indonésie aura donc quoi qu’il arrive un nouveau président à sa tête.

Le jeu semble encore assez ouvert, et les tractations entre partis et en leur sein même vont bon train depuis de nombreux mois, présupposant çà et là des alliances à géométrie variable pour l’emporter. Deux candidats font depuis quelques mois déjà figure de favoris. L’ancien commandant des Forces Spéciales et ex-gendre du dictateur déchu Suharto, PrabowoSubianto, 62 ans, dispose d’un parti à sa main, Gerindra (Great Indonesia Movement Party) après longtemps avoir appartenu au Golkar, le parti suhartiste. Il a annoncé son intention de concourir dès 2011. Lié aux milieux des affaires et à l’armée, il incarne un type d’homme politique relativement classique dans le paysage politique local. Face à lui, a émergé sur la scène politique nationale, Joko Widodo, dit Jokowi, 52 ans. Celui que certains n’ont pas hésité à surnommer le « Obama de Jakarta » a connu en quelques années une ascension éclair. Élu maire de Solo (Java Central) en 2005 sous l’étiquette PDI-P (Parti démocrate indonésien du combat), cet entrepreneur musulman dans le secteur du meuble a vite su attiré les projecteurs sur sa ville natale, en y développant le tourisme et réinvestissant sa dimension culturelle. Bénéficiant d’une image d’homme simple, pragmatique, faisant campagne au plus près du peuple, le Javanais n’a pas tardé à être remarqué par les médias qui en ont rapidement fait leur coqueluche, faisant souffler un vent de fraîcheur sur un paysage politique quelque peu sclérosé dans la jeune démocratie. Adepte des « coups médiatiques », il a par exemple fait à la fin 2011 la Une de tous les médias du pays en se rendant personnellement au bureau de la Compagnie nationale d’électricité qui avait coupé le courant à sa ville pour un retard de paiement. Dans une mise en scène calculée, muni de milliers de petites coupures et de pièces, il a fait sensation en s’acquittant des près de 9 millions de roupies dues (environ un million $) devant les caméras et les objectifs de tout l’archipel.

Qualifié de « néo-populiste » par ses détracteurs pour ses méthodes, il s’est ensuite lancé à l’assaut de Jakarta, poussé par un mouvement d’opinion dont les médias se sont à nouveau fait l’écho…ou l’inverse. La plus grande ville d’Asie du Sud-Est connaît en effet des problèmes dantesques de circulation, de pollution et d’inondations régulières, et les inégalités entre ses habitants sont criantes, comme dans de nombreux pays en développement. Allié au Sino-indonésien Ahok comme colistier, il est parvenu à devenir gouverneur du « gros durian » en septembre 2012 au terme d’une campagne très disputée. Appliquant à la capitale les méthodes de communication qui lui ont réussi à Solo, on l’a régulièrement vu déambuler (blusukan) dans les faubourgs les plus déshérités de la ville, allant à la rencontre des habitants, vêtu simplement…comme pour mieux souligner le contraste avec la classe politique affairiste et réputée corrompue du pays.

Dès lors, il n’est pas surprenant que son nom ait circulé comme un bruit de plus en plus insistant pour la présidentielle de cette année. Depuis presque un an déjà, des sondages réguliers le donnent gagnant, face à l’ensemble des prétendants déclarés ou putatifs.

Megawati lit la déclaration manuscrite nominant Jokowi comme candidat à l’élection présidentielle. © Jakarta Post

Cependant, Jokowi n’est pas chef de son parti, le PDI-P. Ce dernier, qui assume une ligne vaguement social-populiste et nationaliste, en plus du Pancasila, comme tous les partis du pays, est dirigé par Megawati Sukarnoputri, la fille du père de l’indépendance Sukarno, elle-même chef de l’Etat entre 2001 et 2004 suite à la destitution d’Abdurrahman Wahid. Battue ensuite à deux reprises en 2004 et 2009, il se murmure que « Mega » se voyait bien y retourner malgré ses 67 ans et le fait que les Indonésiens ne voient plus en elle une personnalité d’avenir. Une tentative également avortée semble avoir eu lieu pour positionner sa propre fille, Puan Maharani, quarante ans, comme candidate, dans un schéma dynastique bien connu en Asie du Sud-Est. Harcelée de questions depuis des mois pour savoir si elle accorderait le soutien du parti à Jokowi, elle n’a cessé de vouloir gagner du temps dans l’espoir semble-t-il de préserver les chances de son propre clan, indiquant que le candidat ne serait désigné qu’après les législatives. Cette stratégie s’est au final retournée contre elle, contribuant à alimenter l’image d’un vieux parti, où l’appareil ne laissait pas sa chance à son principal talent. Dès lors, « IbuMega » s’est résolu à accorder sa confiance à Jokowi pour porter les couleurs du parti à la présidentielle. L’annonce surprise en a été faîte ce vendredi 14 mars, dans une mise en scène à la soviétique, où une déclaration manuscrite lue par sa fille Puan Maharani annonçait le choix de la fille de Sukarno. Toutes les télévisions du pays étaient alors en « breaking news » pour montrer l’importance de l’événement qui signe en effet le début de la période active de la campagne électorale. Si le calendrier semble s’être accéléré, de nombreuses interrogations demeurent en suspens quant à la stratégie qu’adoptera le désormais candidat Jokowi. Outre les règles électorales spécifiques à l’Indonésie qui impose à un parti de détenir au moins 20% des 560  sièges de l’Assemblée pour présenter un candidat à la magistrature suprême, l’attention des observateurs se reportent désormais sur les alliances à venir entre les partis, et notamment la formation des tickets. A l’instar des Américains, les Indonésiens élisent en effet un Président et un Vice-Président. Ceux-ci sont en revanche issus généralement de deux partis différents représentant la coalition qui se propose de diriger le pays. Pour Jokowi, les noms de l’ancien Vice-Président Jusuf Kalla, du vice-gouverneur de Jakarta « Ahok » circulent aux côtés de ceux de Puan Maharani, ou même…Prabowo Subianto. Il est dans tous les cas difficile d’établir des conjectures avant le résultat des législatives du 9 avril qui seront déterminants pour la suite de la compétition.

Finally, Jokowi Declares Bid for Presidency

Jokowi embrassant le drapeau merah putih suite à l’annonce de sa nomination. © en.tempo.com

Ses adversaires mettent en avant son maigre bilan à Jakarta, notamment en termes de transports, axe central de sa campagne d’alors, et sa relative inexpérience. Beaucoup s’interrogent également quant à la déclaration tardive du candidat, alors que les tractations vont déjà bon train entre les autres formations depuis plus de six mois, sur fond de présidence agonisante de Susilo Bambang Yudhoyono, minée par les scandales de corruption.

Les marchés semblent en revanche avoir choisi leur candidat, la bourse de Jakarta clôturant en hausse de 3,2% ce vendredi suite à l’annonce de candidature.

JKW4P, ou "Jokowi for President", nouvel hashtag populaire sur Twitter. ©beritabali.com

L’analyse de Darisinikesana sur le phénomène Jokowi et les candidats à la vice-présidence.

Une perception jakartanaise des choses

Sans nul doute, Jokowi bénéficiera au cours de la campagne du soutien sans faille du PDI-P. Cependant, à la suite de l’annonce de la candidature de la nouvelle égérie de la politique indonésienne, Megawati – la chef du parti – a décidé de rappeler aux cadres du PDI-P qu’elle a accepté leur décision de nommer Jokowi mais qu’elle considérera les cadres comme responsables si Jokowi n’est pas élu. Une façon pour la fille du père de l’indépendance de se préserver elle aussi une porte de sortie en cas d’échec.

Car si tous les voyants sont aux verts pour Jokowi, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit avant toute chose d’un soutien jakartanais. Or, de Subang à Merauke, l’Indonésie est belle et bien un ensemble complexe et distinct. Ici ou là, le Golkar, les partis islamistes, mais aussi Hanura et Gerindra recevront de forts soutiens. De la part de générations habituées à voter pour un parti plutôt que pour son porte-drapeau. Mais aussi de la part de votants qui pour certains ne cessent de regretter le temps passée de l’Ordre Nouveau (1967-1998). Ce qui peut être perçu depuis Paris, Londres, Canberra et Washington comme un déni de démocratie puise ses sources dans un mal-être plus profond, celui de la décentralisation. Cette dernière, qui accompagna – voir illustra mieux que toute autre réforme – la transition démocratique, est aujourd’hui très critiquée. Elle a en outre surdéveloppé les niveaux de pouvoirs et, par extension, la corruption. Ainsi, comme se plaît à le répéter l’historien Kevin O’Rourke, « l’Indonésie démocratique peut être comprise si l’on y appose la grille de lecture de l’Occident médiéval ». Ce même observateur conseille vivement a tout chercheur de relire Marc Bloch, pour comprendre comment les fonctionnaires indonésiens achètent leurs charges, tels les vassaux du Moyen Age, et doivent par la suite rembourser la mise de départ. Dans cette perspective, des personnalités fortes telles que Surya Palo pour le Nasdem, Wiranto pour Hanura ou encore Prabowo, sont susceptibles de séduire une large frange de la population.

La dangereuse question des alliances

Comme exposé plus haut, il convient de noter que si la candidature de Jokowi va changer la donne, elle n’en demeure pas moins suspendue aux résultats des élections législatives. Suivant ces dernières, le PDI-P décidera de s’allier à un autre parti et formulera un ticket avec un vice-président. À n’en pas douter, les habituels opportunistes ont déjà commencée à mener des tractations avec le PDI-P. Parmi eux, l’ancien VP Jusuf Kalla, le ministre coordinateur pour les affaires économiques et dirigeant du PAN Hatta Rajassa et l’inénarrable Mafhud MD, ancien président de la cour suprême indonésienne. Jusuf Kalla porte en lui tout le sel de la politique indonésienne : pluraliste, il soutient dans son fief de Sulawesi des mouvances radicales que l’on sait aujourd’hui liées à une affaire de trafic d’explosif vers les Philippines. JK ayant une revanche à prendre sur son précédent parti, le Golkar, il a d’ores et déjà annoncé qu’il attendait le résultat des législatives pour se prononcer.

Jusuf Kalla, vice-président entre 2004 et 2009, en piste pour un nouveau mandat ? © Wikipedia

Hatta Rajassa symbolise lui aussi cette classe politique avide de pouvoir et opportuniste au possible. En mariant sa fille avec le fils de SBY, le président sortant, il a scellé une alliance que peu au sein du PAN goûte aujourd’hui. Déclarant tour à tour être candidat à la VP aux côtés de Jokowi et/ou du parti démocrate, Hatta a réussi à se désolidariser de la vieille garde de son propre parti, en laissant l’accès aux postes de responsabilités de Muhammadiyah à des membres du PKS, autre parti musulman et à des célébrités de seconde zone, afin de rechercher un soutien populaire.

Mafhud MD a tout d’abord proposé au parti démocrate, actuellement leader de la coalition au pouvoir, de se présenter sous ses couleurs. En apprenant qu’une primaire serait organisée, l’ancien chef de la cour suprême a finalement refusé de concourir. Il a par la suite proposé ses services au PKB, le parti de feu le président Gus Dur (1999-2001). Cependant, les cadres du parti ont préféré soutenir la candidature de l’auto-proclamé King of Dangdut – chanson populaire indo-malaise – Rhoma Irama. Après cet affront de taille, il ne fait nul doute qu’une fois les législatives passées, Mafhud proposera à Jokowi un ticket gagnant.

Reste alors l’alliance qui paraissait la plus probable. En vertu d’un accord « secret », PDI-P et Gerindra devaient concourir ensemble cette année. Après le soutien apporté par Gerindra à Jokowi dans le cadre des élections au poste de gouverneur de Jakarta en 2012, tout le monde s’attendait à un tel ticket, qui risque de ne pas voir le jour. En effet, à l’annonce de la candidature de Jokowi à la présidence ce vendredi, Prabowo Subianto s’est empressé de dénoncer le non-respect de cet accord par le PDI-P. Ce qui pourrait au final poser un problème pour la candidature de Jokowi. En effet, si le gouverneur de Jakarta rempli l’une des conditions en étant Javanais, il n’est pas un ancien militaire. Or, l’expérience semble montrer que si l’on veut accéder au pouvoir dans la troisième démocratie du monde, il faut être soit même militaire ou être accompagné d’un VP ayant servi sous les drapeaux.

Joko Widodo et Prabowo Subianto, au temps de l’alliance pour conquérir Jakarta. © politik.kompasiana.com

Le poids de l’armée

Les militaires indonésiens ne disposent pas du droit de vote. Ils ont par ailleurs perdu les sièges au parlement dont ils disposaient sous Suharto. Beaucoup ne voient plus les forces armées comme étant un acteur déterminant de la politique indonésienne. C’est une erreur communément admise et que la communauté des journalistes étrangers en Indonésie ne cesse de relayer. En effet, si le temps de la DwiFungsi(double fonction) est bel et bien fini, les militaires ne cessent d’influencer la politique du pays. Présents partout mais discrets, ils disposent des liens et réseaux indispensables.

Dans un contexte régional ou les anxiétés stratégiques ne cessent de croître, et ou l’Indonésie a amorcé une modernisation de ses forces armées, un ticket électoral sans militaire à bord poserait problème. Gus Dur, mais aussi Megawati (2001-2004) ont essayé de faire sans et n’ont pu tenir. Pour rappel, lorsque l’armée encercle le palais présidentiel en 2001, les canons des blindés sont tournés vers ce dernier et non vers la foule. L’erreur est de penser qu’aujourd’hui, le poids de l’armée est insignifiant dans la politique indonésienne. Encore récemment, ce ne sont pas les déclarations du ministre des affaires étrangères ou du président indonésien qui ont marqué les relations avec l’Australie, mais celles du Chef d’État-Major des Armées.

Le PDI-P peut cependant compter sur des personnalités comme Tubagus Hassanudin, ancien général. Mais cela suffira t’il face à des forces armées qui voient – à juste titre – en Jokowi un candidat n’ayant aucune expérience et connaissance des affaires étrangères et des questions de défense et de sécurité ? Il semble acquis que le plus gros du combat viendra pour le PDI-P à la suite des électionslégislatives. Il s’agira alors de bien choisir un VP qui réponde aux aspirations nationalistes indonésiennes, pas vraiment visible dans l’upper middle class jakartanaise mais si diffuse et prégnante dans le reste de l’Indonésie…

Cet article est le fruit d’une collaboration avec le bloggeur Soekarnaud.

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Indonésie – Australie : une crise diplomatique d’ampleur

Après l’Europe, c’est au tour des relations diplomatiques en Asie de se voir perturbées par les révélations relatives à l’affaire Snowden. En Indonésie, le pouvoir s’est d’abord tourné vers Washington. Puis, par le biais d’un article du Guardian, c’est maintenant Canberra qui subit le courroux de Jakarta. Ce qui semblait être au premier abord une crise diplomatique légère s’avère prendre des proportions alarmantes au fil des jours. En moins d’une semaine, l’Indonésie a rappelé son ambassadeur en Australie et décidé de suspendre une grande partie des programmes de coopération existants entre les deux pays. A ceci s’ajoute les faux pas successifs de la nouvelle administration australienne.

Le président indonésien Yudhoyono et le Premier ministre australien Abbott

Le président indonésien Yudhoyono et le Premier ministre australien Abbott

Les faits

Tout a débuté par  des articles d’ABC australia et du Guardian Australia, faisant état de tentative d’écoutes téléphoniques en 2009 du président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono (SBY) et de son entourage, par l’Australian Signals Directorate (ASD). Le document transmis aux médias australiens par Edward Snowden détaille la procédure des écoutes menées par l’agence de renseignement australienne, avec de nombreux détails.  Ainsi, aurait été écouté le président indonésien SBY, son épouse Ani Yudhoyono, le VP Boediono, le précédent VP Jusuf Kalla, l’actuel ambassadeur indonésien à Washington (et admirateur du président ) Dino Patti Djalal, le ministre coordinateur pour les affaires de sécurité Widodo et l’actuel ministre coordinateur pour les affaires économiques Hatta Rajasa. Le document publié par la presse australienne fait état d’une écoute s’étant déroulée sur une quinzaine de jours au cours de l’année 2009.

Les documents révélés par le Guardian © Guardian
Les documents révélés par le Guardian © Guardian

Les documents révélés par le Guardian © Guardian

Les documents révélés par le Guardian © Guardian

La réaction indonésienne ne s’est bien sûr pas fait attendre, menée par Marty Natalegawa, le ministre des affaires étrangères indonésien. Marty, déjà échaudé par la politique mise en œuvre par le nouveau gouvernement indonésien (cf. infra) a demandé des explications au Premier ministre australien Tony Abbott. Déclarant que l’Australie était coupable par ces actes de violation de la vie privée et des droits de l’homme, Marty s’est montré particulièrement virulent à l’égard du gouvernement australien. Ce dernier, a répondu par l’intermédiaire du Premier ministre Tony Abbot et de la ministre des affaires étrangères Julie Bishop, arguant que « tous les pays collectent du renseignement et tous les pays savent que les autres pays  font de même », ajoutant aussi que « le gouvernement australien utilise l’ensemble des ressources à sa disposition, ceci incluant des informations permettant d’aider [nos] alliés, et non pas de les blesser ».

Dans la guerre des déclarations, c’est encore Marty qui a surpris en répondant aux commentaires de Tony Abbott, arguant que l’Indonésie, elle,  « ne collecte pas de renseignement » sur les autres pays. Libre à chacun de croire ou non dans la teneur de la déclaration du ministre des affaires étrangères. Il convient cependant de noter que si l’Indonésie a demandé des excuses officielles de Canberra, Jakarta ne s’est pas arrêté là. En effet, l’ambassadeur indonésien en Australie a été rappelé à Jakarta, alors que le gouvernement indonésien a annoncé en milieu de semaine la suspension de nombreux programmes relatifs à la coopération bilatérale. Ainsi, Jakarta a décidé de rappeler les chasseurs F-16 actuellement en Australie pour un exercice bilatéral et d’annuler les prochains exercices de ce type. Il en est de même pour la coopération visant à lutter contre l’immigration illégale (transitant en Indonésie et à destination de l’Australie, cf. infra). Ces décisions, à effet immédiat tendent à démontrer du sérieux de la crise diplomatique actuelle.

Comme si cela ne suffisait pas, c’est maintenant Mark Textor,  un proche conseiller de Tony Abbott qui a décidé de rajouter de l’huile sur le feu, par un tweet dans lequel il décrit  le fougueux Marty comme un « mec qui ressemble à un acteur de porno philippin des années 1970 ».  Enfin, jeudi 21 novembre 2013, 200 personnes ont manifesté devant l’ambassade australienne de Jakarta afin de demander des excuses officielles de la part du gouvernement Abbott, tout en brûlant des drapeaux australiens. Quelques heures auparavant, Canberra avait officiellement émis un avertissement aux voyageurs australiens se déplaçant en Indonésie.

Les réactions indonésiennes peuvent sembler démesurées. Il convient alors de remettre ces dernières dans le contexte récent de la relation bilatérale entretenue par Canberra et Jakarta,  mais aussi dans le contexte national indonésien.

Impact(s) direct(s) sur la relation bilatérale 

Les relations entretenues par les deux pays sont importantes, voire essentielles, et ceci dans différents secteurs. D’un point de vue économique, il convient de rappeler que les échanges commerciaux entre les deux pays sont évalués à environ 11 milliards de dollars US par an, l’Indonésie étant un importateur majeur de produits issus de l’agriculture et de l’élevage. Alors que Jakarta s’apprêtait à acheter un million d’hectares en Australie, afin d’élever sur place le bétail nécessaire à l’approvisionnement de l’archipel, ce projet semble être mis en suspens. Cette solution permettrait à terme de lutter contre l’inflation galopante que connait l’Indonésie sur les produits alimentaires. Pour ce faire, Jakarta poursuit tout de même ses importations de bétail vivant depuis l’Australie. Mais le ministre du commerce indonésien, Gita Wirjawan, a demandé au parlement de revoir au plus vite le corpus législatif relatif à ces échanges, afin de favoriser à l’avenir l’importation de bétail vivant depuis d’autres pays (dont le Brésil).

Si le secteur économique voit dans ces tensions diplomatiques une menace, la coopération sécuritaire est quant à elle suspendue. Ainsi, le Chef d’Etat-Major des armées indonésiennes, le général Moeldoko a rappelé sur l’Archipel une escadrille de chasseurs F-16 alors à Darwin pour un exercice.  Alors que les forces armées australiennes et indonésiennes avaient pour objectif d’accroitre les formes de coopération existantes, et ceci dans l’ensemble des domaines, il s’agit ici d’un coup dur.

Le chef de la police indonésienne a quant à lui déclaré que les forces de l’ordre de l’archipel suspendaient jusqu’à nouvel ordre toute forme de coopération dans le cadre de la lutte contre la criminalité transnationale. Dans cette perspective, la coopération bilatérale existante dans le cadre de la lutte contre les migrants illégaux et les demandeurs d’asiles est totalement suspendue, ce qui n’est pas sans poser de problème de taille, notamment pour Canberra. En effet, Tony Abbott a été élu en prônant une politique agressive à l’égard des flux migratoires illégaux transitant par l’Indonésie. Comme le rappelait récemment un brillant article du New York Times, l’Indonésie est un pays de transit dans lequel les autorités en charge de la lutte contre ces activités illicites sont de manière générale peu impliquées. Si elles le sont, c’est avant tout sous pression de Canberra et par le biais de l’aide au développement capacitaire que l’Australie lui fournit.

Sans le peu d’implication des forces de l’ordre, il y a fort à parier que les flux vont se multiplier dans les semaines à venir. D’autant plus qu’avant cette crise, Jakarta vivait mal les déclarations du gouvernement australien, relayé par les actions de la marine et des douanes australiennes, visant à remorquer les embarcations des migrants jusque dans les eaux indonésiennes. Des tensions avaient alors émergé entre les deux pays, le problème des migrants s’imposant alors comme l’un des thèmes phares de la campagne électorale australienne. Les propositions du gouvernement Abbott incluaient aussi l’achat des embarcations indonésiennes afin d’éviter que ces dernières ne soient utilisées par les réseaux criminels en charge de ces activités de transit illégal.

Pourquoi une telle réaction en Indonésie? 

De telles réactions indonésiennes sont-elles explicables ? De nombreux articles ont été publiés depuis quelques jours, arguant tour à tour de la notion de « face » chère aux civilisations asiatiques, de la politique agressive du gouvernement Abbott à l’égard de l’Indonésie, ou tout simplement du contexte nationaliste à l’orée d’une élection présidentielle de 2014 qui s’annonce être celle de tous les coups bas politiques.

L’ensemble de ces aspects méritent d’être expliciter. La politique menée par le gouvernement Abbott peut s’avérer provocante. Si les deux pays voient leurs liens se renforcer depuis 2002 et les attentats de Bali, il convient de rappeler qu’au sein de la société indonésienne, l’Australie, c’est aussi la nation qui, dans un sens, « força » l’indépendance du Timor, les trafiquants de drogue,  et les faits divers balinais.

Dans le cadre de la coopération sécuritaire, l’Australie est perçue comme l’un des principaux soutiens financiers et capacitaires pour l’unité anti-terroriste de la police indonésienne, le Densus 88. C’est le pays qui propose à l’Indonésie de développer les échanges de renseignements et d’informations afin de lutter contre la criminalité transnationale, mais dans certaines limites. C’est aussi un voisin qui ne cesse de considérer l’Indonésie comme responsable des flux de migrants illégaux a destinations de Christmas Island et d’Ashmore and Cartier, sans pour autant remettre en cause le peu d’investissement dans ce domaine de Singapour et de la Malaisie. L’Australie, vue d’Indonésie, c’est surtout le pays qui accepte d’accueillir des marines américains à Darwin, sans s’intéresser à ce que pense son proche voisin et partenaire indonésien.

l’éternel problème des migrants illégaux ©Joel Van HOUDT

l’éternel problème des migrants illégaux ©Joel Van HOUDT

Dans cette perspective, la campagne menée par le parti libéral australien lors des dernières élections a été fraîchement accueillie par Jakarta. Car si Abbott lui-même reprochait au précèdent premier ministre Julia Gillard une politique étrangère pas assez centrée sur l’Indonésie, il convient de rappeler que dans l’ensemble du programme proposé par son parti pour endiguer les flots de migrants, il n’était que rarement question d’aider l’Indonésie à renforcer ses capacités, mais plutôt de blâmer les forces de l’ordre de l’archipel. Or, depuis l’élection d’Abbott, les actions et déclarations australiennes tendent à détériorer la relation bilatérale entre les deux Etats.

Concernant la notion de « face » (ne pas perdre la face, malu  en indonésien),  sans verser dans aucun culturalisme, existe belle et bien. Elle est présente dans l’ensemble des relations sociales du pays, bien qu’elle soit sans doute moins marquée que dans d’autres pays asiatique. Il n’en demeure pas moins que les exigences relatives aux excuses officielles attendent une réponse. Le pays a déjà perdu la « face » en montrant une certaine incapacité à sécuriser les équipements de communications de ses dirigeants. A cela s’ajoute un président indonésien pour qui l’image fait beaucoup. SBY est en effet très à cheval sur son image, comme ces bientôt 10 ans de présidence ont pu le montrer. Il en est de même pour Ibu Ani, la première dame (comme en témoigne ce clash sur twitter au mois d’octobre dernier).

De plus, cette notion de face peut s’avérer utile en utilisant  l’un des principaux outils de mobilisation du pouvoir indonésien, le nationalisme. Ce dernier est aujourd’hui utilisé à son paroxysme, notamment par un parti démocrate au pouvoir bien empêtré dans des affaires de corruption qui s’annoncent sans fin. La situation est simple, la population indonésienne exprime un certain ras le bol vis-à-vis d’un parti démocrate qui ne peut séduire les masses à l’orée des élections de 2014, du fait de son inactivité et de son implication dans les affaires de corruption. A n’en pas douter, ces révélations viennent aussi à point nommé pour une famille politique qui souhaite conserver le pouvoir et qui se voit attaqué de toute part. D’autant plus que ses principaux détracteurs – notamment les partis Gerindra et Hanura – font du nationalisme et du retour de la grandeur indonésienne leur cheval de bataille. Ainsi, parmi les manifestants devant l’ambassade d’Australie à Jakarta, il était possible de trouver des membres des milices islamistes et des amicales d’anciens militaires et policiers, mais aussi des étudiants. Le parti démocrate va sans doute jouer e cette belle opportunité qui s’offre à lui. Cependant, une chose est certaine : la confiance nécessaire à une bonne relation bilatérale s’avère érodée.

Quel avenir pour la relation bilatérale?

Pour les semaines, voire les mois à venir, la coopération bilatérale sur des sujets aussi importants que la lutte contre la criminalité transnationale risque d’être suspendue. Que penser de ces réactions venues de Jakarta ? Et surtout que penser des moyens et capacités indonésiens en matière de renseignement ?

S’agit-il d’une certaine naïveté indonésienne ou d’un manque de moyens flagrants pour les services de sécurité et de renseignement indonésiens ? Encore récemment, un ancien directeur du BIN, l’agence de renseignement indonésienne, évoquait que contrairement à ce que son ministre des affaires étrangères pouvait déclarer, l’Indonésie avait recours au même type de procédés.

Si, a n’en pas douter, ces services s’avèrent efficace, le gouvernement indonésien a cependant décidé de mettre en œuvre un comité central pour le renseignement, impliquant de nombreux ministères et agences gouvernementales.

Heureusement, comme dans toute crise dans l’Archipel, l’humour indonésien est bel et bien présent, comme en témoigne ce montage diffusé sur les réseaux sociaux au cours des dernières heures.

sby aniOn y voit Ibu Ani demander à son président de mari de lui acheter 20 « Kapal Selam » (littéralement sous-marins, mais aussi une spécialité culinaire indonésienne, en l’occurrence un beignet de poisson que l’on accompagne de sauce soja) chez M. Raden, a coté du vendeur de Soto (soupe de poulet) de Surabaya, pour organiser une réception. Ce à quoi son époux obtempère. La réaction australienne évoquée semble donner deux messages très clairs : il n’y a que peu d’intérêt à écouter les conversations téléphoniques d’Ibu Ani et, surtout, l’Australie semble avoir beaucoup de difficulté à comprendre l’Indonésie, son plus proche voisin, et sans doute le plus important.

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Des Apaches pour l’Indonésie

AH-64E (© helihub.com)

AH-64E (© helihub.com)

La nouvelle est tombée en début de semaine, et l’annonce fut faite par le Secrétaire à la défense américain  Chuck Hagel lui-même lors de sa visite à Jakarta : L’Indonésie va acheter 8 AH-64E Apache. La rumeur qui courait depuis de longs mois est donc confirmée et les Apaches américains accompagnent les chars lourds Leopard allemands, les sous-marins U-209 sud-coréens, les Caesar français et autres MLRS Astros brésiliens, acquis dans le cadre du plan de modernisation des forces armées indonésiennes (MEF, Minimum Essential Force). A l’instar de l’acquisition des Leopard, celle des Apaches commence à faire couler un peu d’encre.

Des Apaches, oui mais pourquoi ?

Rencontre Hagel SBY a Jakarta © JakPost

Rencontre Hagel SBY a Jakarta © JakPost

Le choix indonésien d’acquérir des Apaches, alors que l’aviation légère de l’armée de terre indonésienne dispose de 8 Mi-35 Hind-F (certes, pas le même gabarit) peut poser question. D’autant plus si l’on se fie à la déclaration de Chuck Hagel relative à l’achat de ces hélicoptères de combat. En effet, le Secrétaire à la défense américain parle d’hélicoptère aidant à lutter contre « une gamme de risques, incluant les opérations de lutte contre la piraterie maritime et de surveillance du domaine maritime ». Ce contrat, de 500 Millions de Dollars US inclut aussi la formation des pilotes et équipes de maintenance dans le cadre de la politique de renforcement capacitaire, si chère à Washington.

L'un des MI-35 Hind-F indonésien

L’un des MI-35 Hind-F indonésien

Des Apaches pour des opérations de lutte contre la piraterie maritime ? Cela paraît – à juste titre – quelque peu disproportionné. D’autant plus que ce type d’hélicoptère d’attaque est déjà en service en Indonésie. Notons aussi que pour ce qui est de la surveillance du domaine maritime, l’on est en droit de se demander de la pertinence du choix des Apaches. Un hélicoptère de combat n’est pas fait pour cela, surtout quand on peut disposer à coût moindre d’aéronefs spécialisés.

Airbus Helicopters Panther

Airbus Helicopters Panther

C235Car en effet, l’Indonésie produit – par le biais de PT.DI, le constructeur aéronautique national – des CN-235 et C-295 sous licence. Pis, l’Indonésie exporte ces mêmes aéronefs pour les garde-côtes sud-coréens.  Et si le choix devait se porter sur des hélicoptères, il faut encore rappeler que plus que des Apaches, ce sont des hélicoptères moyens polyvalents qui offrent la meilleure solution, le Panther d’Airbus Helicopters étant sans nul doute la meilleure option à ce jour. Une fois cet usage remis en cause, reste à s’interroger sur l’intérêt réel de Jakarta pour les Apaches qui ressemble, à s’y méprendre, au cas des Léopards…

L’envie de faire comme les autres

Ne nous y trompons pas, si l’Indonésie décide d’acquérir tous ces équipements et matériels militaires, qui peuvent sembler incongrus, c’est avant tout une question de prestige et d’envie. Envie, de ressembler aux forces armées de ses voisins immédiats (Philippines et PNG mises à part), et plus particulièrement de Singapour. Le chemin reste encore long, tant le professionnalisme des militaires n’est définitivement pas le même des deux côtés du détroit (mais il faut tout de même noter du mieux du côté indonésien, ce qui est encourageant). Pour ce qui est des équipements, l’idée est de pouvoir disposer de capacités proches, si ce n’est équivalentes. Pour ce faire, le précédent CEMA indonésien prônait l’acquisition d’équipement ayant connu l’épreuve du feu (combat proven), même si les questions stratégiques n’entraient que peu en compte (comme en témoigne l’achat des Leopard qui seront, il faut le rappeler, basés à Java).

le MV Sinar Kudus escorté par des frégates indonésiennes après sa libération (© Antara)

le MV Sinar Kudus escorté par des frégates indonésiennes après sa libération (© Antara)

La volonté d’acquérir un hélicoptère de combat utilisé pour lutter contre la piraterie est né à la suite du détournement du MV Sinar Kudus au large de la Somalie. A l’époque, bien que l’Etat-Major indonésien ait défendu devant les médias sa gestion de la crise, celle-ci laissa à désirer. Et pris aussi des allures rocambolesques. Il fut ainsi acté que le renforcement capacitaire indonésien devait passer par cette acquisition.

Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit avant toute chose d’une question de prestige. Et dans cette perspective, un vol d’Apaches au-dessus de chars lourds Leopard lors des cérémonies du 5 octobre (anniversaire des forces armées indonésiennes).

La continuité d’une politique américaine basée sur le renforcement des capacités

L’Indonésie a subi un embargo américain dont on ne sait trop a quelle date il fut levé. Pour certains, ce fut en 2005, alors que pour d’autres, c’est bel et bien la visite de Barack Obama en 2010 – l’enfant du pays – qui a permis de renforcer les relations de défense entre Jakarta et Washington.

Discours d'Obama a Universitas Indonesia, novembre 2010.

Discours d’Obama a Universitas Indonesia, novembre 2010.

 

Commémoration lors  du quinzième anniversaire du massacre de Santa Cruz

Commémoration lors du quinzième anniversaire du massacre de Santa Cruz

Il convient de revenir sur le processus des relations américano-indonésiennes dans la crise du Timor. Suite au massacre de Santa Cruz en novembre 1991 – les TNI réagissent alors violement au rassemblement de militants à l’occasion des funérailles d’un indépendantiste (le bilan sera de 250 morts), le Congrès américain décide de suspendre la coopération militaire et sécuritaire avec l’Indonésie – dans le cadre du programme IMET (International Military Education and Training). Cependant, le Pentagon  s’affranchit alors de ces mesures en proposant une formation des forces spéciales indonésiennes – impliquées dans les exactions au Timor – par le biais du Joint Combined Exchange Training (JCET). En 1997, le Sénateur démocrate du Vermont Patrick Leahy dépose un amendement sur le Foreign Assistance Act (loi sur l’assistance à l’étranger) de 1961, resté célèbre depuis. Cet amendement restreint la coopération dans le cadre des questions de lutte contre les trafics et de partenariats de sécurité avec des unités militaires ou civiles si le Secrétaire d’État américain à la preuve formelle de l’implication de ces unités dans des violations des droits de l’homme.

Dès 1998, l’administration Clinton et le Congrès des États-Unis décident d’étendre l’amendement Leahy à l’ensemble des programmes d’aide militaire, amendement qui sera reconduit chaque année depuis. Perçu à partir de 1999 (et l’intervention sous mandat onusien au Timor) comme un embargo sur les armes, l’amendement Leahy est sans aucun doute l’un des tournants de la relation bilatérale américano-indonésienne.

Pour beaucoup d’Indonésiens, l’amendement Leahy a été rédigé dans le but de cibler l’Indonésie, alors qu’il semble que la première cible de Leahy ait été la Colombie. Cependant, les conditions de l’amendement Leahy – qui depuis sa ratification en 2002 tient compte de la situation spécifique de l’Indonésie – sont les suivantes : le gouvernement indonésien doit traduire en justice les membres des forces armées et milices paramilitaires ayant commis des exactions et violé les droits de l’homme ; le gouvernement indonésien doit faire preuve de coopération dans ces enquêtes. Les autres conditions font état du retour des personnes déplacées au Timor ; du libre-accès pour l’ONU et d’autres organisations humanitaires aux zones « disputées » ; et de la libération des prisonniers politiques. L’amendement Leahy insiste sur le fait que le président des États-Unis doit remettre un rapport au Congrès déclarant que le gouvernement indonésien et les forces armées ont satisfait à l’ensemble de ces conditions avant que l’aide militaire ne soit renouvelée.

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De ce fait, dès le début des années 2000, Washington va se retrouver dans l’impossibilité de coopérer militairement avec Jakarta. Des solutions alternatives vont alors être développées, visant un renforcement capacitaire de la police indonésienne, par le biais de formations spécifiques qui, au final, s’inscrivent dans le cadre de la politique d’exportation de la sécurité de Washington.

Concernant l’embargo, il est important de noter que celui-ci fut levé en partie par l’Administration Bush en 2005. A Jakarta, depuis cette date, l’on considère qu’il est possible d’acheter des armes américaines, y compris létales. Pourtant, la situation est plus complexe qu’il n’y parait : si l’Administration Bush avait annoncé la levée totale de l’embargo, il n’en demeure pas moins que les restrictions sur la fourniture d’armes létales ont demeuré au moins jusqu’en 2010. A cette période, l’Administration Obama annonce qu’elle va lever totalement l’embargo sur les armes pour l’Indonésie. Cependant, il semble que le flou demeurait encore en 2012, tant les discours de Washington et de Jakarta sont différents, et tant le Congrès reste seul décisionnaire. L’achat des Apaches, à l’instar du don de F-16, annoncé depuis fin 2011, montre donc une évolution notable dans ce domaine.

ICITAP une forme d'exportation de la sécurité

ICITAP une forme d’exportation de la sécurité

Mais si l’on s’intéresse à une plus longue période, il ne s’agit que de l’évolution logique et prévisible de la politique de coopération sécuritaire menée par Washington à l’égard de Jakarta, et ceci depuis 2000. Une politique basée sur le renforcement capacitaire et l’exportation de la sécurité, s’affranchissant d’étapes préalables dont les thématiques reviennent encore aujourd’hui. A titre d’exemple, entre 2000 et 2011, la coopération militaire et de défense entre les deux pays s’est basée successivement sur la sécurité maritime, la lutte contre le terrorisme maritime (un vieux serpent de mer dans la région) et la sécurisation du domaine maritime. Ainsi, voire Washington présenter l’achat des Apaches comme un moyen de surveillance du domaine maritime et de la lutte contre la piraterie n’est au final, en le prenant avec beaucoup d’ironie, que peu surprenant.

 

Des conséquences pour Washington et ses alliés.

Cet achat va avoir des conséquences, à n’en point douter. Tout d’abord, d’autres acquisitions d’armements et d’équipements vont suivre. Il est question de missiles Javelins depuis plusieurs mois.

Par ailleurs, et c’est sans doute l’un des points essentiels, il y aura des conséquences pour les relations entretenues par Washington et ses alliés de la région. En premier lieu l’Australie. Si les chercheurs du Down Under sont souvent critiqués – à juste titre – dans les pages de ce blog, il convient de noter que ces derniers sont méfiants quant au renforcement capacitaire indonésien. Sans pour autant épouser les thèses délirantes d’un Carlo Kopp – qui envisage dans ses écrits une confrontation entre F/A-18 australiens et Su-30 indonésiens – Canberra peut développer une inquiétude pas forcément légitime, mais qui révèle des classiques anxiétés stratégiques.

Il est ici aussi question d’une confiance et d’un certain prestige. A l’heure où Canberra et Jakarta peine à s’entendre sur la lutte contre l’immigration illégale, il n’est pas certain que ce gage de bonne volonté américain à l’égard de Jakarta soit bien perçu à quelques milliers de nautiques plus au Sud.

Enfin, si la normalisation de la relation sécuritaire américano-indonésienne semble en bonne voie, elle reste encore fragile pour certains de ses aspects. Il faut souhaiter que Jakarta sache faire preuve d’une certaine sagesse dans l’usage de ses nouveaux hélicoptères de combats. Car, à l’instar des sanctions en 1991 et 1999,  il semble normal de s’interroger sur une réaction du Congrès américain en cas de violation des droits de l’homme par des militaires, au hasard, en Papouasie indonésienne.

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Cafe strategique 4 juillet

cgs028_ags_web_xl2Speed Blogging AGS le 4 juillet prochain. Venez rencontrer les bloggeurs (enfin, pas moi, vu que je ne peux faire le déplacement).

Venez débattre et échanger avec
Cidris – Cyberwarfare
Guilhem Penent – De la Terre à la Lune
Sonia Le Gouriellec – Good Morning Afrika
Stéphane Mantoux – Historicoblog
clarisse – les carnets de clarisse
F. de St V. – Mars Attaque
Stent – La Plume et le Sabre
Michel Goya – La voie de l’épée
Olivier Schmitt – War Studies Publications
MGN – Zone d’Intérêt

Quoiqu’il en soit, si vous êtes sur Paris et souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas a passer saluer tout ce beau monde, et en apprendre plus sur http://alliancegeostrategique.org/

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Un mois de juin en Indonésie

Malheureusement, très peu de temps pour publier ici ce mois-ci, voici donc une revue du mois.

L’offensive de charme de Prabowo

ImageL’ancien général reste dans le trio de tête des derniers sondages. Cependant,  sans connaitre les adversaires que vont lui opposer le PDI-P et le Partai Demokrat (PD), rien ne permet aujourd’hui de présager qui sera le prochain président indonésien. Pourtant,  Prabowo, relativement discret dans les médias, parvient à faire parler de lui à chaque occasion. Ainsi, la presse s’est intéressée ces derniers jours aux rencontres qu’a mené l’ancien gendre de Suharto avec des diplomates et a la présence quasi-permanente de son frère, Hashim Djojohadikusumo, richissime homme d’affaires, lors de ces événements.

60.000 agents étrangers en Indonésie

Il y a quelques années – en 2004 – un général indonésien (Ryamizard Ryacudu, Chef d’Etat-Major de l’armée de terre indonésienne de 2002 à 2005) avait déclaré que pas moins de 60.000 agents de renseignement étrangers étaient présents en Indonésie afin – bien sur – de déstabiliser le pays. A la fin du mois de mai dernier, Republika, un quotidien populiste qui tends parfois à épouser les thèses de l’Islam radical, fait sa Une reprenant ce chiffre, suite à une interview d’un porte-parole du ministère de la défense. Ce dernier confirme la présence de nombreux agents de renseignements étrangers sur le sol indonésien, notamment en Papouasie. Selon le gouvernement indonésien, les « agents » se font passer pour des chercheurs, des membres d’ONG et des journalistes.

Le Haze et les responsabilités des uns et des autres

ImageLa pollution atmosphérique a donc atteint des records à Singapour et en Malaisie, dépassant le seuil de 226, record jusqu’alors atteint en 1997. En 2013, l’indice de pollution atmosphérique (Pollutant Standards Index, PSI) a donc dépassé la barrière des 200 pour atteindre l’indice de 401 le 21 juin dernier (un indice a plus de 200 est considéré comme dangereux pour la santé). La cause ? Les feux déclenchés volontairement dans les plantations de Sumatra. Les sociétés exploitants les palmerais (dont l’huile  compose votre pot de Nutella et tant d’autres choses) pratique l’agriculture sur brûlis ; il leur faut donc bruler – par le biais d’incendie illégaux – avant de replanter. Or, plus de 265 incendies pas forcement maîtrisés et démarrés sans autorisation, ça peut créer un gros nuage. Face à ce nuage plus que menaçant, le gouvernement singapourien s’est alors plaint auprès de l’Indonésie, ce qui a déclenché une petite guerre sur les réseaux sociaux. Suivant l’exemple d’Agung Laksono , le  coordinating Minister for People’s Welfare indonésien, qui a demandé à Singapour et Kuala Lumpur de cesser les “enfantillages”, de nombreux chercheurs et politiques indonésiens ont mis en cause la responsabilités des sociétés malaisiennes et singapouriennes, qui contrôlent le marché de l’huile de palme à Sumatra. Pire, ces mêmes sociétés sont celles qui ont obtenus les concessions pour l’exploitation de ces plantations à Sumatra, ce qui est indéniable.

Image S’appuyant sur un article publié par Asia Pacific Viewpoint au mois de décembre dernier, beaucoup ont fait preuve d’un certain manque de discernement, accusant alors la Malaisie et Singapour d’être eux même responsables du Haze. Posture intéressante mais délicate sur le long terme, tant la question de la lutte par les forces de l’ordre indonésiennes contre les « pollueurs » permettait d’être éludée. Mais aussi posture délicate après que le Président indonésien s’excuse auprès de Singapour et de la Malaisie et que le gouvernement indonésien révèle la présence de Sinar Mas et APRIL, deux grands groupes basés à Singapour – mais indonésiens par nature – comme étant impliqués et considérés comme responsables, aux cotes de sociétés malaisiennes et singapouriennes.  Tout aussi paradoxalement, peu a été dit sur l’impact de ce Haze pour les Indonésiens résidant dans la province de Riau. Et l’on a vu peu de personnes en Indonésie s’en soucier, alors que le PSI atteignait tout de même un indice de 491 à Pekanbaru et 492 à Dumai (Sumatra).

Garuda Shield et Carat

ImageL’édition 2013 de l’exercice bilatéral américano-indonésien Garuda Shield s’est déroulée lors de ce mois de juin. Des parachutistes américains du 1st Battalion, 504th Parachute Infantery Regiment de la 82rd Airborne ont participé a des manœuvres conjointes avec leurs homologues indonésiens. Auparavant, à la fin du mois de mai dernier, 1200 marins et marines, 3 bâtiments de combat et un aéronef de surveillance maritime (p-3C Orion) avaient participé à l’exercice CARAT (Cooperation Afloat Readiness And Training) Indonesia 2013. Ces deux exercices ne sont pas, contrairement aux apparences – et à ce que laissent entendre nombre de publications -, une manifestation de la récente stratégie du Pivot asiatique vis-à-vis de l’Indonésie. Au contraire, aussi bien CARAT que Garuda Shield montre que la stratégie américaine en Asie du Sud-est (fondée en grande partie sur la Defense Diplomacy), et plus particulièrement vis-à-vis de l’Indonésie s’inscrit sur le long terme, quelle que soit la couleur politique au pouvoir à Washington. En effet,  CARAT existe depuis 1995 et l’Indonésie y participe depuis 1996. Quant à Garuda Shield, cet exercice a lieu tous les ans depuis 2004.

TNI Act

ImageLe mois de juin a aussi été l’occasion de débats au sein du parlement indonésien sur le projet de loi sur la réserve militaire indonésienne. Cette loi, qui vise à mettre en œuvre un corps de réservistes (fonctionnaires et employés) pose question. Comme l’a fait remarquer l’excellent Tubagus Hasanuddin (PDI-P, vice-président de la commission 1 du parlement, en charge des affaires étrangères et de défense), les effectifs de l’armée indonésienne, la nécessité de moderniser cette dernière et d’améliorer le traitement des militaires, conjugués à l’absence de réelle menace extérieure, rende caduque ce projet. L’ancien général, qui est sans doute l’un des politiciens les plus au fait des questions de défense, n’est donc pas un partisan déclaré de ce projet de loi. D’autres font remarquer que cette force de réservistes pourrait permettre de renforcer le nationalisme et le patriotisme au sein de la population (Susaningtyas Kertopati, membre du parti Hanura). Le problème étant que les compétences de cette chère Susan au sein même de sa commission sont souvent remises en question…

Traité des Nations-Unies sur le commerce des armes : l’abstention de l’Indonésie

Pourtant parmi les premiers promoteurs de ce traité (co-sponsor en 2006), l’Indonésie s’est abstenue de le signer au mois d’avril dernier. Apres avoir évité de répondre aux questions relatives à cette abstention au mois de mai dernier, le gouvernement indonésien a décidé – plus ou moins – de s’expliquer. Selon le ministère des affaires étrangères indonésien, ce traité entre en conflit avec la loi indonésienne sur l’industrie de défense. Cette dernière stipule que Jakarta ne peut acheter des équipements et matériels militaires qu’a des fournisseurs pouvant garantir l’absence d’embargo et l’absence de limitations sur l’usage des matériels et équipements militaires.

Le procès des Kopassus à Yogyakarta : vers la mascarade annoncée ?

Le procès des membres KImageopassus impliqués dans l’attaque de la prison de Cebongan a débuté. Et sans surprise (sauf pour les reporters et chercheurs australiens, qui sont censés être parmi les meilleurs connaisseurs du pays, mais qui ne cessent de surprendre par leur candeur et leur naïveté) les manifestations de soutien aux membres des forces spéciales se sont multipliées. Il convient ici de ne pas oublier que moins de 24 heures après l’assaut de la prison, les banderoles commençaient à fleurir ici et là, apportant leur soutien à l’éradication des premans (voyous). Le procès, qui s’est ouvert pour les 12 membres des forces spéciales indonésiennes le 20 juin dernier, a d’ores et déjà été perturbé par les manifestations de soutien. Pour l’occasion, un groupe qui se fait nommé l’Alliance de la Société Civile contre la Propagande Droits de L’hommiste (Aliansi Masyarakat Sipil Tolak Intervensi Propaganda Kebebasan HAM : véridique !) s’en est donc pris aux membres de KOMNAS HAM, la commission nationale de défense des droits de l’homme. Par ailleurs, un célèbre avocat indonésien – OC Kaligis – a lui aussi apporté son soutien aux Kopassus. Les peines encourues par les membres des forces spéciales indonésiennes jugés par ce tribunal militaire vont de 20 ans de réclusion à la peine capitale. Cependant, nombreux sont les observateurs qui pronostiquent sur une peine de 5 à 10 ans.

Et Prabowo dans tout ça ? Il est intéressant de rappeler que l’ancien chef des Kopassus avait déclaré au mois d’avril, alors interrogé sur le sujet, que « les Kopassus ne parlent que d’une seule voix ». Il avait alors  demandé à la société civile indonésienne de ne pas « blâmer ces derniers ».

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Cafés stratégiques

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La nouvelle édition des Cafés stratégiques se tiendra le jeudi 13 juin. Pour plus d’infos, voir le flyer joint.

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Café Stratégique le 16 mai

 

Notre 25e Café stratégique AGS recevra Claire ARENES, doctorante à l’université Paris III – Sorbonne Nouvelle,

sur le thème de « community policing (ou « police orientée vers la communauté ») et lutte contre le jihadisme »


le jeudi 16 mai 2013, de 19 à 21h.

Venez écouter, débattre, questionner…

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Café Le Concorde,
239 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris

métro Assemblée nationale

••••••••••••  Cafés stratégiques AGS • Souvent copiés, jamais collés  ••••••••••••

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Java Heat : accueil chaud pour un navet en puissance

Java Heat

Java Heat

Ce blog ne parle quasiment jamais de cinéma et pourtant, la sortie en salle de Java Heat mérite que l’on s’y attarde. Pas forcement réputé pour sa qualité, le cinéma contemporain indonésien vient de marquer le coup avec une super production qui – malheureusement – ne changera pas la donne. Le scénario du film s’avère par contre, au premier abord, intéressant. Un attentat est perpétré à Yogyakarta contre le Sultan (par ailleurs gouverneur). Un jeune américain (Kellan Lutz, qui jouait le rôle du Caporal Jason Lilley dans l’excellente mini série de HBO Generation Kill) est interrogé par un enquêteur rattaché au Densus 88. Le jeune américain, soit disant étudiant mais est en fait un agent du FBI doublé d’un Marine (oui, à partir de là, c’est à dire les premières minutes du film, c’est le drame..)  va donc enquêter aux cotés de son comparse indonésien, afin de découvrir qui est à l’ origine de cet acte. Le rôle du méchant est tenu par Mickey Rourke (quelle déchéance…) et la scène finale dans le temple de Borobudur résume à elle seule le film : un vrai navet.

Generation Kill

Generation Kill

The Raid: un autre navet en puissance.

The Raid: un autre navet en puissance.

Il faut toutefois reconnaître que si Java Heat n’est pas avare de stéréotypes, certaines scènes analysent relativement bien la culture javanaise, et plus particulièrement Yogyakarta. Mais le scénario est tellement bancal, le jeu des acteurs tellement vide, et certaines scènes totalement absurdes. Et l’on s’ennuie vite. Ce qui est d’autant plus dommage que les productions indonésiennes actuelles sont réellement mauvaises. Outre le succès des films mêlant fantômes et sexe (le dernier en date met en scene Dewi Persik, comme étant le fantome d’une strip teaseuse de la catastrophe de Lapindo…), le dernier Blockbuster en date a pourtant connu son petit succès à l’international. The Raid mettait en scène un policier d’élite utilisant le Pencak Silat (art martial indonésien) afin de lutter contre des trafiquants de drogue en banlieue de Jakarta (on se demande encore, après avoir visionné le film, pourquoi un policier d’élite préfère mettre des chassés a ses ennemis plutôt que de récupérer leurs armes a feu….).

Au final, on peut se demander quels sont les films sur l’Indonésie méritant le détour. Il faut alors se tourner vers The Year of Living Dangerously, (1982, de Peter Weir, avec Mel Gibson et Sigourney Weaver) adapté du roman de Christopher Koch. Si la version des événements du 30 septembre 1965 montre un parti communiste indonésien comme seule et unique responsable de la tentative de Coup d’État – vision des faits aujourd’hui largement remise en cause par tous les observateurs – ce film permet toutefois de se rendre compte de l’importance stratégique de l’Indonésie à cette époque particulière.

Mais c’est vers une autre production australienne qu’il faut se tourner pour trouver, à mon humble avis, le meilleur film mettant en scène l’Indonésie ou sa politique. Balibo (2009, de Robert Connolly, avec Anthony LaPaglia) retrace l’histoire des « cinq de Balibo », cinq journalistes australiens qui furent capturés puis assassinés par les troupes indonésiennes lors de l’invasion du Timor Leste.

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Sur le Timor, l’Indonésie a produit un film remarquable, Tanah Air Beta (2010, Ari Sihasale). Il est alors question de s’intéresser aux sorts des timorais pro-Indonésie et des timorais de l’Ouest lors du conflit.

Reste un documentaire polémique, The Act of Killing (2012, Joshua Oppenheimer), qui met en scène les “héros” de 1965. Si le documentaire apporte un éclairage sur les exactions de 1965, et notamment sur le rôle joué par le Pemuda Pancasila, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pas exempt de tout reproche. Robert Cribb, indonesianiste de renom, n’hésite pas à parler d’une forme de manipulation (et il se trouve que cette critique, au regard des données existantes sur cette période, est belle et bien fondée).

TABAOK

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Palu, nouvelle base pour les sous-marins indonésiens

PALU BAYL’Amiral Marsetio, chef d’Etat-Major de la marine indonésienne  a inauguré la base navale de Palu, située a Sulawesi (Celebes). Cette base doit accueillir a terme les sous-marins de la marine indonésienne  Disposant de deux U-209 refondus, les forces navales de l’Archipel voient dans la construction de la base navale de Palu l’une des premières étapes du redéploiement vers l’Est de la marine.

L’importance croissante des détroits de Makassar-Lombok dans les échanges maritimes internationaux donne lieu a une nécessaire sécurisation de cette Archipelagic Sea Lane (ASL). En effet, les navires actuels, dont le tonnage ne leur permet pas de transiter par Malacca, tendent a utiliser cette ASL afin de relier le Moyen-Orient a l’Asie du Nord. Il s’agit aussi de la voie de communication maritime la plus importante pour l’Australie.Enfin, cette ASL débouche sur la mer de Chine méridionale et sur Ambalat, point de crispation s’il en est, des relations entre Malaisie et Indonésie.

Dans cette perspective, Palu va voir son importance croître au fil des ans et devrait aussi accueillir, suivant la déclaration de l’Amiral Marsetio, les bâtiments de guerre étrangers en escale en Indonésie. Reste pour l’Indonésie a se doter de ses nouveaux U-209 afin de patrouiller dans les eaux stratégiques de Makassar.

Et sinon, Palu, c’est ou?

PALU (source:  Google Maps)

PALU (source: Google Maps)

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